Ce mardi 18 mars, le juge des référés du Tribunal administratif de La Réunion a suspendu l’autorisation environnementale pour le projet d’aménagement et d’extension du bassin de baignade de Grand-Anse.
Pour le juge des référés, il y a atteinte à la biodiversité.
Le projet prévoit de doubler la surface actuelle du bassin de baignade de Grande-Anse. Il passerait de 3500 m2 à 6400 m2.
Une extension dénoncée comme pouvant détruire une partie de l’écosystème de la zone. Début février 2025, plusieurs associations, ainsi qu’un particulier, ont saisi le juge des référés pour obtenir la suspension de l’autorisation.
La contestation est portée par l’Agence de recherche pour la biodiversité de la Réunion (ARBRE), Vivre activement pour garder un environnement sain (VAGUES), le Taille-Vent, Do Moun La Plaine, Tran’Sphère Environnement, Attac Réunion et Vie Océane.
Dans sa décision rendue mardi 18 mars, le juge des référés note que les travaux d’agrandissement doivent se faire par le biais d’enrochements en mer. Ils impliqueraient la « destruction directe de 114 m² de coraux parmi les 451 m² de coraux existants dans l’emprise du projet de bassin. »
Dans ce récif, 47 espèces différentes cohabitent et représentent « un intérêt considérable au niveau de la biodiversité. »
Le juge des référés en conclut que l’atteinte à la biodiversité devait faire l’objet de mesures de compensation. Il estime celles mentionnées dans le projet comme insuffisantes et ne permettant « d’assurer la régénération du corail. »
Deux conditions qui amènent à ordonner la suspension de l’autorisation environnementale accordée par la préfecture le 9 décembre 2024.
Une décision temporaire : le tribunal administratif doit encore se prononcer sur le fond sur la demande d’annulation portée par les plaignants.
Le maire de Petite Ile réfute la décision
Le calendrier du projet d’extension voulu par la ville de Petite Ile est donc interrompu, en attendant un très probable recours de la municipalité. Serge Hoarau, le maire de Petite Ile va faire appel aux avocats de la ville pour réagir à ce coup d’arrêt administratif. Selon lui, dans le projet tel qu’il a été validé, la zone se trouverait hors d’atteinte d’un impact causé par les travaux : « Le projet comprend le renforcement des protections en enrochements, indispensable à la sécurisation de la baignade d’une part et d’autre part à la préservation de l’écosystème de corail qui s’est développé à l’intérieur du bassin. »
« Nous nous touchons pas au récif de corail.»
Serge Hoarau, maire de Petite Ile.
La protection de l’environnement naturel du site est même une priorité absolue qui a mené à des mesures spécifiques, précise encore l’édile.
Un projet en montage depuis 7 ans
Un maire qui touchait presque au but après plus de 7 ans d’études environnementales et de montage de dossiers pour moderniser ce bassin construit en 1985.
Il est triste de constater que la voix d’un groupuscule prime sur l'intérêt de la population générale.
Serge Hoarau, maire de Petite Ile
Car d’après le maire, ce projet est largement plébiscité et s’inscrit dans l’intérêt de tous les réunionnais. C’est également la mise en péril de plus de cinq millions d’euros de fonds déjà notifiés par l’Europe, la Région Réunion et le ministère des outremers. Des millions qui seraient allés à des entreprises du BTP local, un secteur en crise.
L'aménagement de Grand-Anse, contesté depuis plus de 15 ans.
Pour rappel, cette nouvelle phase de travaux pour la rénovation du bassin de Grand-Anse est à l’étude depuis 7 ans et doit passer à la phase opérationnelle prochainement. Porté par la commune de Petite-Île, avec la SPL Maraïna comme mandataire, il bénéficie d’un investissement total de 5,08 millions d’euros (coût travaux) pour la rénovation et l’extension du bassin. Sa superficie, jusqu’ici de 3 500 m², devait être étendue à 6 400 m². Le projet compte également la création d’une zone d’apprentissage de la nage, ainsi que la construction d’un poste de surveillance et de secours et un espace dédié aux personnes à mobilité réduite.
Le projet fait suite aux aménagements touristiques et paysagers que Petite Ile a déjà mis en œuvre sur le célèbre site de pique-nique du sud de la Réunion. Des aménagements qui ont connu leur lot d’oppositions à leur époque. En 2007, une pétition "Pour la sauvegarde de Grand-Anse" lancée par un collectif d'associations avait obtenu plus de 11 000 signatures. Les contestataires craignaient une privatisation de la plage après l'annonce de la construction d'un hôtel de luxe.