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Emploi et chômage : le paradoxe réunionnais

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Insee
Pourquoi autant de chômage malgré un marché de l'emploi dynamique à La Réunion ? Dans une étude conjointe, l'Insee, l'IEDOM et l'AFD tentent de comprendre ce paradoxe de l'économie réunionnaise.
Le marché du travail réunionnais est l'un des plus contrastés de France. La Réunion est à la fois la région française où le taux de chômage est le plus élevé (26,8 % en 2014 contre 9,9 % en France métropolitaine), mais également une des plus dynamiques en matière de créations d'emplois. Entre 2001 et 2013, l'emploi total progresse de 2,0 % en moyenne chaque année (+ 0,4 % au niveau national), soit 4 600 emplois supplémentaires par an.

Les moteurs de la création d’emplois changent avec la crise
 
Entre 2001 et 2007, l'économie réunionnaise crée 6 300 emplois par an, soit une hausse de 2,8 % chaque année. Durant cette période, l'économie marchande est particulièrement dynamique, avec une progression 5 200 salariés par an (+ 4,5 %). La courbe de l’emploi s’inverse en 2008 avec la crise et ne redémarre qu’en 2010. Entre 2007 et 2013, l’emploi total progresse néanmoins mais moins rapidement que sur la période précédente (+ 1,1 %, soit 2 900 emplois supplémentaires par an). Le marché du travail est surtout soutenu par des politiques publiques : le nombre de contrats aidés progresse ainsi de 11,9 % par an entre 2008 et 2012. Le reste de l'économie marchande crée tout de même des emplois mais à un rythme plus faible qu'auparavant (+ 1,2 % par an).
 
Montée du chômage avec la crise
 
Entre 2001 et 2007, les créations d’emplois permettent de diminuer le chômage qui passe de 30,1 % de la population active à 24,6 %. À partir de 2008, le chômage repart à la hausse. En 2013, 29,0 % des actifs réunionnais sont au chômage, soit un niveau équivalent à 2001. La barre des 100 000 chômeurs est franchie pour la première fois en 2011.
 
7 300 emplois à créer chaque année pour stabiliser le chômage, plus qu’auparavant

Chaque année, entre 2007 et 2013, le marché du travail doit absorber 7 300 personnes actives supplémentaires (contre 5 000 entre 2001 et 2007), alors que la conjoncture économique est beaucoup moins favorable. Les créations d’emplois étant en moyenne de 2 900 postes par an, le nombre de chômeurs augmente mécaniquement de 4 400 personnes par an.

La pression démographique sur la population active diminue
 
Le retournement de conjoncture n'explique donc pas à lui seul la hausse récente du chômage. En effet, la pression
qu'exerce la hausse de la population active s'intensifie. Trois facteurs y contribuent. Un premier est le renouvellement et le vieillissement de la population. Il entraîne une augmentation naturelle de la population en âge de travailler à La Réunion qui est estimée à 1 800 actifs supplémentaires par an entre 2007 et 2013et qui contribue à un quart de l'augmentation de la population active sur l'île soit beaucoup moins qu’entre 2001 et 2007 (+ 3 900 personnes par an). Un deuxième facteur accroît la population active de l'île : les migrations, qui contribuent à 14 % de la hausse de la population active, étant estimées à + 1 000 actifs par an entre 2007 et 2013. Ce flux est trois fois plus important que sur la période précédente.

La hausse des taux d'activité s’accélère et explique 60 % de l'augmentation du nombre d'actifs

Le dernier facteur, prépondérant, est la hausse du taux d'activité des Réunionnais. Entre 2007 et 2013, elle contribue à accroître la population active de 4 500 personnes par an (60 % de l'augmentation). La hausse de l'activité s’accélère chez les femmes alors qu'elles étaient historiquement peu présentes sur le marché du travail. Entre 2001 et 2007, leur taux d'activité oscillait autour de 50 %, soit à un niveau faible en comparaison de la France métropolitaine (64 %). À partir de 2008, le taux d'activité des Réunionnaises augmente fortement pour atteindre 56 % en 2013.
 
La pression est forte chez les quinquagénaires

L’augmentation de la population active concerne avant tout les séniors (plus de 50 ans) qui représentent chaque année 4 900 actifs supplémentaires entre 2007 et 2013. Les trois effets (renouvellement-vieillissement des générations, migration et taux d’activité) se conjuguent, le plus important étant celui induit par la croissance des taux d’activité. La pression exercée par les jeunes sur le marché du travail est beaucoup plus faible (+ 800 jeunes actifs chaque année) du fait notamment des nombreux départs de l’île.
 

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