Missions, statut, rémunération, formation : nombreuses sont les revendications des sages-femmes

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Grève des sages-femmes
©Ronhy Malety
La Guadeloupe compte près de 240 sages-femmes. Un métier pluriel et lourd en responsabilités. Pourtant, ces professionnelles se sentent déconsidérées, de longue date, par les gouvernements successifs. De surcroît, un récent rapport de l'IGAS leur donne raison... mais n'est pas suivi d'effets.

Les sages-femmes sont en grève, ce jeudi 7 octobre 2021. Un mouvement de protestation national, après une longue lutte pour obtenir plus d'effectifs dans les maternités, davantage de reconnaissance de la profession et des revalorisations salariales.

Les professionnelles de Guadeloupe ont aussi pris part à cette mobilisation. Elles étaient plusieurs dizaines rassemblées, sur la place de la Victoire, à Pointe-à-Pitre, aujourd'hui.
Comme leurs collègues de l'Hexagone, elles dénoncent le "mépris du gouvernement" et disent "stop !".

Mobilisation des sages-femmes
©Ronhy Malety
Mobilisation des sages-femmes
©Ronhy Malety
Mobilisation des sages-femmes
©Ronhy Malety

 

"Que serait le monde sans sages-femmes ?"

Le métier de sage-femme est reconnu comme une profession médicale depuis 1803, dans le Code de la santé publique. Il y a été inscrit avant celui de Gynécologue ou d'obstétricien.

Les sages-femmes sont aptes à pratiquer seules, sans l'appui d'un médecin, l'accompagnement et la prise en charge des femmes et des couples, avant et pendant une grossesse, mais aussi le dépistage et la surveillance des pathologies. Elles réalisent 80% des accouchements en parfaite autonomie. Elles sont encore aux côtés des patientes, après les naissances (suivi post partum, retour au domicile, rééducation périnéale...). Ces professionnelles se font tantôt soignantes, accompagnatrices, conseillères conjugales, psychologues.
Au plus proches des familles, elles contribuent à la lutte contre les grossesses non désirées. Elles sont aussi bien placées pour inciter les personnes à recourir au dépistage des maladies sexuellement transmissibles, ou encore des cancers du sein ou du col de l'utérus.

Des profils avec autant de champs de compétence et d'intervention méritent d'être valorisés et reconnus, martèlent les grévistes.

Sous-payées, non reconnues

Seulement voilà, après 5 années d'étude, dont une première année de médecine, les sages-femmes se plaignent de n'avoir qu'un salaire correspondant à un Bac+3.

Payées "trois fois moins cher qu'un médecin", elles se voient de surcroît confier des tâches supplémentaires :

Depuis des années, les gouvernements successifs nous rajoutent des compétences pour pallier au manque de médecins : gynécologie médicale, échographie, IVG médicamenteuse et chirurgicale. M. Véran nous parle maintenant du suivi de l'endométriose. Il sait qu'il peut compter sur nous. Nous aimons notre travail, nous aimons nos patients.

Communiqué "grève des sages-femmes de Guadeloupe" - 07/10/2021

Pour autant, la tant attendue revalorisation des grilles de salaires n'arrive toujours pas.

Nous avons bénéficié d'une prime Ségur de 183€, comme les paramédicaux ou les secrétaires. Mais il n'y a pas eu de revalorisation de grilles, comme pour les infirmiers diplômés d'état, les aides-soignants, les agents des services hospitaliers et les médecins (ces derniers ont eu une revalorisation de 520e/mois).

Communiqué "grève des sages-femmes de Guadeloupe" - 07/10/2021

 

Le rapport de l'IGAS remet le feu aux poudres

Pour couronner le tout, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), commandé par l'actuel ministre de la santé Olivier Véran, n'est pas suivi d'effet.

La mission a été déclenchée à l’occasion d’une contestation sociale et de l’expression d’un vif mécontentement de la part des sages-femmes. Elles considèrent, en effet, que l’ensemble des réformes engagées n’a conduit qu’à un "entre-deux" tant sur la problématique de leurs missions que sur celles de leur statut, de leur rémunération et de leur formation. Ces trois champs correspondent à l’objet de la lettre de mission.

Rapport IGAS N°2021-022R

Sorti le 14 septembre dernier, le document évoque le "malaise profond" et la "reconnaissance toujours imparfaite du rôle de la sage-femme, dans son coeur de métier". Le rapport précise, en outre, que les sages-femmes sont sous-payées et que la profession nécessite une revalorisation de 356€ à 624€ nets/mois, en accord avec la pénibilité du métier, la durée de formation et, surtout, le niveau de responsabilité.

Une revalorisation salariale significative semble également justifiée pour repositionner, plus harmonieusement et logiquement, les sages-femmes dans l’échelle des rémunérations de toutes les professions soignantes, médicales ou non au sein de l’hôpital.

Rapport IGAS N°2021-022R

Or, Olivier Véran propose 100€ de prime (non prise en compte dans le calcul de la retraite) et 100€ bruts de revalorisation de grille.

Et pas un mot sur leur demande de révision de leur statut ; les sages-felles veulent être considérées comme des praticiens hospitaliers, au même titre que les autres professionnels à responsabilités médicales à l'hôpital. Elles réclament aussi l'intégration universitaire de toutes les écoles de sages-femmes... en vain jusqu'ici.

Francelise Nadessin, présidente du conseil départemental de l'ordre des sages-femmes Guadeloupe, était l'invitée du JT de 13h, sur Guadeloupe la 1ère. Elle répond à Alex Robin :