Coupures d'eau: petit tour d'horizon du quotidien des usagers en Martinique

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Coupure d'eau illustration
Le quotidien des usagers martiniquais en manque d'eau courante. ©DR
Acheter de la vaisselle en plastique, se réveiller en pleine nuit pour remplir les bidons d'eau ... en Martinique, la vie des usagers sans eau est un cauchemar. Souvent dans l'indifférence de l'entourage. Sauf lorsque des petits gestes solidaires deviennent une véritable providence.
Ouvrir le robinet de l'évier de la cuisine et faire sa vaisselle, tirer la chasse d'eau, prendre sa douche matin, midi et soir ... des gestes quotidiens devenus naturels. Sauf que sur notre île, ce ne l'est plus et depuis plusieurs années. 

Si les usagers qui subissent des coupures incessantes se sont tus jusque là, la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus a fait exploser leur colère. Ils se sentent comme des citoyens de seconde zone, sans accès à l'eau alors que le droit des individus à l'eau potable est reconnu au plan international comme un droit fondamental de l'homme depuis 2010.

Plusieurs centaines d'abonnés d'Odyssi se sont regroupés pour porter leurs préjudices devant la justice. 
 

Des gestes solidaires


Les gestes d'entraide peuvent paraître anodins voire dérisoires pour ceux qui ne subissent pas les coupures d'eau. Mais ils prennent l'ampleur d'un véritable cadeau lorsque le manque d'eau est récurrent.

Sonia habite le Lamentin. Elle poste sur les réseaux sociaux la photo des bouteilles d'eau qu'elle s'apprêtait à remplir en expliquant son désarroi. 
 

"Parmi le lot de messages compatissants, une collègue que je n'avais pas vue depuis 2 ans m'a proposée spontanément son aide. Le lendemain, j'avais deux bidons de 40 litres d'eau devant ma porte. Je me sens tellement à fleur de peau que j'ai versé une petite larme devant tant d'amour et de compassion". 

 
Bidon d'eau
©DR

Laura habite dans le quartier Gondeau au Lamentin. Elle subit aussi les coupures d'eau mais elle s'en sort grâce à une citerne d'eau de pluie de 5 m3. 

Je m'en sors en la faisant réchauffer pour la vaisselle par exemple et je propose de l'eau aux voisins du lotissement. L'ambiance devient de plus en plus conviviale, cela nous donne du baume au coeur mais qui aurait cru que nous aurions vécu cela au XXI è siècle.

 

La galère continue 


Pour des centaines d'autres abonnés de l'île sans eau, la galère continue. C'est l'exemple de Jannick, coiffeur à domicile. Sans revenu depuis le confinement, il prend ses douches chez son frère à Saint-Joseph et en profite pour remplir des bidons d'eau à la source de la commune pour aider sa voisine, maman d'un tout jeune bébé".

On ne peut pas boire l'eau des citernes quand on en a. Je vis dans une résidence d'immeubles de 800 logements sociaux sans ascenseur. Il y a beaucoup de mamans avec 5 ou 6 enfants. Je me réveille toutes les nuits pour guetter l'arrivée d'eau et prévenir ma voisine pour qu'elle fasse des réserves. 

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L'eau des usagers du Lamentin au compte-gouttes. ©DR

Retour à la vaisselle en plastique 


Pour éviter la galère de la vaisselle sale, de nombreux usagers sans eau achètent de la vaisselle en plastique.
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Les abonnés d'Odyssi achètent de la vaisselle jetable. ©DR
Pas écologique et onéreux au fil des jours qui passent mais sans autre solution, le système D prime. Autant de préjudices qui s'accumulent alors que les factures liées à l'abonnement avec Odyssi sont déjà arrivées dans les boîtes aux lettres.