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MAYOTTE : Des gendarmes français métropolitains pointés du doigt à nouveau pour atteinte à l' islam et aux traditions religieuses

En attendant le procès intenté contre des militaires métropolitains ayant déposé une tête de porc devant la mosquée de Labattoir,
les autorités religieuses se disent indignées par le comportement des gendarmes de Sada qui, selon eux, ont porté atteinte à nouveau
 l'islam .

  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le


  
En attendant le procès intenté contre des militaires métropolitains ayant déposé une tête de porc devant la mosquée de Labattoir, 
les autorités religieuses et la population mahoraises se disent indignées par le comportement de certains gendarmes de Sada (au sud de l’ île )  qui, selon eux, ont porté atteinte à la religion musulmane et  aux cérémonies à caractère religieux  organisées dans leur commune, a-t-on confirmé aujourd’hui jeudi , de source judiciaire .
 
Un « moulidi », fête musulmane mahoraise au cours de laquelle les hommes chantent et dansent,  avait été organisée  le week – end  dernier à  Sada.  
La femme métropolitaine  d’un commandant  métropolitain de la brigade de Sada , riveraine de l’ endroit où se déroulait la fête, n’ayant pas supporté les bruits, a porté plainte pour tapage nocturne.

Commandant Passot : " Respectez les coutumes et traditions des mahorais"
Cérémonie de moulidi
© Cérémonie de moulidi

La convocation des organisateurs religieux de cette fête à la gendarmerie de Sada a soulevé un véritable tollé auprès des habitants qui ont organisé  mardi une manifestation devant les locaux de la gendarmerie.
Nombreux d’entre eux  estiment que certains métropolitains venus à Mayotte dépassent les bornes en voulant faire appliquer de manière «  aveugle voire inintelligente » les lois  parisiennes ou  métropolitaines alors que depuis des générations , les deux communautés gardent en mémoire les recommandations formulées par  le Commandant Pierre Passot ( alors Capitaine) lors du traité de la cession de Mayotte à la France le 25 avril 1841. 
Pierre Passot déclarait que «  La France s’engageait à respecter les coutumes et traditions des Mahorais » 
C’est ainsi que les autorités religieuses mahoraises  réclament de la compréhension de la part des fonctionnaires  qu’on envoie à Mayotte.
 
« Ces gendarmes se sont mis hors-la -loi parce que la mairie a autorisé notre manifestation… Prions Dieu, faisons beaucoup de prières pour que des gens compréhensifs viennent chez nous », a déclaré le grand Cadi Nourdine BACAR.

 L'autorisation de la mairie n' autorise pas à troubler la tranquilité des autres
 
Au parquet de Mamoudzou, on préfère attendre d’abord de savoir si l’ infraction ( de tapage nocturne, Ndlr) est caractérisée et de déterminer qui en est le responsable.
 
«  L’autorisation de manifester permet à l’ ensemble des services de l’ état  de s’organiser, de savoir s’il y a du monde ou pas à un ou plusieurs endroits … pour autant, l’ autorisation de faire une fête,  une activité, une manifestation quelque elle soit n’autorise pas à troubler la tranquillité  des autres de façon exagérée ,c’est simplement ça , je pense, qui est discutée dans cette affaire »,  a expliqué  Hélène BIGOT, Vice – procureur du tribunal de grande instance ( TGI).

 L'application de la loi en bonne intelligence
 
Le député PS de Mayotte , Ibrahim Aboubacar a réagi par un communiqué depuis Paris « en dénonçant et en rappelant  qu’il est fondamental que
 l’ application des règles soit faite en bonne intelligence  avec les us et coutumes de la population dès lors que sont en cause des manifestations qui ne peuvent être  qualifiées de troubles à l’ ordre public ».
 
Le sénateur Thani Mohamed Soilihi se dit perplexe  et lance un appel  au calme.
 
« J’ ai déjà dit à l’ occasion de l’ affaire de l’ européenne  qui voulait être enterrée  à Bandrélé au sud de l’ île que  Mayotte n’ a pas cette habitude de guerres des communautés.Il faut tout de suite stopper ça et ne pas  provoquer de tels conflits parce que ça , ce n’ est pas Mayotte, ce n’ est pas notre identité », a-t-il souligné.
 
Une métropolitaine mariée à un mahorais de Bandrele  avec qui elle a eu des enfants  au sud de l’ île avait souhaité être enterrée après sa mort au cimétière «  musulman » de la commune de résidence  du père de ses enfants et de ses enfants mais certains habitants s’ y étaient opposés du fait qu’elle était chrétienne.

 Que le ministre M.Valls fasse respecter les us et coutumes des Mahorais
 
Maître Nadjim AHAMADA , Avocat à la Cour qui est déjà l’ avocat du Collectif qui a porté plainte contre les profanateurs de la Mosquée de Labattoir  fustige l’attitude des gendarmes de Sada et appelle au respect des traditions mahoraises.

« Si les faits sont avérés, c’est extrêmement grave et inadmissible . Encore une fois,  la gendarmerie s’illustre mal à Mayotte . On a des personnes qui ont demandé d’une manière officielle  avec une autorisation officielle  à pratiquer des cérémonies culturelles et religieuses sur le territoire de Mayotte . On leur a donné le droit de le faire et ça ne plaît pas à tout le monde . Je  n’ irai pas jusqu’à dire que c’est du racisme mais c’est inadmissible qu’on accepte pas nos cultures, nos us et coutumes », a dit Maître Nadjim AHAMADA .

Les mahorais sont déterminés à interpeller le ministre de l’ intérieur et des cultes, Manuel Valls, lors de sa venue à Mayotte en avril prochain,  sur la qualité des agents et des fonctionnaires  que Paris envoie dans le 101 ème  département français dans l’ océan indien.
Emmanuel Tusevo Diasamvu : emmanuel.tusevo@francetv.fr
 

 
 

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