Médecines d'outre-mer : la Polynésie

Lundi 21 septembre à 19h40, Patitifa part à la découverte de la médecine traditionnelle en Polynésie française ; une médecine vieille de plus de mille ans a bien failli disparaître !

© Camera One Production
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  • Polynésie la 1ère ; SD
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Heureusement, aujourd’hui, ils sont nombreux à se battre pour sauver les dernières recettes et les derniers savoir-faire. 

Isolés pendant des millénaires, les habitants des îles de Polynésie ont développé une manière bien particulière de se soigner. En Polynésie, un même mot désigne à la fois le médicament et la plante : ra'au.

Car pendant plusieurs millénaires, avant l'arrivée des Européens, les plantes étaient la seule manière de se soigner pour la population locale. Empruntant à la fois à l'héritage culturel polynésien et à la médecine occidentale, la Polynésie invente aujourd'hui « une troisième voie » pour résoudre les problèmes de santé publique auxquels elle est confrontée.

Metua pua’a : c’est le nom de cette fougère aux vertus antioxydantes utilisée pour soigner les fractures. Mais à Tahiti, dans la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs intoxications, suite à son ingestion, entraînent le décès d’enfants en bas âge. Dès lors, le discrédit est jeté sur l’ensemble de la médecine traditionnelle polynésienne. Beaucoup de guérisseurs, redoutant qu’on leur reproche l’exercice illégal de la médecine, abandonnent les pratiques de leurs ancêtres.
 
Un instituteur à la retraite sur l’île de Nuku Hiva avec une guérisseuse. © Camera One Production
© Camera One Production Un instituteur à la retraite sur l’île de Nuku Hiva avec une guérisseuse.

Dans l’archipel des Marquises, leurs secrets ont presque été oubliés. Mais, depuis quelques années, des Polynésiens se battent pour retrouver et conserver cet héritage précieux des premiers habitants, arrivés de lointains archipels avec leurs plantes médicinales. Comme cet instituteur à la retraite qui a vu disparaître les savoir-faire traditionnels et tente d’en conserver la trace en recueillant la parole des dernières guérisseuses dans les profondeurs de l’île de Nuku Hiva. Il organise désormais des ateliers de transmission avec les enfants et des tradipraticiennes. 
 
Des enfants s'initient aux recettes médicinales traditionnelles. © Camera One Production
© Camera One Production Des enfants s'initient aux recettes médicinales traditionnelles.

La culture polynésienne est désormais en pleine renaissance. À Tahiti, Sunny Walker, le descendant d’un missionnaire écossais, s’est donné pour mission de faire revivre les anciens rites en restaurant un marae, ancien lieu de culte, mais aussi de protéger les plantes médicinales en voie de disparition dans sa petite pépinière.

La médecine traditionnelle est en voie de réhabilitation auprès des populations, qui, lorsque les médecins ne peuvent leur proposer de traitement, se tournent vers les guérisseurs. Il en est ainsi pour la ciguatera, communément appelée « gratte », très répandue en Polynésie et qui touche plus de 1 million de personnes dans le monde.

La toxine est nichée dans le corail en désagrégation consommé par certains poissons, qui la transmettent ensuite à l’homme.

Ce fléau provoque diarrhées, courbatures et grande fatigue, pouvant s’installer pendant des mois, voire des années. Or, toutes les communautés de pêcheurs ont un guérisseur qui connaît le remède à base de feuilles d’un arbre de la famille des hibiscus qui pousse en bord de mer. Son efficacité est immédiate et reconnue.
 
Jenny, magnétiseuse et masseuse chamanique, au CHU de Papeete.​​​​​​ © Camera One Production
© Camera One Production Jenny, magnétiseuse et masseuse chamanique, au CHU de Papeete.​​​​​​

Mais la Polynésie française a franchi un pas supplémentaire dans la reconnaissance de la médecine traditionnelle. L’hôpital de Papeete emploie depuis peu une tradithérapeute à temps complet : une première pour un établissement de santé français. L’expérience a été rendue possible par le ministère de la Santé territorial.

« Le vent est beaucoup plus favorable maintenant pour aborder cette question, explique le ministre, Jacques Raynal. J’ai bon espoir de voir les preuves que ce bien-être qu’on apporte au patient est également bénéfique pour la société. Car il peut amener soit une moindre consommation de médicaments, soit une moindre durée d’hospitalisation, et donc des potentiels d’économies. »
 
L'association culturelle Haururu initie les jeunes soignants de Papeete. © Camera One Production
© Camera One Production L'association culturelle Haururu initie les jeunes soignants de Papeete.

Au service de pneumologie, Jenny est magnétiseuse, spécialisée dans le massage chamanique, pratique très répandue chez les guérisseuses. « Voir quelqu’un de local, qui leur parle en tahitien et qui vient les voir… les patients sont en confiance. Ceux qu’on ne pouvait pas toucher, ça se passe beaucoup mieux. » 

Éric Parrat, qui dirige l’unité, constate : « Aujourd’hui, on mesure bien nos limites humanistes, c’est-à-dire notre perte de capacité de dialogue, d’écoute, de prise en charge globale de la personne. Et on se rend compte que les tradipraticiens apportent au malade et aux équipes de soin une chaleur humaine qui est indispensable dans le milieu de la santé et du soin. » 

Ensemble, ils sont allés plus loin en proposant à une dizaine de jeunes soignants polynésiens de les initier aux grands principes de la médecine traditionnelle. Car le besoin de relève se fait déjà sentir. Avec le concours de l’association culturelle dont fait partie Jenny, et en compagnie de Sunny Walker, le petit groupe s’enfonce dans une vallée sacrée jusque sur les pentes du volcan. Après avoir demandé l’accès aux ancêtres et aux dieux en leur faisant des offrandes, ils rejoignent les vestiges d’un site archéologique vieux de six cents ans. L’initiation se déroule sous le faré traditionnel.

« Il faut faire ce métier avec cœur. Donc il faut apprendre à ces jeunes que le cœur est primordial dans le soin. » Éric Parrat en est convaincu : « Ensemble on peut faire tomber des murs phénoménaux ! »  


 



Médecines d’Outre-mer : La Polynésie 
Collection documentaire (52 min - 2020)
Auteur-réalisateur Antonin Broutard 
Production Camera One Production, avec la participation de France Télévisions  
 
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