Les routes mahoraises, le cauchemar au quotidien

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©Andry Rakotondravola
Dès 5h du matin, les automobilistes ont alerté à l’antenne de Mayotte la 1ère des difficultés qu’ils rencontrent. Deuxième jour d’affilée que les automobilistes se retrouvent bloquer au milieu d’un champ de batailles ou les jets de galets se mêlent au cri de terreur.

Le soleil n’est pas encore levé sur l’île, les matinaux travailleurs et élèves sont déjà sur les routes pour fuir les inévitables embouteillages. A l’entrée nord de Mamoudzou, dans les villages de Koungou et Majikavo, un début d’embouteillage se forme. Un embouteillage provoqué par une horde de jeunes prête à en découdre. Tétanisés, les automobilistes bloqués, tentent des manœuvres dangereuses pour se sortir du bourbier. Mais déjà, les « délinquants » ouvrent les voitures non verrouillées et volent les sacs et les téléphones.

Les témoins traumatisés par les scènes, racontent avoir vu : 

une horde de jeunes garçons, avec des cailloux et des armes blanches.

Ils cassent les vitres des bus scolaires « ce qui provoque l’ouverture automatique des portes et ils entrent. Armés de couteaux, ils recherchaient un élève que des jeunes filles ont caché sous leurs sièges. Ne l’ayant pas trouvé, ils ont volé tous les téléphones portables ». Que se serait-il passé s’ils avaient pu le trouver de cette cachette improbable?

En véritable furie, paralysant tout le monde, ils continuent leurs attaques. Un chauffeur de bus témoigne :

« j’ai vu les délinquants de Koungou arriver en face, avec des cailloux qu’ils lancent à tout va. J’ai dit aux élèves de baisser leurs têtes pour éviter qu’ils soient blessés et j’ai entamé une marche arrière. Mais j’ai paniqué, mes jambes tremblaient, je ne voyais pas très bien. Je suis resté bloquer, je n’ai pas pu me sortir de là. Et ils sont arrivés, ils ont frappé le bus, par chance, il y avait des jeunes de Trévani, qui sont arrivés pour leur faire face et ils se sont enfuis. ».

Ils sont partis, laissant le chauffeur avec les élèves dans un état de choc. Les bris de vitres cassées scintillent sur les sièges et des nombreux galets révèlent la violence de cette attaque.

Le phénomène est tellement récurent que les assureurs locaux n’assurent plus les bus ni les bris de glace.

Ces scènes sont le quotidien des élèves mahorais : « on a pris le bus à 4h et on nous dit qu’il y a un barrage, on pensait que c’était comme le barrage de Majikavo. Un barrage tranquille quoi mais on nous a dit que c’était les bus qui étaient visés » raconte une jeune fille.

Excédé un automobiliste fonce sur une bande de jeunes

Jeudi matin, au niveau de la prison de Majikavo, un barrage avait été érigé avec des encombrants sur la route, personne ne semble connaitre les raisons de ces blocages. Mais les jets de galets ont excédé un automobiliste, qui a foncé sur la bande de jeunes. Il n’y a pas eu de blessé mais pour se venger, les délinquants l’ont poursuivi sous un flot de cailloux.

Transports scolaires : des bus attaqués à Koungou

Quelles sont les raisons de ces blocages, caillassages et agressions ?

A priori aucune. Mais ces attaques ont un effet boule de neige. Et en quelques minutes grâce à la médiatisation, elles peuvent se multiplier un peu partout dans l’île, sans raison aucune. Un phénomène qu’un gradé de la gendarmerie expliquait, il y a quelques années, être lié à la jeunesse du territoire, donc imprévisible.

Mais les témoignages recueillis laissent craindre le pire. Que se passerait-il si un cocktail Molotov explose dans un bus, emprisonnant les élèves et le chauffeur dans les flammes ? Quoi imaginait, si un chauffeur de bus transportant une cinquantaine d’élèves, perd le contrôle de son véhicule à cause des coups de cailloux ?

Le pire peut encore être évité…