Moorea : promoteurs et riverains s'affrontent devant la justice

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A la sortie de l'audience, de nombreux habitants de Moorea étaient présents pour manifester leur soutien aux administrateurs des pages Facebook. ©Patrick Tsing Tsing/Polynésie la 1ère
Ce lundi 2 août comparaissaient l'administratrice de la page Facebook "Paruru ia Moorea" et trois autres personnes qui s'opposent à un autre projet immobilier sur l'île sœur. Tous sont poursuivis par des promoteurs distincts pour diffamation sur les réseaux sociaux.

Les relations entre certains promoteurs et des riverains de Moorea se crispent. Ce lundi 2 août comparaissaient en tout cinq personnes, dans deux affaires distinctes, mais toutes poursuivies pour diffamation sur les réseaux sociaux, après s'être opposées à des projets immobiliers sur l'île soeur.

"Paruru ia Moorea" contre 42 villas à Tiahura

 

La salle d’audience était pleine ce lundi matin. Les riverains de Moorea sont venus nombreux soutenir les cinq personnes assignées pour diffamation sur les réseaux sociaux. Tahnee Tchen, d'abord, administratrice du groupe Facebook "Paruru ia Moorea" et Patrick Roller, internaute actif du groupe.

Ce groupe s'oppose à un projet résidentiel sur Tiahura, prévoyant la construction de 42 villas, dont 36 sur les hauteurs. "J'ai peur pour le Polynésien aujourd'hui, a déclaré Tahnee Tchen à la sortie de l'audience. On se retrouve à un carrefour de notre histoire, car la terre représente notre identité. Dites-nous où nos enfants iront plus tard ? Dans des logements sociaux, alors qu'ils sont pleinement légitimes de profiter de la terre de leurs ancêtres ? Moi, c'est principalement cette crainte qui me motive à vouloir garder la page ouverte, car les gens sont sensibles à ça, ils comprennent.

Le directeur de l’agence immobilière Imagine Promotion et dirigeant de la SARL Virgin Moana, Franck Zermatti, était absent de l’audience, représenté par son avocat Me Dominique Bourion.

Ce dernier reproche à Patrick Roller d’avoir tenu des propos injurieux à l’égard de son client et à Tahnee Tchen, administratrice du groupe Facebook "Paruru ia Moorea", de ne pas avoir réagi à ces propos car elle avait, selon maître Dominique Bourion, l’obligation de modérer la page, c’est-à-dire vérifier et supprimer tout propos injurieux et insultes. "Ces sites Facebook répandent n'importe quoi, disent n'importe quoi, n'informent pas mais salissent les gens, résume Me Dominique Bourion, l'avocat du promoteur. Je demande que cela s'arrête. [...] Si c'est juste pour empêcher qu'on fasse une construction, ils ne peuvent pas, c'est illégal !"

Une obligation de modération que conteste maître Adrien Huguet, avocat de Tahnee Tchen : "Concernant les atteintes à la liberté d'expression, c'est la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 qui régit tout ce qui concerne les injures publiques, la diffamation publique et les abus du droit d'expression. [...] Elle n'a pas d'obligation de surveiller les publications sur la page. La loi ne lui donne pas ce rôle, ce que lui reprochait la partie adverse."

Le plaignant, Franck Zermatti, demande la fermeture de la page Facebook, un million de francs de dommage et intérêt, l’interdiction d’ouvrir un compte Facebook sur le sujet du projet du domaine Tiahura à Moorea.
Le délibéré sera rendu lundi 9 août.

La "maison familiale" à 700 camions

 

Me Dominique Bourion représentait un autre entrepreneur de Moorea, Yoann Moutaramin, qui attaque trois autres riverains sur le terrain de la diffamation sur les réseaux sociaux, mais aussi pour blocage de la voie d'accès. L'affaire est renvoyée au 9 août.

L'entrepreneur, Yoann Moutaramin, résident de Moorea depuis 2 ans, présente un projet de "maison familiale" à Teavaro, au-dessus d'une citerne d'eau, sur un terrain "réputé inconstructible", mais "aujourd'hui, il s'avère que c'est possible. Il a eu toutes les autorisations," rappelle Jérôme Défossez, un des riverains assignés en justice, aux côtés de Rahiti Buchin et Lucie Pereyre. "C'est un monsieur qui veut aller très vite, qui a les moyens et qui arrive un petit peu en terrain conquis. Lorsque l'on arrive depuis peu et que l'on s'impose comme ça, on a forcément des problèmes." 

Jérôme Defossez, un des riverains assignés, assure assumer ses propos écrits sur la toile bleue : "Tout ce que j'ai annoncé sur Facebook, les éléments chiffrés, ont été tirés de son permis de construire et nous allons construire notre défense à partir de ça. [...] Ces travaux génèrent le passage de 700 camions de 10m3 qui passent par une voie d'accès familiale qui fait par endroit 2,50 mètres de largeur, où des enfants jouent sur le chemin. C'est faire bien peu de cas de la population. De par son projet, avec son gigantisme, il met en péril tous les équilibres du quartier."

Promoteurs et riverains de Moorea ont de nouveau rendez-vous le 9 août prochain pour ce bras de fer juridique.