Les élus martiniquais s’emparent enfin du sujet sensible de la sécurité publique

éditorial
Insécurité publique en Martinique
Schoelcher, Rivière-Salée, Fort-de-France, Grand-Rivière...des faits traumatisants depuis le début 2022 en Martinique. ©Martinique la 1ère & Rs
À l’initiative du président du conseil exécutif, des élus et des experts se rencontrent ce 8 juillet 2022 afin d’élaborer un plan de prévention et de lutte contre les violences et contre la circulation des armes. Une initiative venant après celles de plusieurs élus, dont celle de la sénatrice Catherine Conconne qui a écrit pas moins de quatre lettres au ministre de l’Intérieur.

Rien n’empêche les élus d’un territoire d’élaborer un plan de lutte contre les violences. Cette prérogative de l’Etat étant imparfaitement appliquée en Martinique, les maires, les conseillers territoriaux et les parlementaires sont fondés à proposer des solutions concrètes pour juguler les trafics de drogues et d’armes. La rencontre initiée par Serge Letchimy constitue une excellente occasion pour nos élus de tout tenter pour combler les lacunes de la politique sécuritaire, visibles, béantes.

Cette démarche ne peut que susciter les encouragements de la population. C’est exactement ce qu’elle demande. Elle souhaite que ses élus prennent leurs responsabilités en prenant l’Etat à témoin de que ses actions sont inefficaces pour juguler le crime organisé.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment se fait-il qu’il y ait autant d’armes de guerre en libre circulation ? Comment  se fait-il qu’il existe autant de toxicomanes ? Commet se fait-il que la prison est remplie de trafiquants de drogue ? Comment se fait-il que les commerces illégaux de stupéfiants et d’armes se soient banalisés à ce point ?

La répression ne suffit pas

C’est vrai, le gouvernement apporte une réponse judiciaire au banditisme. Le précédent ministère de l’Intérieur avait déployé 840 gendarmes et policiers. Ils sont aujourd’hui 1 500. Pour quels résultats ? La répression serait la seule réponse à la criminalité désormais enkystée dans notre corps social ?

Nous savons tous que les causes profondes de la criminalité ne sont pas traitées. Depuis trente ans, celle-ci ne cesse de se professionnaliser. Les volumes monétaires générés par les trafics alimentent le blanchiment de l’argent sale, la corruption, la désocialisation de certains jeunes, la tentation de l’argent facile, l’effondrement de notre conscience collective, la disparition du civisme. Tout ceci est parfaitement connu et documenté.

Une fois ce constat d’huissier tiré, que faisons-nous ? Le moment n’est-il pas venu enfin de se demander si la criminalité aurait été aussi importante dans un contexte de plein emploi ? Le chômage massif depuis plusieurs générations n’est-il pas la porte ouverte vers la délinquance ? Notre mal-développement n’est-il pas à la source de la criminalité ?

Tous autant que nous sommes, nous connaissons parfaitement les réponses à ces questions qu’il eut été inimaginable de se poser voici trente ans. Pour citer le poète guadeloupéen Sonny Rupaire : « Jik a ki tan nou ké makayé adan migan lasa ? ». Resterons-nous encore longtemps à mariner dans notre impuissance collective ?