Comores : Vincent, 17 ans, placé en détention provisoire pour meurtre

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Vincent
©Faiza Soulé Youssouf
Dans la nuit du 07 au 08 novembre, *Vincent, un mineur de 17 ans tue Hassan Ouledi, d’un coup de couteau dans la gorge alors qu’il passait la nuit chez la victime.

Dans la nuit du 07 au 08 novembre, *Vincent, un mineur de 17 ans tue Hassan Ouledi, d’un coup de couteau dans la gorge. En fuite, il est retrouvé moins de 48 heures plus tard. S’il reconnait les faits, reste le mobile de ce crime sordide que personne au sein de l’appareil judiciaire ne semble disposé à révéler. 

Vincent a été placé en mandat de dépôt en début d’après-midi. Ce métis de 17 ans est inculpé pour le meurtre de Hassani Ouledi, 60 ans, père de 4 enfants, résidant en France de passage à Moroni depuis la fin du mois dernier pour raison familiale. Les faits ont été commis dans la nuit du 07 au 08 novembre entre 01h et 03h00 du matin dans la maison de la victime. Cette affaire qui passionne l’opinion publique n’en est qu’à ses balbutiements. 

Une affaire qui passionne l’opinion publique

Dès que la nouvelle du meurtre de Hassani Ouledi fut connue, la photo du principal suspect est largement partagée sur les réseaux sociaux, prenant la gendarmerie nationale de court. Elle se serait sentie obligée de publier un avis de recherche du jeune garçon quelques heures seulement après le début de sa cavale, qui ne fut pas bien longue. Il sera en effet, retrouvé moins de 48 heures plus tard, dans une maison située au sud de Moroni, préparant selon une source digne de foi, un voyage vers Mayotte. 

L’opinion fait la connaissance de ce jeune « blanc » aux cheveux blonds et bouclés, qui sourit de toutes ses dents sur la principale photo partagée sur Facebook. Très vite, l’on se pose des questions. Quel est ce garçon « dont les nom et prénom sont ceux d’un blanc et qui en porte également les traits ? ». C’est là que l’on apprend « qu’il serait le fruit d’une aventure sans lendemain entre sa mère biologique et un touriste européen ». L’enfant sera, dès sa naissance, confié à sa mère adoptive, Fatouma, célèbre restauratrice, « qui joua le rôle de père et de mère ». « Elle n’a ménagé aucun effort pour lui offrir un cadre de vie convenable, une éducation et une scolarité appropriées. Avec un soin infini », a relaté Mohamed Kamardine, proche de la mère. Jusqu’à ses 14 ans, Vincent mène une vie normale entre l’école et le restaurant de sa maman, « le Paradis des îles ». Un de ses professeurs à l’école Mouigni Baraka (une école privée située à Moroni) dit de lui « qu’il était un enfant éveillé et un peu agité que sa mère protégeait ». 

Seulement, cette mère aimante meurt brusquement d’une crise cardiaque, il y a 2 ans, sans avoir eu le temps, selon plusieurs sources, de lui livrer les secrets sur sa naissance, attendant pour cela, qu’il soit majeur. Le destin ne lui en aura pas laissé le temps. 

« La mort de sa mère adoptive signe le début de sa descente aux enfers »

L’on dit dans la capitale, « qu’il apprit la véritable identité de sa mère biologique le jour où il enterrait la seule mère qu’il n’ait jamais connue ». Au choc de perdre le seul être qui comptait réellement dans sa vie, s’ajouta la vérité de sa propre histoire personnelle qu’il n’était sans doute pas prêt à entendre. Pour certains, c’est le début « d’une longue descente aux enfers dont le point d’orgue est le meurtre qu’il est accusé d’avoir perpétré ».  Depuis 2 ans, l’enfant, désormais sans repère et sans stabilité affective et financière, décroche à l’école. Il a bien essayé d’aller vivre chez sa mère biologique mais a fini par partir. Délinquance, usage de stupéfiants, mauvaise fréquentation. Vincent a déjà même fait l’objet d’au moins une arrestation par la gendarmerie. Un magistrat estime pourtant que l’enfant était « rattrapable ». Il s’est essayé au métier de carreleur avant que « son maitre » ne lui suggère de retourner à l’école « puisqu’il ne semblait pas avoir des prédispositions pour le travail manuel ». Toujours selon cet interlocuteur, il avait même entrepris des démarches pour s’inscrire dans un collège de la capitale. Des messages auraient été envoyés aux amis de sa défunte mère pour l’achat des fournitures et pour le paiement de sa scolarité quelques temps seulement avant le terrible drame. Message qu’il a également envoyé à la victime, Hassani Ouledi qui est aussi de la même famille que sa mère adoptive. 

 

 Pourquoi le meurtrier présumé a planté un couteau dans la gorge de la victime ? 

Les enquêteurs trouveront sur le téléphone du défunt des messages allant dans ce sens. C’est d’ailleurs pour cette raison, que Vincent se serait rendu au domicile de Hassani Ouledi. Le rendez-vous entre les deux hommes avait d’abord été fixé à 18h00, le 07 novembre dernier. Le jeune garçon ayant eu un empêchement, il s’y rendit aux alentours de 22h00. L’heure tardive et le couvre-feu débutant à 23h00, la victime proposa à son meurtrier présumé de passer la nuit chez lui. Que s’est-il passé entre 23h00 et 2h00 du matin ? Qu’est ce qui a poussé le jeune homme à planter un couteau à steak dans la gorge de la victime ? Quel est donc le mobile de ce crime sordide que personne au sein de l’appareil judiciaire ne semble disposé à révéler ? Dans quelles circonstances, le corps de la victime a-t-il été retrouvé ? Autant de questions, qui si elles sont répondues, permettront peut-être de faire la lumière sur cette affaire aussi inédite que scabreuse. Peu après son interpellation, le meurtrier présumé aurait reconnu les faits. 

Toujours est-il qu’il aura fallu un autre drame, celui du 07 novembre, pour que l’autre parent du jeune Vincent, en l’occurrence son père français, entreprenne quelques démarches « pour sauver la progéniture dont il ne s’étaitjamais occupé jusqu’ici ». Et contrairement à ce qui est dit ici et là, durant toute sa vie, Vincent n’aura détenu que la seule nationalité comorienne. « Son père m’a contacté pour que je sois l’avocat de son fils mais j’ai décliné », nous a révélé un avocat rencontré jeudi au palais de Justice de Moroni. Interrogé sur les raisons de ce refus, il répondit « à cause des rumeurs », avant de couper court à la conversation. 

Vincent se trouve à la maison d’arrêt de Moroni, en compagnie de 12 autres mineurs, en attente de son jugement. Un magistrat a rappelé que la majorité pénale étant fixé à 15 ans, ce mineur de 17 ans encourt la moitié de la peine prévue pour un adulte pour les mêmes faits, soit au moins 10 ans de réclusion. Que Vincent soit reconnu coupable ou non, l’affaire révèle si besoin était, les défaillances de l’Etat en ce qui concerne la prise en charge de mineurs en difficulté, orphelins ou non, déscolarisés, en proie à la délinquance ou la drogue.

*Le prénom a été modifié