Dans les ilets du Cirque de Cilaos, Fabrice Hoarau expérimente depuis dix-sept ans des cépages qui permettront d’offrir des vins de table de qualité, et un revenu décent pour les futurs viticulteurs !

 

 

Ti pa ti pa

A l’écouter, tout est possible !
Mais ne croyez pas que ce soit simple, de vivre ici, du fruit de la vigne, sur un des sites les plus somptueux de l’île.
Il a fallu apprendre, et donc, partir. Quitter le petit Matarum et affuter son sécateur, en Alsace.
Dix ans d’apprentissage sur des coteaux aussi pentus que ceux de Bras Sec. Dix hivers aussi rigoureux que d’étés brûlants, dans la caillasse et la crainte du gel ou de la grêle.
Une bonne mise en bouche pour le terrain et les cyclones à venir !

C’est clair, Fabrice Hoarau est passionné par cette alchimie incroyable de la terre et de la vigne.
Il est parti, revenu plus riche de connaissances, et là, il a fallu tout commencer.
Sur une terre qui ne l’a pas attendu pour faire les vins liquoreux que l’on sait.
Sauf que depuis, le goût des Réunionnais a changé…

Fabrice Hoarau : le vin liquoreux, une tradition à Cilaos

 

© Anne Bonneau

 

Galet, roche and co

L’épierrage, tout a commencé par là. Puis la construction de terrasses, permettant d’évoluer un tantinet plus confortablement sur ces pentes rocailleuses idéales pour la vigne. Et de pouvoir utiliser les deux outils essentiels en ces contrées ; la débroussailleuse et le motoculteur.
Coup de chance, le jour où l’on a discuté avec Fabrice, le voisin n’était pas en train de travailler ! Il y a juste les hélicos qui interrompaient de temps en temps nos conversations.

© Anne Bonneau

Là, sous le soleil déjà ardent du milieu de matinée, on a causé cépages et tailles, racines et irrigation, bactérie acétique et mildiou, technique donc. Et même moi qui n’y connais rien ou presque, j’ai tout compris ! En plus d’être chevillé à sa terre et à son art, Fabrice est pédagogue. Quant à la patience, il semblerait bien que ce soit la première qualité des petits agriculteurs du cirque…

On a essayé une quinzaine de cépages nobles, avec l’Institut Français du Vin et de la Vigne. Pour trouver une solution adaptée à Cilaos.

 

© Anne Bonneau

 

Maudits oiseaux

Des kilomètres de marche et des centaines de mètres de dénivelé.
C’est ce que Fabrice fait tous les jours dans ses vignes.
Veiller au grain, c’est le cas de le dire.
Faire s’envoler merles et martins qui lorgnent sur les grappes mûres, en marchant.
 

© Anne Bonneau

En profiter pour aller aux champignons : entendez, jeter un œil sur les feuilles et guetter les tâches de moisissure, de flétrissure et autre signe d’attaque de mildiou ou d’oïdium.
Chasser les poules du voisin si d’aventure elles prennent le vignoble pour leur terrain de jeu. Bref, faire corps avec la nature !

L’an dernier on voulait faire un peu de vendanges tardives, les oiseaux en deux jours, ils ont tout bouffé ! C’était une perte totale…

 

© Anne Bonneau

 

Les pieds dans l’herbe

Fabrice rêve. Fabrice imagine. Fabrice expérimente. Entre ses rangs de Syrah ou de Couderc poussent les zoumines. Fabrice évite les desherbants et autres produits décimant la faune menue...
Il se pique de planter aussi, entre les rangs, la lentille ou des céréales pas franchement habituelles en ces contrées : le blé, le riz, et pourquoi pas l’orge pour la bière !
Avoir toujours une idée d’avance, c’est son credo !
Mais au-delà de rêves que l’on pourrait croire un peu fous, il s’agit surtout pour Fabrice de créer une vraie activité génératrice de revenu dans un cirque où le taux de chômage des jeunes fait écho aux pentes des coteaux !
Vivre ici et faire vivre les autres, par tous les moyens, avec un  goût immodéré de l’environnement.

La nuit, passent les tangues entre les vignes...

 

© Anne Bonneau

 

Couderc, Syrah et Artaban

C’est jour de vendanges chez Fabrice Hoarau.
Nous sommes invités. Et c’est un honneur, car tout se fait, cette année, en tout petit comité, situation sanitaire oblige. La famille et trois stagiaires du cirque.

Lever de soleil sur le rempart de Kerveguen © Anne Bonneau

Pas question de se lever dès potron-minet, il faut que feuilles et grappes soient sèches.
On laisse le soleil passer largement au-dessus du rempart de Kerveguen avant de gravir les pentes du vignoble.
Fabrice surveille, explique aux unes et aux autres comment récolter, juger de la maturité, sélectionner… Veillant à ne pas laisser passer des grains abimés, qui feraient tourner au vinaigre la cuvée.

ça prend plus de temps mais on sait que les vendanges sont bien faites. Surtout si on travaille en vins naturels, on met très peu de sulfites dedans. Une bactérie acétique, c’est un risque énorme

Les filles tâtonnent, hésitent, rient sous cape. On plaisante entre les « pieds de raisin ». On parle bien-sûr de l’Isabelle, cépage mythique du cirque, que l’on réserve ici aux confitures et aux gelées

Fabrice Hoarau : de l'Isabelle à l'Artaban

La famille Hoarau © Anne Bonneau

 

Ma terre, mon terroir

Né ici, au pied du Piton des Neiges, comment ne pas vouloir y rester à vie ?
Fabrice est convaincu de la singularité du terroir du cirque, de ses qualités, de son impact sur tout ce qui y pousse. Et pas seulement sur la vigne, mais aussi sur les arbres fruitiers, qu’il se plait à répertorier : vous souvenez-vous des pâtes de coing lontan vendues dans les lacets de la route par les agriculteurs ? Savez-vous combien de variétés de prunes, de pêches et même d’abricots peuvent être récoltée ici ?

© Anne Bonneau

Fabrice vous emmène dans ses jardins secrets, où poussent les fruits lontan au goût si spécifique.

Découvrir, redécouvrir, greffer, faire fructifier, ne rien perdre enfin, de la diversité de cette terre… Et toujours, s’en émerveiller.