"Et si l’on envisageait un tourisme solidaire, qui préserverait la santé publique locale ?"

tourisme
Pôle Caraïbes 22 mars 2020 -4
©E-M. Golabkan

La question est posée par l'économiste guadeloupéen Sébastien Mathouraparsad. Puisque l'on ne peut pas fermer les frontières de la Guadeloupe, celui-ci prône la création d'une taxe "Yonn a lot", payable par les visiteurs de l'archipel, dont certains se sont révélés être des cas importés de Covid-19

Les touristes qui optent pour la destination Guadeloupe pourraient être mis à contribution, pour atténuer l'impact économique de la crise sanitaire liée à la Covid-19.
C'est l'idée émise par l'économiste Sebastien Mathouraparsad, membre de l'Atelier d'analyse des économies d'Outre-mer (ATOM).

Ce chercheur part d'un constat : alors qu'une vague de touristes a déferlé sur l'archipel, le territoire a connu une seconde vague de coronavirus dix fois plus meurtrière que la première, avec 167 décès recensés, au 3 janvier 2021, contre seulement 13 début, mai 2020 ; cela, écrit-il, "justement en raison de cas importés durant l’été". 

L'idée d'une taxe "Yonn a lot"

La question que s'est posée Sebastien Mathouraparsad est : "Comment concilier la survie du secteur touristique, qui génère des risques et la protection de la population ?"
Après mûre réflexion, le maître de conférences en économie (à l’Université des Antilles) propose, pour réponse à cette problématique digne d'intérêt, le développement d'un tourisme solidaire et la création d'une taxe spécifique, payable par chaque visiteur :

Sebastien Mathouraparsad : "C'est un peu le principe du pollueur-payeur"

L'argent ainsi récolté pourrait être versé au pot commun, via une aide au Centre hospitalier de la Guadeloupe, qui croule sous les dettes sociales et fournisseurs. Avec ces ressources supplémentaires, le principal établissement de santé du territoire pourrait alors, plus sereinement, faire face à l'afflux de malades Covid-19 et autres.

Sebastien Mathouraparsad : "Nous avons proposé 25 € par voyageur"

La note produite par Sebastien Mathouraparsad est accessible, en cliquant ici.

Reste à envisager la mise en œuvre d'une telle taxe

Quelles suites peuvent être données à cette proposition ?

Le champ des possibles est assez large, pour que cette idée de création d'une taxe "Yonn a lot" soit creusée, approfondie, voire concrétisée, selon Sebastien Mathouraparsad

Il faudrait qu'on prenne l'attache de juristes, pour voir la façon dont ce type de dispositif pourrait être mis en place.

Cela pourrait être via un paiement, en passant à la Douane, puis perçu par la Région, par exemple.

Je pense qu'il faudrait que ce soit quelque-chose de géré localement.

Sebastien Mathouraparsad, économiste du laboratoire ATOM

Mais les réactions des élus qui ont reçu le rapport en question se font attendre... Nul, pour l'heure, n'a montré d'intérêt à cette proposition.

Il est bon de préciser que cette réflexion, menée par l'économiste Guadeloupéen, n'est pas le fruit d'une commande publique, mais une initiative spontanée ; tout comme les autres études du laboratoire d'analyse interrégional ATOM, qui se penche sur les thématiques propres aux territoires ultramarins.

Le tourisme, pan important de l'économie en Guadeloupe


Florissant
Depuis 2015, le secteur du tourisme connaissait une croissance constante, en Guadeloupe.
Il représentait 5% du PIB et générait 11% de l'emploi local, en 2019, selon Sebastien Mathouraparsad.
Les propositions d'hébergements, d'activités et de séjours se sont multipliées, durant cette période.

Fragile
Les cyclones, les sargasses, la pénurie d'eau... le tourisme a été impacté par bien des crises, au fil du temps, mais s'est toujours relevé.

Le voilà sinistré, aujourd'hui, par un frein sans précédent : la Covid-19. La fréquentation touristique a chuté de près de 47% en 2020, révèle l'INSEE.

Ce qui a été perdu, pour l'industrie touristique, ne sera probablement jamais rattrapé.

Sebastien Mathouraparsad, économiste du laboratoire ATOM

Le coup est dur, notamment, pour les travailleurs informels, dont des étudiants qui faisaient des extras. Ceux-ci n'ont pas droit au chômage partiel, ni aux revenus compensatoires.
Les entreprises ont, quant à elles, enregistré des baisses significatives de chiffre d'affaire (hébergement touristique, loisirs, agro-transformateurs, pêcheurs... la liste est longue)

Secteur d'avenir ?
Sebastien Mathouraparsad reste persuadé que le Tourisme est un secteur qui mérite d'être développé, en Guadeloupe.

On est une cité balnéaire. Je pense que le tourisme a encore de beaux jours devant lui. C'est un secteur qui, depuis son émergence, dans les années 70, a toujours été un symbole de résilience. Sa construction a été jalonné de hauts et de bas.

Sebastien Mathouraparsad, économiste du laboratoire ATOM

En revanche, il peut être vain de tenter de proposer aux touristes des produits similaires à ceux de Saint-Domingue, par exemple, argumente l'économiste, alors que le territoire ne peut pas être compétitif avec ce pays. 
C'est pourquoi il prône une large réflexion, sur d'autres offres, plus orientées vers les spécificités de l'archipel : le tourisme vert, la culture, les villes d'art et d'histoire, etc. Des idées déjà défendues, par le passé, mais qui peinent à émerger.

Se réinventer passera aussi immanquablement par les nouvelles technologies et la prise en compte des enjeux environnementaux.

Pour aller plus loin

Sebastien Mathouraparsad, maître de conférences en économie à l’Université des Antilles, membre du Centre de recherche en économie et droit du développement insulaire (CREDDI) et du laboratoire interrégional ATOM (Atelier d'analyse des économies d'Outre-mer) était l'invité d'Olivier Lancien, dans la chronique radio "La Grande Interview" de Guadeloupe La 1ère, ce jeudi 04 février 2021.
Une émission que nous vous proposons d'écouter en intégralité :

La Grande Interview - 04/02/2021 - Sébastien Mathouraparsad

Sébastien Mathouraparsad, économiste
Sébastien Mathouraparsad, économiste ©ATOM