Guyane : un risque d’introduction de la peste porcine africaine

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Peste Porcine en République Dominicaine : un risque d’introduction en Guyane
Le virus ne peut cependant pas être contracté par l’homme : il ne peut qu’atteindre les porcs, sauvages ou d’élevage, les sangliers, les phacochères et les tiques. ©Karl CONSTABLE / Martial GRITTE
Apparue il y a un siècle, la peste porcine africaine touche encore une cinquantaine de pays dont la République Dominicaine. Un risque pour la filière guyanaise au regard des flux de personnes et de denrées. Un élevage touché serait condamné à l'abattage de la totalité de ses animaux.

Après 40 ans d’absence sur le continent américain, la peste porcine africaine (PPA) est de retour en République dominicaine, sans doute en Haïti, et donc en Amérique du sud.

Pour l'instant, aucun cas n'a été détecté en Guyane. Mais la DGTM (Direction Générale des Territoires et de la Mer de la Guyane) en charge de l'agriculture, préfère prendre les devants pour protéger les 6500 porcs répartis dans 164 élevages professionnels.

La viande de porc représente aujourd'hui la moitié du volume total de viande produit en Guyane, avec une croissance annuelle de 10% avant la crise sanitaire. « Attention, il existe aussi de petits élevages familiaux, avec un ou deux animaux. Eux aussi sont concernés par les mesures » indique Pierre Papadopoulos, directeur général adjoint de la DGTM.

Sans danger pour l'homme

La peste porcine africaine, maladie virale hémorragique, touche les animaux sauvages ou domestiques : porcs, sangliers, pécaris.... Attention, elle n’est pas transmissible à l’homme. 

« Il ne faut pas arrêter de consommer de la viande de porc locale. Comme toute viande mise en vente dans les commerces de Guyane, elle passe par l'abattoir et donc par un contrôle vétérinaire »

Pierre PAPADOPOULOS, directeur adjoint de la DGTM


Mais la peste porcine africaine est extrêmement contagieuse pour les bêtes, par contact sous forme directe ou indirecte :

  • par contact avec un animal infecté introduit sur notre territoire ou avec un cadavre d’animal infecté (le virus y survit plusieurs mois) ;
  • par consommation d’aliments contaminés par le virus, comme la viande et/ou les produits à base de viande de porcs ou de sangliers tels que les produits de fumaison et salaison dans lesquels le virus peut survivre plus de deux mois (risque accru si les porcs sont alimentés par les déchets de cuisine, pratique pourtant interdite en Europe) ;
  • par contact avec des véhicules, des personnes, ou des matériels contaminés. Compte tenu de la très grande résistance du virus dans le milieu extérieur, tout matériel souillé (vêtements, bottes, pelles...), peut favoriser la transmission indirecte du virus.

Pas de traitement possible  

Il n’existe aujourd'hui ni vaccin, ni traitement. Cette maladie oblige à recourir à des abattages massifs des élevages contaminés, engendrant de lourdes répercussions économiques pour les éleveurs. Un pays touché peut être soumis à une interdiction des exportations de porcs vivants mais aussi des denrées à base de viande de porc.

"Compte tenu de la situation géographique de la Guyane, de la résistance du virus et des flux de personnes, de biens et de denrées alimentaires, le risque d’introduction de la PPA en Guyane est réel. Il causerait un fort dommage à la filière guyanaise."

Préfecture de la Guyane


Par principe de précaution, une information spécifique a été adressée à tous les professionnels (éleveurs, vétérinaires, centres de soins animaliers, institutions et forces de l’ordre) rappelant que la mise en place des mesures de biosécurité en élevages et en abattoirs est à ce jour le seul moyen de se prémunir efficacement de toute contamination.

Il s'agit avant tout de mesures simples pour éviter que le virus n'entre dans un élevage.

« Les préconisations ? Ne pas donner de déchets de cuisine. Ne pas utiliser de matériel agricole importé sans l’avoir désinfecté au préalable (tracteur, bottes, outils...). Pour la nourriture des animaux, utiliser exclusivement des aliments produits localement ou importés d’Europe avec une traçabilité renforcée. »

Gwendoline LELIARD, responsable du pôle Sécurité et protection animale au sein du Service Alimentation (SALIM) de la DGTM


Tout symptôme ou mortalité anormale doivent être signalés au service de l’alimentation de Guyane- SALIM (Direction Générale des Territoires et de la Mer).

"Des points réguliers seront effectués avec les organisations professionnelles et la chambre d’agriculture de Guyane afin d’anticiper les mesures à prendre selon l’évolution épidémiologique de la situation."

Préfecture de la Guyane


Un contrôle renforcé des arrivages de porcs est également mis en place par la SALIM en lien avec les douanes et les importateurs.

Tous les trois à quatre mois, une trentaine de porcs arrivent Guyane, surtout des reproducteurs. Des animaux importés exclusivement d'Europe avec plusieurs contrôles vétérinaires détaillés et une traçabilité extrême. La vigilance sera donc encore accrue.

Guyane : un risque d’introduction de la peste porcine africaine
©Karl CONSTABLE / Martial GRITTE

Il est également rappelé́ que l’introduction de denrées alimentaires à base de produits animaux en provenance de pays tiers est interdite même pour des petites quantités.

« Pour les voyageurs, professionnels, vacanciers ou touristes, il est strictement interdit d’importer en Guyane de la viande porc ou des aliments à base de viande porc comme le saucisson ou le jambon, indique Gwendoline LELIARD. En 1982, date de la dernière épidémie de peste porcine africaine en Haïti, la propagation avait été limitée suite à l'abattage de plus de 200 000 animaux sur place. Aujourd'hui, nous espérons qu'il en sera de même pour la République Dominicaine afin de protéger le continent américain et sud américain

En Guyane, la propagation du virus pourrait provoquer un déséquilibre entre l’offre et la demande de viande de porc et une hausse des prix. A terme fragiliser davantage une filière éprouvée par la pandémie.