Scandale du chlordécone : les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle

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Chlodécone / défilés
Images de défilés de rue contre l'empoisonnement à la chlordécone (illustration). ©Capture Facebook "Lyannaj Pou Dépolyé Matinik" / DR
Le décret est publié ce mercredi 22 décembre 2021 au journal Officiel. Les cancers de la prostate liés à l'exposition au chlordécone sont désormais reconnus comme une maladie professionnelle. Les agriculteurs concernés pourront prétendre à un fonds d'indemnisation des victimes à deux conditions.

Les cancers de la prostate liés à l'exposition au chlordécone, ce pesticide largement utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993, sont désormais reconnus comme une maladie professionnelle, selon un décret publié mercredi 22 décembre 2921 au Journal officiel.

Tous les exploitants ou salariés agricoles pourront demander ce statut à deux conditions : qu'ils aient travaillé pendant au moins dix ans au contact du chlordécone, et que moins de quarante ans se soient écoulés entre leur dernière exposition et le diagnostic de cancer de la prostate. 

Le gouvernement n'a pas estimé combien de personnes pourraient être concernées par ces indemnisations, ni sur leur montant total. 

La quasi-totalité de la population contaminée

La toxicité du chlordécone et son pouvoir persistant dans l'environnement sont connus depuis les années 1960. Le chlordécone a été utilisé pendant deux décennies pour sauver la monoculture de la banane aux Antilles et a infiltré les sols pour des centaines d'années, polluant les eaux et les productions agricoles, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l'environnement étaient connus.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est actuellement contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France.

Chlordécone dans l'agriculture

Les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

Exposition, maladie et indemnisations

La publication de ce décret, mercredi 22 décembre 2021, au journal Officiel est une première victoire pour les associations guadeloupéennes et martiniquaises qui avaient porté plainte contre l'État en 2006 pour "mise en danger de la vie d'autrui". 

Cette mesure, destinée à faciliter l’indemnisation des victimes s'inscrit dans une série d'actions menées par l'État pour réparer ce "scandale environnemental", selon les mots d'Emmanuel Macron. 

En 2020, un fonds avait ainsi été créé pour indemniser les personnes atteintes de maladies liées aux pesticides. Si elles ont travaillé pendant 10 ans au contact du chlordécone et ont été malades moins de 40 ans après y avoir été exposé. Ce sont les "durées généralement admises pour ce type de cancer", avait expliqué récemment le ministère de l’Agriculture. Les personnes exposées moins de dix ans pourront tout de même faire une demande au niveau d’une commission régionale.

"Une avancée" mais "encore incomplète" pour les élus des Antilles

Des élus des Antilles ont qualifié mercredi "d'avancée" mais "encore incomplète", voire "insatisfaisante", la reconnaissance par l'Etat des cancers de la prostate comme une maladie professionnelle liée à l'exposition au pesticide utilisé pendant des décennies dans les bananeraies.
"C'est une avancée mais elle est encore incomplète", a affirmé à l'AFP le maire écologiste de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel, qui mène depuis des années un combat pour la condamnation des responsables du scandale de la chlordécone, après la publication au Journal officiel d'un décret reconnaissant  l'exposition au pesticide comme maladie professionnelle.
"L'empoisonnement à la chlordécone n'est pas seulement le fait des professionnels de la banane, mais de l'ensemble des populations. Je rappelle que plus de 90% des Antillais sont contaminés," a-t-il précisé, rappelant que le pesticide a été utilisé pendant des décennies aux Antilles.    
Olivier Serva, député de la majorité et président de la délégation Outre-mer à l'Assemblée nationale, a rappelé que le président de la République Emmanuel Macron avait "été le premier à reconnaître la responsabilité de l'Etat dans ce scandale, en septembre 2018".
Il s'agit "d'une petite avancée, mais insatisfaisante", a-t-il ajouté, au regard des dispositions nécessaires pour bénéficier de l'indemnisation, qui entretiennent "le flou" sur les personnes éligibles et concernent un "spectre réduit".


En Martinique, Philippe Pierre-Charles, porte-parole d'un collectif d'associations engagées dans la lutte pour la reconnaissance des effets du chlordécone, a estimé que le "combat n'est pas achevé".
"Il faut aussi considérer les autres pathologies qui sont liées au chlordécone et qui ne sont pas prises en compte comme l'endométriose ou le cancer du sein", a-t-il expliqué.