Carnet de bord : l'usine baleinière de Port Jeanne d'Arc

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Port Jeanne d'Arc ©Laurent Pirotte
Il y a plus d’un siècle de cela, la France chassait la baleine aux Kerguelen. Une usine baleinière y avait même été installée, sur le site de Port Jeanne d’Arc. Les cétacés y étaient découpés et la graisse servait notamment à l’éclairage des villes françaises et européennes.

Lorsque nous atterrissons à Port Jeanne d’Arc, c’est un spectacle de désolation. Dans ce village fantôme, aucun arbre, un vent glacé souffle en permanence. A 20 minutes d’hélicoptère de la base de Port aux Français, ce vestige de ferraille rouillé et abandonné au fonds d’une baie. Autrefois, le site fut la seule usine baleinière jamais construite sur le sol Français.

Revoir le reportage de Réunion La 1ère :

De 1893 à 1909 : le massacre des baleines

En 1893, la France prend officiellement possession des îles Kerguelen. L’idée germe alors dans la tête de deux frères, Henri et René Bossière, armateurs au Havre, d’exploiter les îles australes françaises.

Ils en obtiennent la concession exclusive pour 50 ans. En 1906, les Bossière passent un accord avec une entreprise norvégienne et ce sont donc les Norvégiens qui vont construire et exploiter Port Jeanne d’Arc. La 1ere année de l’exploitation en 1909, 233 baleines ont été coupées autour de l’archipel des Kerguelen. Un véritable massacre.

Station baleinière de Port Jeanne d'Arc ©Laurent Pirotte

Boulanger, forgeron, mécanicien, cimetière : c'était un vrai petit village

Dans l’eau, les pilotis en bois n’ont pas bougé, Le grand plan incliné permettait de tracter les baleines pour les découper et récupérer les parties intéressantes. D’un coté, on transformait le lard en huile, et de l’autre coté, on récupérait les fanons, la viande, l’ambre gris, pour les exploitations. L’huile servait à l’éclairage des villes d’Europe, les autres parties étaient transformées en margarine, produits cosmétiques, farines.

A Port Jeanne d'Arc ©Laurent Pirotte

Un village aujourd'hui presqu'à l'abandon

Durant les premières années, l’usine tourne à plein régime : un petit village de 140 habitants, avec son boulanger, son forgeron, ses mécaniciens, et à l’écart, un petit cimetière. En pause durant la première guerre mondiale, la production s’arrêtera définitivement en 1926 avec l’arrivée des navires usines.

Aujourd’hui, les quelques visiteurs privilégiés peuvent encore respirer l’atmosphère de cette histoire. Désormais, tous les bâtiments sont à l’abandon. Certains se sont effondrés, d’autres, comme une porcherie, ont été restaurés. Des chambres servant de refuge aux rares scientifiques et agents de la réserve naturelle de passage.

Une façon de conserver la mémoire, de ces temps où les ambitions humaines d’exploitation se sont heurtées à ces terres lointaines…