A Tia i mua, l'UNSA et O oe to oe rima bouderont les rencontres du 1er mai avec le gouvernement

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manifestation contre vie chère
Les syndicats réunis en intersyndicale, fortement représentés. ©Polynésie la 1ère
Une intersyndicale dénonce la politique gouvernementale et ne participera pas dimanche 1er mai aux traditionnelles rencontres de la fête du travail.

Dans un long communiqué, l'intersyndicale regroupant Atia i mua, l'UNSA, O oe to oe Rima, la CGT fonction publique et l'union syndicale Solidaires dénonce les décisions jugées  "incohérentes et contradictoires" face à l'inflation, la gestion des retraites et la protection sociale.

L’intersyndicale ne se rendra pas à l’invitation Gouvernement le 1°mai 2022. Les conditions du dialogue social n’étant pas remplies pour qu’il se déroule dans la transparence et le respect des différentes parties.

Nous avons demandé de ne pas taxer la consommation des familles aux revenus modestes, nous n’avons pas été entendu… Aujourd’hui, le gouvernement semble enfin prendre conscience de l’effet social destructeur de la cherté de la vie. Nous ne pouvons que nous satisfaire que soit enfin défendu le pouvoir d’achat de la grande majorité des familles, aux revenus modestes, à Tahiti et dans les îles.


Depuis le vote injustifié de la contribution pour la solidarité, nous assistons au ballet de décisions incohérentes ou contradictoires. Le discours officiel sur l’équilibre indispensable des comptes sociaux en décembre 2021 et mars 2022 a fait place à un discours sur les dangers de la crise mondiale et de l’inflation comme si le gouvernement prenait tardivement conscience que la Polynésie appartient au monde dont la situation nous impacte avec un décalage dans le temps.

La guerre en Ukraine raréfie l’offre, fait monter les prix de l’énergie, des matières premières industrielles et agricoles, la crise du covid bloque le commerce mondial avec la quasi fermeture du port de Shanghai et de la zone industrielle de Shenzhen. La crise mondiale va impacter durablement la Polynésie et rien ne reviendra comme avant.


Sur la contribution pour la solidarité qui doit rapporter 6 mds en 2022, on nous a menti sur le besoin de financement de la solidarité et du régime des salariés (d’abord 14 puis 9, aujourd’hui 6 milliards sans explication) censé assurer le versement des prestations sociales des salariés.

Non, la CPS ne se trouve pas en difficulté pour verser les allocations familiales et les pensions de retraite en octobre 2022. Elle a la trésorerie pour assurer l’ensemble des prestations du régime des salariés jusque début 2023. Le seul besoin de financement est celui du RSPF pour environ 3,8 mds dont plus de 2 milliards seront collectés avec l’augmentation de la CST appliquée au 1° janvier 2022. Il restait 1,8 md à trouver.


Pourquoi faire subir à la population et aux entreprises cette contribution pour la solidarité depuis le 1° avril 2022 ? Elle entraîne l’augmentation des prix, baisse le pouvoir d’achat des familles, ajoute de l’inflation à l’inflation. On annonce ensuite un plan de sauvegarde du pouvoir d’achat face à la hausse des prix. Encore faudra-t-il mettre en œuvre des moyens de contrôle rapides et efficaces contre les excès. Le dispositif PPN et PGC est étendu dans les îles. Enfin !

Les PGC sont exonérés de TVA (5%) et de la nouvelle CPS non déductible (1%). La liste des produits, en cours de redéfinition par le pays, n’est pas disponible sur le site de la DGAE. Quel est la logique Le prix des PPN augmente fortement car c’est la marge et non le prix qui est encadré. Il y avait sans doute d’autre moyen de financer la solidarité envers les familles les plus démunies tout en luttant contre la hausse des prix et l’inflation ?


L’effet de la CPS n’apparaît pas encore dans l’indice des prix. Ce sera en mai, juin. Conjugué à l’inflation importée, la hausse générale des prix va se poursuivre inexorablement. Le pouvoir politique prétend que cette taxe de 1% ne sera pas la cause de l’augmentation des prix. Erreur ou mensonge, l’effet de cette taxe non déductible sera au moins de 3 à 6% sur le prix final payé par le consommateur.

Pourquoi avoir mis en difficulté les familles et la reprise économique ? Conformément à la loi, le gouvernement doit procéder le 1° mai 2022 à la revalorisation mécanique du SMIG de 3,32%, correspondant à l’augmentation constatée par l’ISPF de l’indice des prix de détail à la consommation familiale depuis le 1° décembre 2021. Le gouvernement avance que l’inflation est d’origine importée. Mais, après consultation des chiffres, il s’avère que l’origine principale de l’augmentation des prix se compose des loyers, assurances, loisirs, transports, et qu’elle est principalement d’origine intérieure.

Cette seconde revalorisation du SMIG en quelques mois ne sera sans doute pas la dernière en 2022 avec la poursuite de l’inflation importée et les effets de la contribution pour la solidarité.

