Beckie Stocchetti : « Aujourd’hui, les gens peuvent raconter leur propre histoire et c’est vital »

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Beckie Stocchetti est la directrice générale du Hawai'i International Film Festival, un festival interinsulaire ©Lucie Rabreaud
Beckie Stocchetti fait partie des membres du jury du FIFO 2022. Directrice du Festival International du Film de Hawaii (HIFF), elle a également produit des documentaires et travaillé dans des campagnes de films d’impact.

Comment envisagez-vous votre rôle comme jury du FIFO ?

Je suis très honorée de faire partie du jury. C’est la première fois que je viens à Tahiti et je suis très enthousiaste de voir comment le FIFO fonctionne en tant que festival et ce qu’il présente. N’importe quelle opportunité de parler, de faire la promotion, de partager les films du Pacifique est importante et bonne à prendre.

Comment jugez-vous un documentaire ? Avez-vous des instructions du FIFO ?

Nous n’avons pas encore parlé ensemble avec les membres du jury donc je ne sais pas encore s’il y a des choses particulières auxquelles s’attendre. Il est vrai que certains festivals ont des critères spécifiques. Pour moi, c’est une combinaison des aspects techniques et du récit en lui-même. Le son, la cinématographie, l’exécution, la direction, le développement des personnages, le contenu, les émotions, les différentes façons de pensées et comment le film peut changer la perception des spectateurs à travers la façon dont l’histoire est racontée, l’authenticité… Tout cela compte.

Quels sont vos objectifs en tant que directrice du HIFF ?

Le premier objectif du festival, né en 1991, est de partager des films entre l’est et l’ouest : entre l’Asie et l’Amérique. C’était l’objectif initial. Quand j’ai repris ce poste en 2017, nous avons commencé à développer la diffusion des films du Pacifique, faits à Hawaii. Il y avait déjà ce genre de films mais pas autant. Nous avons mis en place des récompenses numéraires. Nous nous sommes concentrés sur les talents qui existent dans les îles du Pacifique et plus spécifiquement à Hawaii.

Votre volonté était de développer l’industrie audiovisuelle de Hawaii, faite par les Hawaiiens ?

Exactement et de montrer que l’industrie hawaiienne devenait bien meilleure. Nous voulions que le festival mette en avant ces films car le reste du monde n’y prêtait pas vraiment attention alors qu’il y avait du contenu et du potentiel.

Quelles seront les différences entre le HIFF et le FIFO ?

Je pense que ce sera très différent. La Polynésie française soutient le cinéma d’une manière différente des États-Unis. A Hawaii, tout est indépendant et le cinéma doit trouver ses propres financements. Nous n’avons pas de subventions du gouvernement américain. Un des objectifs du HIFF est aussi d’amener un maximum de personnes pour faire découvrir la culture hawaiienne. Le HIFF est très centré sur le tourisme et il couvre une zone géographique plus dense et large. Le FIFO est plus centré sur l’identité océanienne et les îles du Pacifique.

Pour vous, quelle place a le documentaire dans le Pacifique ?

Le documentaire a toujours eu une place importante mais les films sont beaucoup plus accessibles, en particulier les documentaires qui montrent la situation et l’histoire réelle. Cela donne aux gens à travers le monde une perspective de la vie dans d’autres pays, une possibilité de partager sa culture. Je ne sais pas si cela devient plus important mais c’est important.

Y a-t-il eu une évolution derrière la caméra avec plus de réalisateurs et de producteurs du Pacifique ?

Oui et c’est une bonne chose ! Sans manquer de respect aux réalisateurs venus de l’Europe pour filmer et faire des documentaires. Les premiers films étaient réalisés par des gens de l’extérieur qui venaient raconter l’histoire des autochtones. Aujourd’hui, les gens peuvent raconter leur propre histoire et c’est vital.

Quelles ont été vos fonctions dans l’industrie audiovisuelle ?

J’ai travaillé comme productrice, sur la campagne de films d’impact, au sein de la société de production de documentaires Kartemquin Films. Mon rôle était de diffuser des programmes en favorisant la diversité dans la réalisation des films. Je devais également gérer des campagnes d’impact autour de films pour changer des lois ou la perception de la société. J’ai également travaillé pour la ville de Chicago pour assister le tournage de films tournés dans la ville.

Qu’aimez-vous dans l’industrie audiovisuelle ?

Tout ! Et je la déteste également (rires) ! C’est un secteur difficile. J’aime faire un travail qui permet de changer l’interaction entre les gens et le monde, promouvoir des idées, accompagner des personnes qui travaillent dans ce secteur pour les aider à percer et développer un cinéma qui reflète mieux la diversité en général.

Un documentaire peut changer la société ?

Oui et ça marche ! Certains ont plus de succès que d’autres mais c’est impossible de ne pas changer de vision quand tu as une vue plus intime des personnes et de leur quotidien à travers un film.