Je m’appelle X et je suis une voix parmi tant d’autres. Si je prends la parole aujourd’hui, c’est pour dénoncer une réalité insoutenable : ici comme ailleurs des enfants subissent chaque jour des violences physiques, psychologiques et sexuelles. Trop de survivants de l’enfance grandissent avec des blessures invisibles, des traumatismes qui détruisent des vies. Nous ne pouvons plus détourner le regard. Il est urgent que les pouvoirs publics prennent la mesure de ce fléau et agissent concrètement. La création d’un collectif ou d’une association d’aide aux victimes avec un véritable soutien institutionnel devient indispensable et URGENT. Il faut des systèmes, des dispositifs d’écoute et d’accompagnement, pour assurer une protection efficace des enfants en danger et mettre en place des campagnes de sensibilisation.
Dans un contexte où les addictions et les violences prennent de l’ampleur dans notre société, il est crucial de rappeler que les premières victimes sont les enfants. Trop souvent confrontés à ces réalités destructrices, ils développent, en réponse à leurs traumatismes, des comportements addictifs qui les suivent tout au long de leur vie. Les violences faites aux enfants ne doivent plus être une fatalité.
Il est temps d’unir nos forces pour briser le silence et déconstruire ce qui est devenu presque une norme dans notre société pour reconstruire un avenir digne pour les générations à venir.
Nous comptons sur vous pour faire de cette cause une priorité localement, en renforçant les dispositifs de prévention et d’accompagnement pour protéger les plus vulnérables.
J’ai grandi dans la violence, dans le mensonge, une violence insidieuse qui ne laisse pas toujours de marques visibles, mais qui brise l’âme. J’ai été victime de violences verbales, d’humiliations, de violences physiques, et surtout de violences sexuelles, au moins cinq fois, entre mes 9 et 11 ans, par la même personne. Le silence ne doit pas être la norme. L’impunité ne doit pas être la norme. Parce qu’on n’est jamais guéri. Ce n’est jamais fini. Ce n’est jamais du passé. On apprend à vivre avec mais les blessures sont là, invisibles aux yeux du monde.
Et pourtant, la justice continue d’imposer une prescription pour ces crimes. Mais comment porter plainte quand notre propre mémoire nous a protégés en effaçant des morceaux entiers de notre histoire ? L’amnésie traumatique existe, et il est impensable que la loi oublie ceux qui ont déjà été abandonnés par la société. Un agresseur ne détruit pas seulement une victime, il agit sur tout un système, il exerce une emprise sur toute une famille. Et pourtant, la justice aménage encore des peines pour des pédocriminels, ajoutant une violence supplémentaire aux victimes. Nous, les survivants, notre prison, elle est à perpétuité.
Et moi, je suis frustrée. Frustrée d’être enfermée dans cette souffrance, de ne jamais pouvoir en sortir totalement. Depuis deux ans et demi, je suis sous traitement pour tenter de vivre normalement, pour avancer malgré tout, parce que cette douleur est épuisante, envahissante, incessante. Mais pourquoi est-ce encore à nous, les victimes, de porter ce fardeau, alors que ce n'est pas nous qui avons commis l’irréparable ? Les violences sexuelles faites aux enfants sont trop souvent traitées comme une banalité extrême. Mais rien n’est banal dans ces crimes. Rien. Il faut que la société le comprenne enfin et se mobilise. Trop souvent, il y a un écart entre le discours et la réalité. On parle de protection, de justice, d'écoute, mais dans les faits, les victimes doivent encore se battre pour être crues, entendues et reconnues.
Aujourd’hui si je prends la parole, c’est aussi pour elles. Pour ces enfants qui, en ce moment même, subissent en silence. Pour celles et ceux qui vivent dans la peur, pris au piège dans un monde qui ne les protège pas. Pour celles et ceux qui grandissent avec des blessures invisibles, des cauchemars qu’ils ne devraient jamais connaître. Et pour celles qui ne sont plus là. Celles dont on n’a pas entendu les cris. Celles qui sont parties dans l’oubli et l’injustice. À elles, nous nous devons de parler. À elles, nous nous devons de nous battre. À elles, nous promettons de ne jamais laisser le silence recouvrir leur mémoire. Mais aujourd’hui, si je prends la parole, ce n’est pas seulement pour dénoncer. C’est aussi pour porter un message d’espoir. Malgré tout ce que j’ai traversé, j’ai réussi à construire quelque chose. J’ai réussi ma vie. J’ai une belle famille, des enfants, des petits-enfants, des amis, quelques proches, et dans tout ce chaos, un soutien sans faille : mon mari exceptionnel. Et c’est important de le dire. On peut survivre. On peut avancer. Mais cela ne doit pas effacer la nécessité de reconnaître, d’écouter et d’agir. Alors oui, il faut se battre. Oui, il faut espérer.
Oui, il ne faut rien lâcher. Parce que nous méritons non seulement de survivre, mais aussi d’avoir l’espoir de vivre pleinement. Mais aujourd'hui, si je prends la parole ce n'est pas seulement pour dénoncer. Ce témoignage, je le fais aussi pour eux. Pour ces enfants qui, aujourd'hui encore, subissent l'indicible dans le silence et la solitude. Pour ces petites âmes qui grandissent dans la peur, qui n'ont pas encore trouvé une main tendue, une oreille qui écoute, une justice qui protège. Et surtout, pour celles qui ne sont plus là. Celles qui n'ont pas survécu. Celles qui n'ont pas eu la chance d'être entendues à temps. Celles à qui on a volé leur enfance, leur avenir, leur vie. À elles, nous devons justice. À elles, nous devons notre combat.