Les tambours Malbars sont arrivés à la Réunion avec les engagés Indiens au XIXème siècle. Des instruments sacrés, utilisés lors de rituels qui pouvaient troubler les non-initiés. Aujourd’hui, les « Tambours sacrés de la Réunion » c'est un groupe. Qui s’est affranchi de l’image du tambour cultuel, joué dans les temples, mais en a gardé le nom et l'esprit ! Rencontre avec ces nouveaux tanbourié, entre scènes et chapelle, envie de partage, amour insensé pour leur instrument, et respect pour ceux qui leur ont ouvert la voie, ces dernières décennies.

 

 

Rendez-vous au parking

Ils vous donnent rendez-vous sur le parking d’une zone industrielle de Pierrefonds. Pas vraiment le genre d’endroit que je fréquente d’habitude ! Evidemment, je ne les trouve pas. Enfin si, je les trouve, après quelques errements, fenêtre de la voiture grande ouverte et oreille au vent, en suivant, le son !
Ils s’excusent du décor, pas franchement glamour, mais enfin, ils ont quand même trouvé l'ombrage d'un piédbwa, histoire d’être raccord avec le nom de l’émission !
Franchement, on oublie très très vite l’endroit où l’on est en voyant la joie contagieuse qui déborde de ce groupe ultra soudé.

Laurine, "tanbourièr" © Anne Bonneau

 

Sacré synthétique

Ils s’appellent les Tambours Sacrés, et tout au long de notre rencontre, je me suis échinée à comprendre pourquoi. D’accord, certains de leurs instruments, les morlons, semblent tout droit venus d’un temple de l’Inde du Sud.

Morlon en peau de chèvre © Anne Bonneau

D’autres en revanche, sortent du centre commercial du coin : des tambours synthétiques, qui n’ont rien de traditionnel, mais ont un énorme avantage sur leurs cousins en peau de chèvre. Ils jouent direct, à froid. Sans passer par la case « feu-qui-tend-la-peau ».
Jocelyne et ses comparses sont à l’unisson sur ce sujet : le "tanbour la po", c’est tout de même autre chose.

Jouer sur un "tanbour la po", par Jocelyne, tanbourièr

Tambour synthétique © Anne Bonneau

 

Créations pour voix et baguettes

Les tanbourié s’amusent franchement durant les répétitions : essayant leurs voix sur les rythmes qu’ils inventent, reprenant deux tons plus haut – ça fait crier les garçons qui ne suivent pas ! – ou trois tons plus bas, et les filles s’esclaffent en prenant des mines d’hommes !
Bref, il y a des rires, des digressions – que Philippe, le patron, encourage ou calme gentiment.
En tout cas, il n’est pas du genre à figer ses tanbourié dans la tradition pure et dure : ici, place à la création, et à la liberté de jouer, comme on veut, où on veut et avec qui on veut, ou presque !

Devenir "Les tambours sacrés de la Réunion" par Philippe M'Roimana

Philippe M'Roimana © Anne Bonneau

Les Tambours Sacrés de la Réunion dans Tout le monde en live
Les Tambours Sacrés de la Réunion dans Tout le monde en live  - 

 

Sacrés tambouriers

Dans le tan lontan, n’était pas tanbourié qui voulait.
Dans les chapelles tamoules, un "vétian" chef de groupe, menait ses tanbourié, à la baguette.
Chez les Tambours Sacrés, vous et moi pouvons venir nous essayer.
Enfin, vous et moi, façon de parler. Je ne donne pas trois minutes à Philippe pour me flanquer hors du rond, vu mon sens du rythme.
Vous, vous pourriez peut-être jouer avec eux.
Même si vous n’êtes pas de la communauté. Même, oui oui, je vous jure, si vous êtes, une fille.

Jonathan, Anne-Joa, Jocelyne © Anne Bonneau

 

 

Filles et tambours, par Teddy, poussari, Gilbert, président du temple Pandialé et Jocelyne, tambourière

 

Tambouriers des chapelles

Philippe voulait absolument me faire rencontrer un personnage incontournable et sans doute un peu oublié, à la Ravine Trou de Chat. Là, à la chapelle Pandialé, Gilbert a mené une bataille, pour faire accepter le son des tambours au creux de la ravine. Ils l’ont mené jusqu’au tribunal, ces riverains excédés qui tentèrent de les faire taire.
Mais de battre les tambours ne se sont pas arrêtés...

Chapelle Pandialé Ravine Trou de Chat © Anne Bonneau

 

Le feu sacré, partagé

Les tanbourié des « Tambours sacrés » ne passent pas leur vie dans les chapelles.
Ils témoignent chacun de leur lien avec la religion. Plus ou moins ténue.
Mais ils n’en gardent pas moins un respect pour le lieu où leur chef les emmène aujourd’hui.

La peur des tambours, par Jocelyne et Philippe, des Tambours Sacrés

 

Tambour de peau et feu sacré © Anne Bonneau

 

La chapelle Pandialé, comme parmi tant d’autres à la Réunion, est aussi un lieu de transmission de ces savoirs que sont les baget cultuelles : les mélodies qui sont dévolues à chacune des divinités.
Ici la relève est assurée.

Deux jeunes tambouriers © Anne Bonneau

Le jeune Keddy se prête pour l’équipe des tanbourié qu’il admire – fan, il regarde en boucle leurs clips sur YouTube – à une exposition de son savoir.

Keddy, tambourier à la chapelle Pandialé © Anne Bonneau

Debout, tambour sous le bras devant chaque Bondié, il le nomme et en fait une biographie sommaire, puis joue la baget dédiée. Son père, le poussari, le prêtre du lieu, n’est pas peu fier.
Gilbert rappelle les méthodes d’apprentissage des vieux "vétian" d’autrefois. A la baguette !

Apprendre le tambour autrefois, par Gilbert Fulmar

Ou vien apprann isi, ou vien pa pou ésèyé !

Gilbert Fulmar

 

Tambouriers à la fête Kali © Anne Bonneau

Finalement, au soir tombé, après avoir battu et brassé les tambours et les conversations, se lève la lune et se sépare le chœur des tambouriers.
Un dernier souvenir, une dernière prière, et chacun repart, son tambour sur le cœur.

Notre tambour c’est un truc qui est en nous, on en prend soin, on a une relation particulière avec. Notre tambour est sacré, tout simplement.

Jocelyne, tambourière

 

Tambour sacré © Anne Bonneau