Les cérémonies tamoules perturbées par le coronavirus

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A La Réunion, le début de l'année lance les marches sur le feu pour la communauté tamoule.
A La Réunion, le début de l'année lance les marches sur le feu pour la communauté tamoule. ©Willy Fontaine
L’appel lancé par la Fédération tamoule de La Réunion pour que toutes les cérémonies continuent à être organisées dans les temples et non en extérieur, en raison du contexte sanitaire, divise la communauté fortement attachée à la traditionnelle marche sur le feu.
"Sachant que l’espace public est réglementé, que depuis des mois toute procession extérieure est interdite, nous demandons aux responsables des lieux de culte de poursuivre leurs efforts et d’organiser à l’interne des kôyils (temple, NDLR) toute cérémonie et autre acte de foi".

Censé faire office de piqure de rappel dans ce contexte de crise sanitaire, le communiqué diffusé le mardi 8 décembre par la Fédération tamoule de La Réunion n’en finit par de faire réagir. En cette fin d’année marquée pour nombre de membres de la communauté hindoue de l’île par une intense période de carême ponctuée notamment par la marche sur le feu, le message a du mal à passer.
 

Compatible ou pas avec les mesures sanitaires ?

"Les prières sont la conséquence intrinsèque des marches sur le feu, en cette période. (…) S'il n'y a pas de marche sur le feu la démarche religieuse se trouve dépourvue de sens", réagit Richard sur les réseaux sociaux. "Droit de faire la cérémonie, mais pas de marche sur le feu ? Si na le droit fait cérémonie, laisse domoun fait zot z'affaires jusqu'au bout ôté", lance Jessica, une autre internaute également remontée.

Gilbert Mardaye, fidèle du temple du Portail à Saint-Leu est, lui aussi, opposé au fait qu’il ne soit possible d’organiser de marches sur le feu. Ce dernier déplore la position ambigüe de la fédération. "La fédération est normalement là pour aider les fidèles, mais là elle ne fait rien pour nous. Elle nous dit d’arrêter de faire ce que l’on fait, mais on a toujours respecté les gestes barrières, surtout dans la marche sur le feu !"

Le Saint-Leusien estime que les cérémonies peuvent se tenir dans le cadre d’un protocole sanitaire strict, et d'une organisation validée par la préfecture. A l'instar d'autres représentants de la communauté, il  demande à qu’on lui laisse le choix.

Regarder le reportage de Réunion La 1ère :
 
Le Covid vient perturber les cérémonies tamoules


Privilégier la prière...

D’autres fidèles sont plus pragmatiques et assurent de leur côté qu’il est possible, en raison du contexte exceptionnel, d’exercer sa foi autrement que via la pratique de la marche sur le feu. "Le problème c’est que c’est difficilement réalisable d’organiser une marche sur le feu en petit comité", explique Didier, un fidèle fréquentant un temple dionysien mais bien au fait aussi de la pratique dans les autres temples de l’île.

"Il faut beaucoup de personnes pour organiser une cérémonie. Il y a notamment toute la préparation en amont pour laquelle il faut du monde. Et même si l’on n’invite pas les gens à venir y a assister comme on le fait habituellement, il y en aura déjà trop…", argumente-t-il.

Dans certains temples, ce sont entre 30 et 50 personnes qui peuvent être candidats à la marche sur le feu. Un chiffre qui peut rapidement dépasser la centaine dans d’autres temples. "S’il n’y a pas de marche le 1er janvier, on peut quand même terminer le carême en allant à la prière tous les jours".

Privilégier la prière et les cérémonies en intérieur, à défaut de marche sur le feu. Comme pour les fidèles des autres religions, la crise sanitaire bouleverse profondément la pratique de leur culte.