Harcèlement scolaire : le témoignage d'une mère et de sa fille à Saint-Pierre et Miquelon

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Le harcèlement touche 700 000 élèves chaque année. Saint-Pierre et Miquelon n'est pas en reste. Victime de harcèlement scolaire en CM1 et en sixième à Saint-Pierre et Miquelon, Rose témoigne en compagnie de sa mère.

"Je ne voulais plus aller à l’école parce que j’avais peur", ce sont les mots de Rose, 14 ans, victime de harcèlement scolaire en classe de CM1 et sixième à Saint-Pierre et Miquelon. Dans le cadre de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, le 18 novembre, Rose a accepté de témoigner.


Le harcèlement scolaire, c'est quoi ?

 

Selon le ministère de l'Éducation Nationale, le harcèlement scolaire est caractérisé lorsqu’un enfant est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition. Il se fonde sur le rejet de la différence et sur la stigmatisation de certaines caractéristiques, telles que l’apparence physique, le sexe, l’identité de genre, orientation sexuelle ou supposée, un handicap, un trouble de la communication qui affecte la parole, à l’appartenance à un groupe social ou culturel particulier où à des centres d'intérêts différents. 

Le témoignage d'une jeune fille de 14 ans


Une jeune victime de harcèlement a accepté de nous livrer son témoignage. Pour préserver son anonymat, nous l'appelons Rose. 

Rose ne se souvient plus exactement quand le harcèlement scolaire commence mais sa mère se souvient très bien. Tout à commencé en début d'année de CM1. Sa maman nous affirme que Rose "avait toujours quelque chose pour ne pas aller en classe". Rose s'est enfermée dans le silence. "Je n'en ai pas parlé aussitôt à mes parents car j’y arrivais pas, c'était trop dur" nous confie-t-elle. "Je ne voulais plus aller à l’école parce que j’avais peur qu’ils recommencent et je ne voulais plus me lever. C’est à ce moment que mes parents se sont dit qu’il y avait un problème avec l’école." Sa maman confirme. "Elle ne disait rien mais à force de lui poser la question, on a su que certains l'embêtaient."

 

Ils me disaient que j’étais nulle, que je ne savais pas écrire et que je faisais tout à l’envers


Rose se souvient qu'un jour, la classe avait eu une punition. "Vu que j’étais plus lente que les autres à écrire, j’étais la dernière à finir. À ce moment-là, j’ai eu beaucoup de remarques, ils me disaient que j’étais nulle, je ne savais pas écrire et que je faisais tout à l’envers". Le professeur ne relevait pas les remarques de ses camarades. L'émotion est encore palpable. 

En CM1, Rose était souvent privée de récréation le matin et l'après-midi "parce qu'elle était plus lente que les autres" nous confirme sa maman. 

Le combat d'une mère


En voyant l'état de sa fille, la maman de Rose a tout mis en œuvre pour qu'elle soit changée de classe. Confrontée à des refus, elle a finalement décidé de la changer d'établissement scolaire. 

Rose n'a pas terminé cette année scolaire dans cet établissement. "Quand j’ai changé d’école, ma professeure étant au courant de la situation, elle a porté une attention particulière à mes difficultés, en me proposant d’autres exercices."

Je ne voulais plus aller à l'école

   
Le moment de répis est de courte durée puisqu'en sixième, Rose se retrouve dans le même établissement et dans la même classe que ses harceleurs et elle se retrouve bouc émissaire, victime de l'effet de groupe. "Quand j’ai su que j’étais dans la même classe que mes agresseurs, je me suis dis : c’est fini". 

Souffrant toujours de lacunes et de difficultés, le harcèlement reprend rapidement. " Pendant les heures de cours où il était derrière moi, il tapait sans cesse dans mon sac à dos. Puis un jour dans la semaine, je restais à l’école le mardi midi, pour une option dessin. C'était une occasion pour lui de m'humilier. C'était dur parce que ça me rappelait tous les souvenirs de CM1. Les absences se multiplient. "J'ai dû redoubler, je ne voulais plus aller à l'école." 

Les parents ont beau alerter toutes les instances susceptibles d'agir, ils n'ont aucun contrôle sur ce qui se passe à l'école. 

Rose avance 


"C'était difficile puisque j’avais prévenu ma professeure principale mais elle n’a pas pris la mesure de la situation". Rose a été suivie par un psychologue dès le CM1. Aujourd'hui, elle s'en est sortie. Grâce à un trimestre hors de l'archipel, Rose ne se laisse plus faire. Cette année, elle est déléguée de classe "chose qu'elle n'aurait jamais fait avant" nous dit sa maman. 

Rose a accepté de témoigner car elle estime que c'est un sujet dont on ne parle pas assez et qu'il existe aussi à Saint-Pierre et Miquelon du harcèlement scolaire. Elle veut libérer la parole. Dire aux autres victimes qu'il faut se confier, en parler autour de soi. 

Qui contacter ? 


En plus du 3020, le numéro d’appel, il existe un site internet nonauharcelement.education.gouv.fr qui permet de trouver des ressources afin de lutter concrètement contre le harcèlement scolaire.

La rubrique « Que faire ? » s’adresse aussi bien aux victimes qu’aux auteurs, aux témoins, aux parents et aux professionnels. Elle leur donne des outils et des conseils pour sortir de cette violence physique et/ou psychologique.

Le harcèlement scolaire laisse des traces, y compris dans la vie adulte. Dans la construction d'une personne, les violences subies par le passé restent omniprésentes. Elles se caractérisent souvent par un manque de confiance en soi. 

En France, selon la dernière étude réalisée par l’Observatoire de la santé en 2020, le harcèlement scolaire touche 12 % des élèves au primaire, 10 % au collège, 4 % au lycée. Cela représente au total 700 000 élèves qui subissent le harcèlement de leurs camarades de classe chaque année.