Va-t-on connaître la situation des années 80 durant lesquelles le SMIG augmentait jusqu’à 4/5 fois par an ? Comment les entreprises fragilisées par la crise « covid »
supporteront elles ces augmentations successives ? comment créeront elles de l’emploi ?


Le ministre en charge de la PSG a annoncé mercredi 20 avril 2022 la hausse des pensions de retraite tranche A. Oui, le Conseil d’administration a voté la veille, à titre exceptionnel, cette revalorisation pour aider les retraités face à la hausse générale des prix.

Qui paie ? Les cotisants du régime. Aucun coût pour le pays qui gagne même une légère diminution des charges de l’Allocation Complémentaire de Retraite (30 millions) en 2022. Les administrateurs ont accepté de creuser le déficit de la retraite A de 550 millions et de le porter à 3,5 milliards pour 2022 par solidarité avec les retraités.

Dans le même temps, le ministre a rappelé également aux partenaires sociaux leur obligation d’équilibrer le régime de retraite tranche A au moment même où, sur sa demande, les administrateurs ont accepté de creuser le déficit du régime.


Il ne fait aucune proposition de retour à l’équilibre bien qu’il en ait la compétence au nom de l’intérêt général. Il a préféré ne rien changer et laisser les déficits en l’état lors du vote du budget du RGS 2022.


De plus, le ministre en charge de la PSG a déclaré refuser la prise en charge de l’Allocation Complémentaire de retraite (dépense de solidarité) financée à hauteur de 800 millions/an par les cotisations sur le travail, au motif que la contribution pour la solidarité réduite de 1.5 à 1% ne permet pas de financer l’ACR. Mais, il affecte 4 milliards du produit de cette contribution 2022 à l’équilibre de la branche maladie du Régime des Salariés qui n’a besoin que de 3,5 mds pour combler son déficit. Il reste 500 millions qui pourrait être affectés à l’ACR.


Par ailleurs, le ministre a annoncé une réforme de la CST. Les agriculteurs presque tous exonérés auparavant vont devoir la payer au premier franc. Rien sur la réforme de la CST pour les professions libérales, les patentés, les commerçants dont la participation à l’effort de solidarité est, à revenu égal, 3/4 fois plus faible que celle des salariés.

Nous demandons toujours un financement équitable de la solidarité sur le principe : « A revenu égal, contribution égale ». Les faits et mécanismes économiques sont têtus et s’imposent aux acteurs économiques et sociaux : à problème économique, réponse économique, à problème social, réponse sociale, à problème collectif, réponse collective.

Nous avons le sentiment que la pirogue Polynésie n’est pas prête à l’heure d’affronter la tempête, sans plan cohérent à court, moyen et long terme pour aider la population et le pays à sortir de la crise profonde qui frappe à notre porte.


Nous rappelons nos revendications urgents outre la suppression de la contribution pour la solidarité dans sa forme actuelle et la réforme de la contribution de solidarité territoriale pour le 1° janvier 2023.


- la réunion des partenaires sociaux pour préparer la réforme de la Protection Sociale Universelle en fixant un calendrier, une méthode de travail transparente et partagée, en décidant collectivement quelle prestation sociale, réservée aux salariés, est financée par les cotisations sur le travail, quelle prestation sociale est financée par l’impôt lorsqu’elle est universelle et bénéficie à tous les Polynésiens.


- la validation en urgence des pistes de réforme de la retraite préconisées par le COSR dans son rapport d’octobre 2021 notamment la fusion en un régime unique des tranches A et B.


- la préparation de la transformation de la gestion des prestations sociales gérées par la CPS en branches autonomes distinctes qui mettra fin à la gestion globalisée de la trésorerie au 1/1/2023 dans les instances existantes, puis dans la nouvelle gouvernance de la protection sociale universelle dès la validation de la loi du pays l’ayant instituée.


- l’organisation des assises de la santé afin de dégager les pistes de réforme garantissant l’accès aux soins pour tous les Polynésiens tout en débouchant sur des économies substantielles indispensables.
- l’organisation d’un dialogue social institutionnalisé, régulier, transparent, apaisé, respectueux de chacun.
- Nous attendons enfin la mise en œuvre du plan de relance de l’économie pour accompagner dans la durée la population et l’économie polynésienne, soutenir l’activité des entreprises, dans sa lutte contre les effets de la crise mondiale et de
l’inflation généralisée.

Bloquer les prix dans une vision à court terme est-il la réponse adaptée ? Le pays n’aura pas longtemps les ressources suffisantes. Au final, il faudra accepter toutes les augmentations, du pain au carburant en passant par les produits de la vie courante, sans perspective de baisse.

Aussi, nous sommes favorables à un pacte collectif le plus protecteur possible pour la population et l’économie polynésienne permettant d’absorber la crise mondiale en
demandant à tous les acteurs de la société de participer à l’effort collectif. 


Les acteurs économiques, les partenaires sociaux, ont besoin de savoir rapidement où ils vont et sur quelles bases.