Série de morts subites : il faut écouter son corps et ne pas hésiter à consulter

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CODIR SDIS
Centre de traitement des appels d'urgence (18), au sein du SDIS Guadeloupe ©Rémi Defrance
La Covid-19 n'est pas seule responsable des morts subites par arrêt cardiaque hors hôpitaux, plus nombreux en ces temps de pandémie. Ces décès sont aussi dus à l'absence de prise en charge d'autres pathologies. Les patients doivent se faire dépister, tenir compte de leurs symptômes et consulter.

Il est tôt pour tirer des conclusions définitives, au sujet de la série de morts, que les pompiers ont qualifié de "suspicion d'arrêt cardiaque", ces dernières semaines, en Guadeloupe. Mais ce phénomène préoccupe beaucoup, tant les professionnels de santé que la population.

Pour rappel, sur les six derniers jours, au moins neuf personnes ont ainsi été découvertes, à leur domicile ou sur la voie publique. Les médecins du SAMU dépêchés sur place n'ont pu que constater les décès.

Le dernier en date remonte à la nuit dernière : à 00h13, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) a été appelé au chevet d'une femme de 45 ans. Elle aussi a fait un arrêt cardiaque, chez elle, section Chabot, à Saint-François. Le docteur qui a déclaré son décès n'a pas noté d'obstacle médico-légal.

Cette information a choqué les Guadeloupéens qui s'interrogent, dans un contexte déjà très anxiogène, où tout et son contraire circulent. Evidemment, tout naturellement, on peut avoir le réflexe d'attribuer tous ces morts à l'actuelle épidémie de Covid-19. Certains soupçonnent même le vaccin d'être à l'origine de cette hécatombe :

©Ludivine Guiolet-Oulac et Ludovic Gaydu - Guadeloupe la 1ère

 

Une réelle hausse de tels décès ?

Nous avons cherché à savoir si effectivement le nombre de morts subites est en hausse, sur le territoire.
"Oui", selon le Colonel Tony Jerpan, médecin-chef du SDIS et médecin référent du vaccinodrome de l'aéroport "Pôle Caraïbes". 

©Ludivine Guiolet-Oulac et Ludovic Gaydu - Guadeloupe la 1ère

De là à pointer du doigt exclusivement la Covid-19, il y a un monde, même si le lien semble logique :

Lorsque l'on connaît comment fonctionne le Covid, on peut penser qu'il y a une part qui serait probablement due au Covid. On sait que lors d'infections à Covid, il y a des thromboses des vaisseaux ; donc il peut y avoir une atteinte cardio-vasculaire. 

Colonel Tony Jerpan, médecin-chef du SDIS


La Covid-19, mais surtout les autres pathologies

Le lien supposé entre les morts soudaines et la Covid-19 est une question, jugée importante, qui a été discutée au sein du collège de la cardiologie de la Guadeloupe, en lien avec la Société française de cardiologie et la Fédération française de cardiologie. Ces experts estiment que 11% des décès précités sont imputables à une atteinte cardiaque par Covid.

Mais d'autres maladies, reléguées au second plan par la pandémie, se développent localement, avec le risque de tuer, elles aussi en nombre, faute de dépistages.
Un avis partagé par le Colonel Tony Jerpan et le Docteur André Atallah, lui-même cardiologue :

On a eu tendance à négliger d'autres pathologies. Des experts pensent que, notamment pour le cancer, on aura peut-être, l'année prochaine, plus de 5000 cancers supplémentaires, par défaut de dépistage et défaut de prise en charge (...). Le message à faire passer c'est : vous avez mal à la poitrine, vous sentez que vous avez la main qui est de travers, n'hésitez pas à appeler votre médecin traitant, n'hésitez pas à appeler le SAMU.

Docteur André Atallah, cardiologue 

©Ludivine Guiolet-Oulac et Ludovic Gaydu - Guadeloupe la 1ère

Cette explication a aussi été développée par le professeur Éloi Marijon, de l'hôpital européen "Georges Pompidou", à Paris, qui a étudié ce phénomène. Interrogé par LaRevueDuPraticien, ce médecin a estimé que seul un tiers des arrêts cardiaques supplémentaires, sont en rapport avec l’infection par le SARS-Cov-2, au national. "75 % des arrêts cardiaques extrahospitaliers sont dus à la maladie coronaire", a-t-il déclaré. Lui aussi parle des "effets collatéraux du Covid", dont la réticence des patients à consulter ou se rendre aux urgences, par peur de contracter le virus.

Face à cette recrudescence de décès brutaux, l'Agence régionale de santé (ARS) a décidé de mener une étude, en collaboration avec le SDIS notamment, pour dresser un comparatif entre le phénomène actuel, par rapport aux années précédentes.