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Stéphane Floricien : « Quand tu viens de Guyane, t’arrives de nulle part et avec du retard »

portrait
Stéphane Floricien
Stéphane Floricien ©Stéphane Castorix
Stéphane Floricien, journaliste et réalisateur, propose dans son magazine Péyi A Gran International, sur un ton décalé, une autre vision de la Guyane. Ce globe trotter est un boulimique de travail et a des projets cinéma plein la tête.

Stéphane Floricien redécouvre son pays et ceux qui en font sa richesse

Stéphane raconte son enfance les yeux fermés et se souvient des saveurs, des ambiances, des plaisirs simples comme l’eau de coco que l'on boit le week end. Il a besoin de renouer avec ses racines. Elles sont parfois douloureuses. A 12 ans, il apprend qu'une de ses grand-mères a vécu dans les rues de Cayenne. Il exprime avec pudeur sa peur de la rue : « J’ai vu aux Etats Unis des gens tout perdre et basculer dans la pauvreté du jour au lendemain». Stéphane semble comme un funambule marchant sur un fil et  luttant pour ne jamais perdre l’équilibre.
Il évoque sa vie personnelle un instant, pour rappeler qu’il aime vivre dans l’anonymat. Paradoxalement, le journaliste a choisi de se filmer de face dans Péyi A Gran, au risque de se mettre à nu.
De sa carrière de sportif de haut niveau, il garde la niaque et la rage de vaincre. Il demeure le joueur de tennis le plus primé de Guyane.

A 6 ans, Stéphane débute le tennis, sa première passion

Son père coach sportif, l’initie au tennis. Il s’y révèle talentueux et veut devenir sportif de haut niveau. Comme beaucoup de jeunes guyanais, pour mettre toutes les chances de son côté, il choisit de partir en métropole. Il part vivre chez sa tante à Parthenay dans les Deux Sèvres.
Le niveau  sportif est élevé. Il comprend rapidement qu’il faut s’entrainer fort pour réussir.  « Quand tu viens de Guyane, t’arrives de nulle part et avec du retard ». Son BAC en poche, Stéphane s’inscrit à l’Université parisienne de Jussieu en Licence de Langues Etrangères Appliquées (LEA - Anglais/Espagnol) tout en poursuivant sa carrière de tennisman. Le système éducatif français n’est pas adapté et ne permet pas aux sportifs de haut niveau de faire cohabiter « Etudes et Sport ».


Les  USA , une période déterminante pour sa carrière

Dans les années 90, la mode est de faire partir les jeunes prodiges français du tennis aux Etats Unis. Stéphane envoie des courriers pour aller étudier dans une université américaine et obtenir une bourse sportive. Contacté par le coach Randy Rowley, il intègre l’Université de Louisiane (NLU), située à Monroe. Sa maxime « t’arrives de nulle part et avec tu retard » se révèle encore plus vraie. Contrairement à la France, le niveau des championnats universitaires  NCAA et NAIA est un des plus élevés au monde.
Le jeune homme découvre que le campus dispose de centres d’entraînement et de staffs techniques équivalents à des clubs professionnels.

Son coach lui apprend à se surpasser. « Aux States le concept : c’est l’esprit gagnant ... on t’aide à devenir meilleur. En France, c’est plutôt, t’es nul, t’y arriveras jamais ».

Au cours d’un tournoi, il est repéré par la très prestigieuse Middle Tennessee State University. Stéphane y obtient un Bachelor en communication spécialisée en journalisme et langues étrangères et fait des stages-étudiants sur la chaîne télévisée NBC News à Nashville. Un soir, installé dans les gradins pour couvrir un match, son maître de stage et  rédacteur en chef, lui dit « tu vois là où tu es assis, c’est là qu’Oprah Winfrey s’asseyait et t’as vu la carrière qu’elle a  fait ? «  Alors accroche-toi ».
Stéphane se blesse au pied lors d’un match. Il refuse la chirurgie et privilégie la cicatrisation naturelle. Ce choix met un coup d’arrêt à sa carrière de tennisman.
Son cursus universitaire terminé, il se voit proposer une place de journaliste dans la plus grande chaîne d’infos en continue des États-Unis, CNN à Atlanta. Travailler à Atlanta, signifie qu’il doit débourser 11 000 dollars  pour obtenir sa carte verte.  Faute d’argent, son aventure américaine s’arrête là.

Retour à Paris en 1999 

Deux mois après son retour, il  rencontre Christian Prudhomme, l'actuel directeur du Tour de France, qui l’embauche à l’équipe TV comme journaliste sportif. Puis il collabore aux services des sports de France 2 en 2001. Mais Stéphane ne reste pas en place. Il part pour Moscou où il restera 6 mois, juste le temps d’apprendre le Russe. Car Stéphane a un don : il est polyglotte et apprend les langues avec une facilité déconcertante.  Parlant l’anglais couramment, il part 7 ans à Londres pour la chaîne ESPN Classic.
Mais, Stéphane n’oublie pas son rêve d’enfant, faire du cinéma.

Le cinéma,  sa seconde passion  

Petit, Stéphane voulait être cinéaste. Pourtant sa mère lui disait « aller au cinéma, c’est donner de l’argent pour rien, le film dans deux mois sera à la télé, tu le verras après ». 
Tout en suivant des cours de cinéma, il réalise des courts métrages. 
Avec « Chienne de Lutte » il obtient le Prix René Maran dans la catégorie meilleur scénario en 2008. Et il remporte avec ce film le prix spécial  du jury - réseau 1ère au Festival du Prix de courts 2013.
Il vient d’achever le tournage de son deuxième court métrage « Pimentade » qui sera projeté en Guyane au mois de novembre 2016.
Stéphane voit plus grand et prépare un long métrage d'1h30. Ce film a nécessité 5 ans de recherches. Pour l’instant, il ne peut en dire plus, son projet avançant au gré des financements difficiles à réunir. Il lâche au détour de l’interview que le  film pourrait être en noir et blanc : « question de budget ».
En attendant, il réalise ses magazines Péyi A Gran International comme des road moviesLe  prochain numéro sera diffusé mercredi 27 avril à 20h00 et sera consacré à Alex Boicel, producteur artistique installé à New York.
Eric Floricien entourés des 4 guyanais travaillant à New York
A gauche Alex Boicel, Stéphane Floricien, Alizé Uttéryn, Kevin Séraphin et Yannick Lebrun ©DR



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