Centenaire de "Batouala" : Didier Decoin le président du prix Goncourt, évoque la mémoire de René Maran

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De gauche à droite Catherine Le Pelletier, Barsha Bauer, Didier Lecoin et Eric Moreau ©Catherine Le Pelletier
En 1921, René Maran recevait pour son roman Batouala, le prestigieux prix Goncourt. Dans le cadre du centenaire, les initiatives sont nombreuses. Le président du prix Goncourt Didier Decoin s'est exprimé sur cet événement littéraire dans un film actuellement en tournage.
Batouala
©DR

En 1921, René Maran recevait pour son roman Batouala, le prestigieux prix Goncourt. Dans le cadre du centenaire, de nombreuses commémorations ont lieu dans toute la France et à l’étranger. Les initiatives pour faire revivre dans les mémoires, cet évènement littéraire sans précédent, sont nombreuses. Parmi elles, un film réalisé par Eric Moreau, de Barcha Bauer déjà auteur de « René Maran l’éveilleur de conscience » co-écrit avec Serge Patient. Il viendra s’ajouter à la longue liste d’événements, livres, magazines qui depuis janvier dernier évoquent la mémoire de René Maran, dans le cadre du centenaire qui lui est consacré. Le tournage a commencé par une rencontre avec le président du prix Goncourt Didier Decoin.

Dénonciation du colonialisme

René Maran
René Maran ©DR

René Maran avec le roman "Batouala" est le premier écrivain noir, guyanais à obtenir le prestigieux prix Goncourt. C’était en 1921. Un scandale dans les milieux littéraires de l’époque, peu habitués à reconnaître un "noir" pour la beauté de sa plume. "Batouala" est un roman à clé qui raconte l’Afrique au temps de la colonisation : "L’action se déroule en Oubangui-Chari (République Centrafricaine). Batouala est un chef de village sur le déclin. Il se raconte, décrit les mœurs de sa tribu et ses rapports avec le colonisateur". Aux débuts de sa carrière dans l’administration, René Maran est un fonctionnaire colonial zélé puis entre en rébellion. "Batouala" et le scandale qui s’ensuivit, sonneront le glas de sa carrière dans l’administration coloniale. René Maran est qualifié à l’époque par les journalistes "d’auteur exotique". La violente polémique le poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. C’est cette histoire que raconte le film de Barsha Bauer.

Dans le prestigieux salon Goncourt

Salon Goncourt
©Catherine Le Pelletier

Ce tournage a permis d’aller sur les traces de l’auteur, en se rendant chez Drouant. Un lieu mythique, le prix Goncourt y est en effet décerné la première fois le 31 octobre 1914. L’académie compte dix membres qui se réunissent tous les premiers mardis du mois dans le salon Goncourt pour évoquer l’actualité littéraire. Didier Decoin est le président du concours litteraire depuis 2020.

Un choix contreversé

Batouala
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Le choix des 10, en cette année 1921 fait scandale. Manifestement " Batouala" est un enjeu pour les membres du jury.

Ils ont cru qu’ils se laissaient aller. Je n’en sais rien, je n’y étais pas. Ils se sont dits, on a fait un coup, et finalement ils ont choisi un très bon livre.

Didier Decoin président du prix Goncourt

 

Un Prix inattendu

Salon Goncourt
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Pas un seul moment, le 15 décembre 1921, René Maran n’aurait imaginé avoir ce prix littéraire prestigieux. De plus, la plupart des critiques littéraires de l'époque, estiment que ce prix n’est pas mérité.

Didier Decoin président Prix Goncourt

René Maran a écrit ce qu’il voulait écrire, comme il voulait l’écrire, Il n’a pas imaginé une seule seconde qu’il pouvait avoir le Goncourt. Il n’a rien de préfabriqué dans son travail.

Didier Decoin président du prix Goncourt

 

Un bon livre

Batouala
©Catherine Le Pelletier

"Batouala" a remporté ce prix contre "Epithalame" de Jacques Cardonne grâce à la voix du président du Goncourt, de l’époque Gustave Geffroy.

Je l’aurais donné dès le 1er tour. Moi, j’ai une position très claire, je trouve que c’est un bon livre. La couleur de peau ou l’origine ethnique m’indiffèrent complétement. J’aurais voté René Maran car j’ai aimé Batouala.

Didier Decoin président du prix Goncourt

Didier Decoin président Prix Goncourt

L’écrivain est mort à Paris le 9 mai 1960 dans le dénuement. Il est aujourd'hui considéré comme le précurseur du mouvement de la négritude par Aimé Césaire, Léon Gontran-Damas et Léopold Sédar Senghor.