Au volant, le portable peut tuer : début d'une campagne de sensibilisation

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téléphone au volant
©Pixabay
Il suffit de quelques secondes d’utilisation du portable au volant pour faire basculer une vie. Une campagne de sécurité routière débute, ce mardi 14 septembre, pour une semaine pour vous rappeler les dangers du téléphone sur la route et les sanctions prévues.

Ce sont des gestes anodins dans la vie quotidienne mais ils peuvent s'avérer lourds de conséquences : lire ou écrire un texto, publier un post sur les réseaux sociaux ou parcourir ses emails. En 2019, un Français sur deux déclarait utiliser son téléphone en conduisant.

"Quand vous regardez votre téléphone, qui regarde la route ?" 

Ces dernières années, le portable est devenu l’une des principales causes d’accidents sur la route avec la vitesse et la consommation d’alcool. Téléphoner en conduisant multiplie par trois le risque d'accident. "Lorsque vous roulez à 50 km/heure, vous parcourez 15 mètres par seconde, explique Léonus Dubard, Président du Conseil National des Professionnels de l’Automobile. Si vous regardez votre téléphone pendant cinq minutes, ça monte à 70/75 mètres. Le petit coup de téléphone que vous passez, c’est, peut-être, une personne qui est devant vous ou une autre qui freine. Pendant ce temps-là, vous n’êtes pas sur la route, vous êtes déconnectés de tout". 

 A La Réunion, plus de 5.380 infractions liées au téléphone sont enregistrées en 2020.

 

135 euros d’amende et 3 points de retrait 

Démarrage, aujourd’hui, d’une campagne de sensibilisation à travers des affiches 4 par 3 un peu partout dans le département. L’Etat entend ainsi rappeler que consulter, manipuler un téléphone en conduisant est sanctionné de 135 euros d’amende et de trois points en moins sur le permis.

Les oreillettes sont également interdites et entraînent les mêmes sanctions. Attention, si vous êtes arrêtés sur une voie de circulation, vous n’y échapperez pas non plus, sauf cas de force majeure... si c'est pour appeler des secours. L’Etat veut avec cette campagne montrer aux conducteurs les dangers du téléphone au volant.

Témoignage de Samuel, victime d’un chauffard

Samuel Bègue a frôlé la mort en 2003, victime d’un accident de la route au Tampon, percuté par une automobiliste qui téléphonait à ce moment-là... C'est ce qui ressort de l'enquête de gendarmerie de l'époque, selon la Ligue contre la violence routière.

Il y a 18 ans, abord d’un scooter avec un copain, ils ont été fauchés par une automobiliste qui téléphonait au volant. Le jeune homme ne décolère pas : "Je suis toujours énervé contre cette conductrice qui m’a rendu handicapé aujourd’hui et qui a tué également mon meilleur ami. J’ai des problèmes d’élocution, c’est à cause de cet accident".

Les dangers du téléphone portable au volant : Samuel, victime d’un accident en 2003, témoigne

 

Aux séquelles de cet accident, s’ajoute la douleur de toute une famille, victime indirecte. Pour sa tante, "c’est une famille brisée et la maman est toujours dévastée, toujours, toujours".

Samuel est aujourd’hui paraplégique. À tout juste 15 ans, il a passé un mois dans le coma, puis trois ans à l’hôpital. Les medecins l’avaient condamné à vivre dans un état végétatif, mais son amour de la vie l’a sauvé. Il devra vivre avec des séquelles. Il se voyait reprendre l’exploitation agricole de ses parents, mais cet accident en a décidé autrement.


Son message est clair concernant le téléphone au volant :"Je trouve que la police doit être plus sévère. Il faudrait déchirer le permis et donner des sanctions plus sévères, plus fortes à mon avis". Samuel préfère regarder devant lui. Il espère prochainement monter une association d’aide aux personnes handicapées et leur transmettre sa joie de vivre.

Vers une campagne choc pour une vraie prise en compte ?

"Il faut, à un moment donné, arrêter de tourner autour du pot et rentrer dans le vif du sujet, s’insurge de son côté, Léonus Dubard, Président du Conseil National des Professionnels de l’Automobile. Aujourd’hui, quand il y a un accident, on a peur de montrer un blessé, un mort dans du sang, pour des raisons psychologiques. Mais, nous, nous sommes confrontés à cela tous les jours. Nous vivons  dans un monde qui roule à plus de 200 km/heure et qui fait n’importe quoi. Quand les jeunes, par exemple, verront cela, ils comprendront peut-être mieux. Et pourquoi pas des interventions de personnes paraplégiques dans les écoles de conduite ?" 

 27 personnes ont été tuées sur nos routes, depuis le début de l'année.