Des centaines de poissons meurent asphyxiés à Sainte-Anne à cause d'un canal obstrué

environnement sainte-anne (martinique)
Reportage de Franck Zozor et Thierry Sokkan ©Martinique la 1ère
C'est une association écologique qui donne l'alerte. Des centaines de poissons de plusieurs espèces sont retrouvés mort sur le sentier entre l'anse Moustique et l'anse Meunier à Sainte-Anne.

À Sainte-Anne entre l’anse Moustique et l’anse Meunier, en direction des Salines, des centaines de poissons morts, de plusieurs espèces, jonchent le sol.

Des centaines de poissons morts de différentes espèces jonchent le sol. ©Christine Cupit

Ce sont des écologistes qui ont donné l'alerte. Selon eux, ce phénomène serait plus ou moins fréquent depuis 2014. Ces poissons manquent d'oxygène dans l'eau et meurent asphyxiés. 

Pourtant il y a quelques années encore, un canal coulait et arrosait toutes ces terres, c’est même ici que la Martinique s’approvisionnait en sel. 

Nous sommes sur l'écluse principale des marais salants de l'époque. Donc l'eau venant de l'Atlantique rentrait par la lagune des Salines. Elle arrivait par un canal, qui est malheureusement bouché et barré aujourd'hui, et il y avait un jeu, contrôlé par l'humain pour qu'elle reparte dans la mer des Caraïbes. 

Marcel Bourgade, écologiste membre de l'Assaupamar

Mais l'embouchure du canal est obstruée au niveau de l'anse Meunier. Pour les écologistes il est urgent de déboucher ce canal.

Embouchure obstruée au niveau d'anse Meunier. ©Christine Cupit

De plus, ils souhaitent que leurs associations intègrent les comités aux côtés des services de l’État, comme des conseillers pour éviter ce type de problème.

Nous proposons que des comités citoyens intègrent les différentes commissions et soient au courant de ce qui se décide et puissent intervenir pour protéger ce lieu. 

Ulrich Fleulal, écologiste, membre de "Nou la"

Les écologistes de Nou La dénoncent également la présence le long du canal d'un pont pour faire passer du bétail qui selon eux perturbe la libre circulation de l’eau. 

Il faut que l'on réfléchisse à la façon de construire une société, mais en prenant en compte ce que la nature nous indique. Elle a un cycle de vie qu'il faut respecter. L'on ne peut pas sous prétexte de développement économique ou je ne sais quoi, penser que la nature est au service de l'homme.

 Papa Selah, artiste et membre de "Nou la"

Contacté, le propriétaire du terrain a expliqué que ce pont est juste posé sur les berges et qu'il touche à peine l’eau.

Le problème reste entier, les poissons continueront de mourir tant que ce canal ne coulera pas normalement, comme l'explique Pascal Saffache, maître de conférences et directeur du département géographie aménagement, université des Antilles, invité de notre journal télévisé du 12 avril 2022. 

Pascal Saffache est interrogé par Catherine Gonier-Cléon ©Martinique la 1ère

Les canaux censés alimenter cette zone qui est saumâtre (mélange d'eau douce et d'eau salée) sont obstrués, car pleins de sable et de sédiments amenés par la mer. Pendant de nombreuses années, ils ont été curés. Mais pour des raisons que je ne m'explique pas, le curage a visiblement cessé. Nous assistons du coup a cette situation assez dramatique puisque l'écosystème est directement affecté. Et c'est l'ensemble de la chaîne qui est affecté.

Pascal Saffache, maître de conférences et directeur du département géographie aménagement, université des Antilles

De nombreux poissons sont morts asphyxiés. ©Christine Cupit

L'impact est majeur puisque les poissons que l'on retrouve dans la zone et qui sont morts vivent normalement en mer et qui après passent dans des zones plus saumâtres. Nous avons des grandes écailles, des tarpons, des poissons que nous consommons. Des poissons qui participent au bon fonctionnement de l'écosystème. À partir du moment où vous rompez la chaîne, vous enlevez une maille, la chaîne ne fonctionne plus. 

Pascal Saffache

L'entretien des rivières est une obligation du code de l'environnement et relève du domaine de l'État. 

La zone de l'étang des Salines est reconnue comme zone humide d'importance internationale par la convention de Ramsar en 2008.