VIDEO. La Guadeloupe, l'île aux belles eaux ?

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La Guadeloupe est généreusement dotée en sources, cascades et fortes précipitations. Paradoxe incroyable, dans ce département français, l’accès à l’eau potable est devenu pour beaucoup d’habitants un combat quotidien en raison d’un réseau de distribution en piteux état.

Karukera, « l'île aux belles eaux » en amérindien, porte bien son nom. En Guadeloupe, l’eau est abondante. Mais un réseau de distribution d’eau vieillissant et non entretenu depuis des décennies empoisonne aujourd’hui la vie des Guadeloupéens. Les fuites sont nombreuses au long des 2800 kilomètres de canalisations devenues vétustes et très endommagées. 60 % de l’eau prélevée se perd dans la nature avant d’arriver chez les usagers. Cette situation prive les Guadeloupéens d'une richesse essentielle à la vie. 

Une vie rythmée par les coupures 

Chaque jour, les habitants doivent faire face à la multiplication des coupures, une situation de plus en plus critique qui augmente les risques sanitaires. Les coupures d’eau rythment désormais le quotidien de bon nombre des Guadeloupéens. Que ce soient pour quelques heures, quelques jours, quelques mois, voire pour certains depuis plusieurs années, aux quatre coins de l’île, les histoires se croisent et se ressemblent.

VIDEO. La Guadeloupe, l'île aux belles eaux ?
©AMC2

Chez Natacha, une habitante de Mare-Gaillard, c’est douze heures d’interruption toutes les quarante-huit heures. Et déjà quatre ans que cela dure ! Obligée de s’adapter à cette situation surréaliste, elle fait des réserves d’eau pour ne pas se retrouver en panne sèche et va faire la vaisselle à la fontaine du bourg pour réserver l’eau de la maison ..… 

Des eaux usées non traitées

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Une canalisation se déverse directement dans un canal provoquant pollution et odeurs pestinentielles. ©AMC2

Plus de 70% des usines de traitement des eaux usées ne sont toujours pas conformes à la législation quand elles ne sont pas laissées à l’abandon. Les déchets se déversent n’importe où et les eaux non traitées provoquent des désordres sanitaires. L’eau est polluée par le chlordécone et 90% de la population adulte est empoisonnée. 

Des institutions défaillantes

En février 2018, soixante et onze millions d’Euros ont été injectés par l’Etat et l’Europe pour mettre fin en vingt-quatre mois aux tours d’eau, ces coupures planifiées qui privent quotidiennement à tour de rôle les communes d’eau potable. Las, trois ans après le problème reste entier.

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L'association "Nou vlé Dlo au Wobiné" distribue de l'eau dans les quartiers privés d'eau. ©AMC2

Face aux institutionnels défaillants, des habitants s’organisent et se mobilisent pour que cette situation cesse. La solidarité opère : des bénévoles suppléent aux manquements des collectivités en organisant des distributions d’eau dans les communes les plus touchées par les coupures. D’autres ont fait le choix, quand ils le pouvaient, d’installer des citernes pour alimenter leur maison. 

Face à une situation jugée archaïque pour un département français, le sentiment de la population d’être laissée pour compte augmente et laisse place à une colère grandissante. Les Guadeloupéens veulent de l’eau, ce qui pour l’instant ne coule pas de source. 

 

Réalisation : Julien Nicolas
Production : AMC2 avec la participation de France Télévisions
Durée : 52 minutes
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