Législatives 2022 : les députés d’outre-mer de l’opposition ne sont pas invisibles

éditorial
Assemblée Nationale
Assemblée Nationale à Paris. ©SANDRINE MARTY / HANS LUCAS / AFP
Le député de Martinique siégeant dans l’opposition parlementaire a peu d’occasions de se faire entendre, selon l’un des 55 candidats qui a lancé cette idée lors d’un débat sur la radio de Martinique La 1ère. Est-ce aussi simple ?

"Quand nos députés sont dans un groupe minoritaire à l’Assemblée nationale, ils ne sont pas entendus". Aucun des concurrents du candidat auteur de cette déclaration ne l’a relevé. Ce jeune élu conseiller municipal et conseiller communautaire, sous-entend que le parlementaire d’outre-mer n’est pris au sérieux que s’il adhère à la majorité. La démonstration part d’une certaine logique. Siéger dans l’opposition donnerait une faible visibilité à nos élus.

Or, l’histoire récente démontre exactement le contraire. Excluons d’emblée les députés actuels, sortants ou non, dont certains ont œuvré à la reconnaissance de nouveaux droits. C’est le cas pour la loi sur l’indivision successorale portée par deux élus de Martinique. Ou encore de la vérité sur l’utilisation du chlordécone aux Antilles, révélée par des députés de l’opposition aussi.

Ainsi, aurions-nous oublié Aimé Césaire, siégeant dans l’opposition de 1958 à 1981 ? Combien de ses discours sont passés à la postérité ? Combien de ses argumentaires sont encore valables ? Il n’a eu de cesse de dénoncer la fausse égalité des droits entre citoyens français. Durant deux décennies, il a rappelé les gouvernements successifs à leurs devoirs vis-à-vis de nos peuples aspirant à la dignité. Césaire n’aurait pas été écouté et, mieux, entendu ?

D’évidentes lacunes historiques

Et que dire de son camarade socialiste guyanais Justin Catayée ? Auteur d’une proposition de loi d’avant-garde sur l’avenir de son territoire, il n’a cessé de réclamer un statut juridique spécial qui permette à ses compatriotes de se hisser au rang d’hommes dignes. Tué dans un accident d’avion en juin 1962 – dont les circonstances ne sont pas toutes élucidées selon sa famille et ses amis – Catayée n’a pas été entendu par le général de Gaulle ?

Serions-nous ignorants des contributions des députés communistes de Guadeloupe à la reconnaissance des disparités et des discriminations propres à nos territoires ? Paul Lacavé, Hégésippe Ibéné ou Ernest Moutoussamy n’ont pas arrêté de réclamer des moyens et des outils pour résorber les écarts de développement dans toutes nos collectivités.

Lors de la discussion annuelle sur le vote du budget de l’outre-mer, eux aussi ont constamment exigé des politiques publiques ambitieuses en faveur de nos territoires. Et ils ont souvent entendus, les gouvernements ne tenant pas à alimenter la contestation sociale et politique aux Antilles, en Guyane et à la Réunion durant les premières années de la Cinquième République.

L’équation personnelle compte prime tout

Et que dire de Paul Vergès, le président du Parti communiste réunionnais ? Ses interventions calibrées au mot près pour exiger l’application intégrale de la loi de départementalisation ont aidé à la prise de conscience, par ses collègues de toute la France, de la persistance d’une France à deux vitesses. 

Enfin, aurions-nous oublié Roch Pidjot, premier député kanak,  inspirateur du mouvement de décolonisation de son territoire durant les années 1970 ? Il a installé la Nouvelle-Calédonie sur l’agenda de l’Etat. Et il était isolé dans l’opposition !

Figurez-vous, cher candidat, que nombre de nos aînés, de tout l’outre-mer, ont œuvré à l’édification du respect qui est nous est dû. C’est votre aura, votre personnalité qui vous permettront d’être entendu, et non le seul fait d’appartenir à un groupe, fut-il pléthorique ou majoritaire.