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VIH : croyances et aprioris en Guadeloupe

Deux études ont été présentées ce matin sur le virus du sida. La première traite du poids des croyances et de la perception du malade aux Antilles. La seconde dresse un tableau de l'évolution des indicateurs du VIH en Guadeloupe.

  • Philippe Chanlot et Nicolas Ledain
  • Publié le , mis à jour le
La journée mondiale de lutte contre le sida aura lieu la semaine prochaine mais aujourd'hui, deux études sur le VIH aux Antilles-Guyane ont été présentées à la salle George Tarer à Pointe-à-Pitre. La première réalisée par l'institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) intitulée "les connaissances, attitudes, croyances et comportement face au sida". La seconde menée par l'institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) nommée "VIH : enquête sur les personnes atteintes". Ces deux enquêtes réalisées en 2011 dressent un état des lieux de la perception et du développement de la maladie dans nos régions.

Plus de tolérance mais il y a encore à faire

L'étude de l'Inpes démontre que les a priori sur les séropositifs ont considérablement reculé chez nous même s'ils sont encore bien plus présents que dans l'hexagone.
Ainsi 90% des guadeloupéens acceptent de travailler avec un séropositif et 56% acceptent de laisser un malade garder leurs enfants ou petits-enfants. Une nette progression par rapport aux derniers chiffres qui dataient de 2004 mais encore largement en dessous des données récupérées outre-atlantique. 94% des personnes interrogées dans l'hexagone acceptent de travailler avec un collègue ayant le VIH et 70% de lui laisser la garde de leurs bambins.
Sandrine Halfen a mené cette enquête, elle a été interrogée par Philippe Chanlot:

Halfen

L'étude démontre aussi certaines méconnaissances sur le sida. Si la plupart des guadeloupéens connaissent les moyens de transmissions et acceptent d'utiliser le préservatif, ils sont encore 21% à penser que le syndrome peut être transmis par une piqûre de moustique.

Des pratiques persistantes

Cette étude de l'Inpes note la continuité de certains comportements sexuels propres aux Antilles. Elle se penche essentiellement sur le multipartenariat. Les responsables de l'enquête remarquent que la pratique est essentiellement masculine et très répandue chez nous. 26% des hommes déclarent avoir eu plusieurs partenaires sexuels différents dans l'année contre 12% dans l'hexagone. Les chiffres pour les femmes sont sensiblement les mêmes en Guadeloupe et outre-atlantique dans ce domaine. Autre indicateur intéressant, alors que le phénomène tend à diminuer avec l'âge en métropole, il ne baisse que très légèrement chez nous.
Point positif en revanche, la quasi totalité de ces relations se font avec usage du préservatif et lors de 9 premières expériences sur 10 , il est aussi utilisé. Les dépistages du VIH ont aussi fortement augmenté chez nous. 

Le sida touche surtout les hommes en situation de précarité

C'est la grande conclusion de la seconde enquête réalisée par l'INSERM. 1800 personnes portent le virus du sida chez nous. Le profil type en Guadeloupe est un homme âgé de 48 ans, vivant seul, sans emploi et en situation financière difficile. Un profil qui a évolué par rapport à la dernière enquête menée en 2003. A l’époque la population atteinte par le virus du sida était beaucoup plus jeune et moins précaire.
Concernant l’origine des patients : 30% des personnes ayant le syndrome ici sont des étrangers. Ils sont principalement d’origine haïtienne. Leur situation générale face au Sida s’est d’ailleurs détériorée par rapport à la dernière enquête.
Le gros point positif de cette étude c’est la prise en charge qui s’est considérablement améliorée en 10 ans. Aujourd’hui un peu moins de 90% des personnes malades sont sous traitement aux Antilles. Un taux quasiment équivalent à celui constaté dans l’hexagone. En 2003, 70% seulement des personnes touchées par le VIH bénéficiait d’un suivi chez nous.Le point noir en revanche c’est le diagnostic tardif en Guadeloupe. Bon nombre de patients ne se font dépister que longtemps après leur infection, souvent trop tard d’ailleurs. La prise en charge est tout de même plus précoce que lors de la dernière étude mais elle reste bien plus tardive que dans l’hexagone.
Enfin le dernier indicateur intéressant fourni par cette étude c’est le secret face au Sida. Chez nous, une personne sur trois n’a parlé de sa maladie à personne. Plus surprenant, au sein des couples, près d’1/3 des séropositifs ne dévoilent par leur contamination à leurs conjoints.
France Lert a mené cette étude "VIH : enquête sur les personnes atteintes", elle a répondu aux questions de Philippe Chanlot :



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