Catastrophe de Cabassou : 21 ans après, un drame ancré dans les mémoires

catastrophes naturelles
Mont Cabassou

Le 19 avril 2000, à 13h 45, une coulée de boue de 10 mètres de haut, large de 80 mètres s’abattait sur l’usine de produit laitiers Cilama poursuivant sa course sur la portion de route.  Un partie du mont Cabassou s’écroulait, tuant dix personnes.

 

mont Cabassou

Le 19 avril 2000, à 13h 45, une coulée de boue de 10 mètres de haut, large de 80 mètres s’abattait sur l’usine de produit laitiers Cilama poursuivant sa course sur la portion de route. 300 000 m3 progressant à  une vitesse de 40 km heure, une partie du mont Cabassou s’affaissait, tuant dix personnes.

Des pluies torrentielles 

Catastrophe Cabassou
Bernard Boullanger au milieu des secours

Il était aux environs de 13h45, ce mercredi-là. Des pluies diluviennes s’étaient abattues sur la Guyane durant des jours. Soudain, une partie de la colline s’écroule. La coulée de terre boueuse détruit tout. Sur son passage, la partie avant de l'usine laitière la Cilama, six  personnes trouvent la mort. Dans le même temps, deux agents de la DDE, ancienne DEAL, sur la route en train de faire des travaux, ne peuvent arrêter la coulée fatale. Enfin, un père et sa fille, circulant en voiture sont eux aussi ensevelis par la boue.  

Bernard Boullanger
Bernard Boullanger directeur CILAMA

Pour moi c’est un jour particulier, c’est tous les souvenirs qui reviennent le 19 avril. C’est la première catastrophe qui a eu lieu en Guyane. Nous avons payé un lourd tribut. J’étais sorti juste avant pour déposer des clés, quand je suis revenu, cela venait de se faire. J’avais l’impression que c’était la fin du monde, c’était quelque chose d’invraisemblable. Nous avons perdu 6 salariés et l’usine complètement. Nous avons dû accompagner les familles et tous les salariés orphelins de leurs amis et de leur travail. Cela a été extrêmement difficile.

Bernard Boullanger directeur de la Cilama à l'époque

 

Les drames après le choc

Cabassou

L’alerte est rapidement donnée. Les forces de l’ordre sont mobilisées. Pompiers, gendarmes, policiers et civils tentent à coups de griffes, de pelles, de pioches de trouver des survivants. Après 10 jours de recherches, le verdict tombe. L'éboulement du Mont-Cabassou a fait dix morts dont Etienne Dorlipo et sa fille Christelle qui passaient sur cette portion de route à ce moment précis. Thierry Dorlipo a perdu ce jour-là son père de 55 ans et sa petite sœur de 22 ans, dernière de la famille de 11 enfants :

.. Quand on a commencé à voir les engins, les bulldozers qui étaient sur place et qui avaient tout écrasé... En pensant que c'était une fiat Punto que mon père conduisait, on a vite compris que cela allait être difficile de les revoir...

Thierry Dorlipo


Roger Lapiquionne, Henri Courteau, Gérard Gruel, Waldomir Rusland, Etienne Dorlipo, Christelle Dorlipo, Charles Boniface, King Oesman, Patrick Lutchman et Jean-Michel Zacharie, des noms qui resteront gravés dans l'histoire de la Guyane, une terre qui, jusqu'alors, était préservée de tels cataclysmes.

11 ans de procédure

En 2011, l’Etat est déclaré responsable au terme d’une procédure qui aura duré près de 11 ans. Il est notamment reconnu que des interventions humaines ont fragilisé le site. Depuis Bernard Boullanger et les personnels rescapés de l’usine ont repris leurs activités à Solam à Macouria. Mais chaque année depuis 2000, le 19 avril est un jour marqué par le souvenir.  

Le MDES, le mouvement de décolonisation sociale chaque année appelle au souvenir ...

"Le 19 Avril 2000, la Guyane est meurtrie dans sa chair. Les années passent mais le souvenir de la catastrophe du Mont Cabassou reste impérissable. Nous n’oublions pas. Avec humilité, humanité mais régularité, nous appelons chaque Guyanaise et Guyanais à honorer notre mission commune du devoir de mémoire. Il nous appartient de rendre hommage aux victimes de cette horrible catastrophe qui a touché la Guyane ce 19 avril 2000 et que nous nous devons de ne pas oublier. Nous ne vous oublions pas. La Guyane doit continuer à tirer les leçons de ce drame sans précédent afin que plus jamais ne soient créées les conditions d’un nouveau « Cabassou ». Nou pa ka bliyé. La section MDES Rémire-Montjoly"