Entre appréhension et enthousiasme Laëtitia Fillodeau professeure au lycée Max Joséphine se prépare à retrouver ses élèves

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Laëtitia Fillodeau
Laëtitia Fillodeau professeure de français et d'histoire géographie au lycée Max Joséphine ©LP
Derniers préparatifs de rentrée avec une collègue pour mettre en place un atelier de soutien aux élèves en difficulté, Laëtitia Fillodeau professeur au lycée Max Joséphine se prépare activement. Elle ne veut pas être prise au dépourvu mais s'inquiète de l'efficacité du dispositif sanitaire annoncé.

Comme tous les enseignants, Laëtitia Fillodeau se prépare à retourner dans son établissement, le lycée professionnel Max Joséphine à Cayenne. Mais la jeune femme ressent une certaine appréhension face au contexte sanitaire. 

Je ne suis pas tout à fait rassurée, même vaccinée j'ai peur d'attraper le covid ... j'ai en face de moi des adolescents avec une charge virale équivalente à celle des jeunes adultes même en étant très contente de les retrouver, avec l'euphorie de la rentrée, je sais que les mesures barrières seront difficilement appliquées par les élèves...


La professeure rappelle que l'adolescence est aussi l'âge de l'insoucience où les jeunes se sentent moins vulnérable et où les amourettes sont nombreuses. Des événements qui font partie de leur sociabilisation. L'expérience de l'année précédante a montré qu'il était difficile de faire appliquer les fameuses mesures barrières. 

Une population d'élèves avec un niveau hétérogène

Laëtitia Fillodeau, professeure de lettres et d'histoire géographie depuis 4 ans, d'abord au lycée de Balata, a aussi été durant 10 ans professeure des écoles. Elle reconnaît que les matières qu'elle enseigne ne sont pas les plus populaires auprès des élèves. Se pose à elle et ses collègues, la problématique de la prise en compte des élèves allophones dont beaucoup n'ont pas suivi une scolarité complète en Guyane.
Le lycée Max Joséphine n'a pas de structure d'accueil pour ces nouveaux arrivants. Les enseignants doivent composer avec ces paramètres, des élèves de classe de seconde qui savent à peine lire alors qu'il faut leur dispenser des programmes du second degré. Certains élèves qui viennent de communes du fleuve (Maripasoula, Antécume-Pata par exemple) ont aussi des grosses difficultés en français. Cela donne des classes avec un niveau  très hétérogène.

Malgré tout, cette professeure s'adapte et son expérience de l'apprentissage lui permet une certaine réactivité pour aider au mieux les élèves les plus en difficulté.

Comme professeure des écoles j'ai appris les techniques d'apprentissage de la lecture, avec une collègue au même profil, nous avons proposé au proviseur un projet pour prendre en charge les élèves qui débutent dans la lecture et ainsi les faire progresser. Cela vient en plus de nos heures de cours.


Des actions qui pourraient être contrecarrées par la situation sanitaire. Les récentes déclarations du ministre Blanquer annonçant des cours en présentiels pour les élèves vaccinés et en distanciel pour les non vaccinés quand il y aura des cas covid dans les établissements scolaires. Par ailleurs, le pass sanitaire ne s'applique pas alors comment vérifier que les élèves sont vaccinés ou pas. 

L'enseignement distanciel accentue la frature numérique

Autre préoccupation pour cette enseignante, la fracture numérique qui s'accentue avec les confinements et qui crée un véritable schisme au niveau des élèves :

Le premier confinement, je l'ai vécu au lycée de Balata où il existe une population d'élèves issus de milieux défavorisés difficiles à intéresser dans les conditions normales d'enseignement. En distanciel , on les perd. Le confinement amplifie le phénomène de l’absentéisme et du décrochage scolaire. Certains n'ont pas de tablette et encore moins un ordinateur. Quand ils ont un téléphone, il n'a pas beaucoup de mémoire et il faut veiller à envoyer des documents pas trop lourds. Un des mes élèves est retourné à Antécume Pata avec son seul portable. Il y avait un internet sporadique, lui je l'ai perdu pendant le confinement alors qu'il était déjà en très grande difficulté en français.


Ces situations amplifient l'inégalité scolaire entre ceux qui ont les moyens d'être connectés et qui sont suivis par leurs parents et ceux qui n'ont pas cette chance. Laëtitia Fillodeau n'a pas eu d'autre choix que de mettre en place des groupes Whatsapp pour garder le contact avec tous d'autant qu'elle est professeure principale, référente pour toutes les mesures administratives. A cela s'ajoute, notamment pour les élèves de seconde arrivant du collège un manque de maturité et d'autonomie.
Le dernier confinement de mai a été encore plus problématique. Les élèves, de façon générale, ne pouvaient pas effectuer leur stage en entreprise car les entreprises non essentielles ont dû fermer leurs portes laissant sur le carreau les futurs stagiaires.
Seule solution : différer ces stages au mois de juilet ce qui s'est fait, non sans mal.

Toutefois, ce métier est une vocation pour la jeune femme qui a souhaité intégrer le second degré et se mettre au service des adolescents. Une classe d'âge en repère de cadres qui n'existent pas toujours dans la sphère familiale :

J'ai un regard bienveillant à leur égard. Je suis parfois la passerelle entre les parents et l'élève pour résoudre, notamment, des problèmes de communication. Je suis ravie de les retrouver.