Opération Kéré : des distributions depuis cinq mois et des vies sauvées

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Distributions de vivres de l’Opération Kéré.
Distributions de vivres de l’Opération Kéré. ©Réunion La 1ère

Cinq mois après le début de l’Opération Kéré, la situation reste critique dans le Sud de Madagascar. Grâce aux fonds récoltés à la Réunion, les distributions de vivres continuent dans la région de l’Androy et des vies sont sauvées.

Malgré les fortes pluies qui se sont abattues début mars sur le Sud de la Grande Ile, la situation sur place reste critique. Le 22 février, le Programme alimentaire mondial estimait qu’1 million 350 000 personnes avaient encore besoin d’une assistance alimentaire.

Des distributions dans 15 villages

Grâce aux dons de l’Opération Kéré, les distributions de vivre se poursuivent depuis tout juste 5 mois, dans 15 villages du district de Tsihombe, dans la région de l’Androy. Le Gret (l’ONG partenaire de l’Association Kéré) a choisi d’intervenir  dans le district de Tsihombe car cette zone n’est pas couverte pas les interventions des acteurs  humanitaires, notamment du Programme Alimentaire Mondial.

Le choix a donc été fait d’intervenir en complémentarité des autres acteurs de la solidarité, pour éviter que des communautés soient laissées en dehors de l’aide.

L’intervention du Gret se focalise sur 15 fokontany, répartis dans quatre communes :

  • Antaritarika : Ambonaivo, Afotsifaly Est, Andraketalahy, Ankara Ampihamy, Anjira
  • Imongy : Andramirava, Andamonty
  • Tsihombe : Bevazavo, Marohira Nord, Besara
  • Nikoly : Sihanadampy, Nikoly II, Firambagna, Ambovotoka, Ananakirihitse centre

Tous les 15 jours, ce sont 7200 personnes qui reçoivent du maïs, du niébé (une sorte de haricots) et des farines infantiles pour préparer la bouillie des bébés. Des distributions opérées sur place par le GRET (l’ONG partenaire de l’Association Kéré).

Des distributions d’eau ont également été opérées, une fois par semaine auprès des mêmes familles jusqu'au 10 janvier. Elle ont dû être interrompues en raison de l’indisponibilité des camions citernes mis à la disposition du GRET. Une solution est actuellement à l’étude afin de pouvoir reprendre les livraisons.

Initialement prévues jusque mi-janvier, les distributions de vivres ont été prolongées jusque fin avril, en raison de la persistance de la crise.

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©GRET-Madagascar

 

Selon les témoignages recueillis par la journaliste Gaëlle Borgia, les aides apportées par l’Opération Kéré ont permis de sauver de nombreuses vies. 

Regardez son reportage :

sujet Madagascar Kéré de Gaelle Borgia

 

Pourquoi choisir de donner de manière régulière à un nombre restreint de personnes ?

De façon générale, donner de façon régulière aux mêmes personnes s’avère plus efficace que de donner au plus grand nombre de façon sporadique. En effet, une aide ponctuelle dans le temps ou ne couvrant qu’une petite partie des besoins nutritionnels des personnes aidées, ne permet pas d’éviter que ces personnes ne basculent vers une situation d’urgence nutritionnelle.

Les distributions de céréales et de légumineuses réalisées par le Gret couvrent environ 50 % des apports  nutritionnels des adultes. Les farines infantiles fortifiées, qui sont consommées par les enfants en  complément du lait maternel, couvrent 100 % de leurs besoins nutritionnels.

Cette stratégie permet donc d’apporter une véritable aide aux familles et d’avoir un impact réel sur la prévention de la malnutrition. Le choix de cibler 1 200 ménages a été fait au regard des sommes  collectées par l’opération Kéré, avec, dès le départ, le souci de pouvoir maintenir l’aide dans le temps pour anticiper une arrivée tardive des pluies.

Si nous avions décidé de distribuer à un nombre plus  important de personnes, cela aurait impliqué soit de donner des rations moins importantes à chaque  famille, soit de devoir interrompre les distributions après quelques semaines, faute de financements  suffisants. Or, si une femme enceinte ou allaitante ou un jeune enfant ne reçoit une ration d’aide  alimentaire qu’une fois de temps en temps, couvrant par exemple 10 ou 20 % de ses apports  nutritionnels, l’enfant a de forte probabilité de basculer dans la malnutrition, avec des conséquences  irréversibles sur son capital physique et mental.

Budget et bilan des distributions

Du 23 octobre 2020 à fin janvier 2021, 168 099 euros ont été dépensés pour assurer les distributions de vivres et d’eau potable à 1 200 familles. Sur la période, le Gret a distribué 127 tonnes de  céréales et légumineuses, 8260 kg de farines infantiles et 428 296 litres d'eau.

Distributions de semences

Afin d’assurer la sécurité alimentaire dans la durée, l’association Kéré et le Gret ont également décidé  d'accompagner dès décembre 2020, la production de semences adaptées à la sécheresse qui seront  distribuées aux familles du district de Tsihombe en 2021. Chaque famille recevra 4 kg de semences,  permettant de produire 350 kg de nourriture, et donc de contribuer à la sécurité alimentaire de la famille  pendant 1 an.

Dans le district d’Ambovombe, l’opération Kéré va aussi permettre de restaurer 5 000 hectares de  cultures (blocs agroécologiques), pour contribuer à assurer la sécurité alimentaire de 18 000 personnes.

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©GRET-Madagascar

 

Financement de projets pour l’approvisionnement en eau

L’association Kéré souhaite financer des projets à plus long terme pour assurer l’approvisionnement en eau de cette région régulièrement touchée par la sécheresse.

Une mission de diagnostic d’une  partie des citernes construites grâce à la première opération Kéré a été réalisée par  Yoann Lauret, ancien volontaire du Progrès originaire de la Réunion. Cette mission a permis de dresser  un état des lieux de réparations nécessaires pour le fonctionnement optimal des citernes, dont une partie a subi une usure depuis leur mise en fonctionnement, il y a plus de 10 ans. Le  diagnostic confirme l’utilité de ces citernes, mais la situation de sécheresse que connaît la région,  et qui est aggravée par les effets du changement climatique, rend nécessaire de réfléchir à  d’autres modes d’approvisionnement en eau potable.

Par ailleurs, la plupart de ces réparations  concernent les systèmes de récupération de l’eau (toiture, gouttières) ; il est donc important de  vérifier quelles sont les réparations qui pourraient être prises en charge par l’Etat Malgache,  responsable des infrastructures scolaires. C’est pourquoi le Gret souhaite réaliser rapidement  une étude permettant de dresser un état des lieux global de la situation en eau potable dans le  district de Tsihombe, et d’identifier les meilleures solutions techniques à même de garantir  un accès constant en eau aux populations. L’étude permettra aussi à l’association Kéré d’utiliser au  mieux les fonds récoltés grâce à la générosité des Réunionnais, en procédant aux réparations des citernes les plus prioritaires.

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©GRET-Madagascar