L'autre histoire du ralliement de Saint-Pierre et Miquelon à la France Libre, pendant la seconde guerre mondiale

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L'archipel de Saint-Pierre et Miquelon est le premier territoire ultramarin à rejoindre la France Libre, en 1941, pendant la seconde guerre mondiale. ©SPM la 1ère

Violences, emprisonnements arbitraires, vandalisme... Après le débarquement des forces françaises libres en 1941 à Saint-Pierre et Miquelon, certains gaullistes ont commis des exactions, selon plusieurs témoins. Une version historique rarement racontée dans l'archipel.

À Saint-Pierre et Miquelon, tout le monde connaît l'histoire du ralliement de l'archipel à la France Libre. Les forces françaises libres sont arrivées le matin du 24 décembre 1941 dans l'archipel. Quelques jours plus tard, un référendum était organisé et le territoire passait sous commandement gaulliste, avec 98 % des votes en faveur de la France Libre. Un plébiscite en faveur du général De Gaulle. 

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Pourtant, l'histoire est plus complexe, selon l'autrice Jacqueline Le Hors. Dans son ouvrage réédité en 2020 La croix ou la bannière : récit d'une controverse à Saint-Pierre et Miquelon, elle reprend des témoignages familiaux sur le comportement des forces françaises libres dans l'archipel.

"C'était des jeunes officiers qui ne connaissaient pas du tout le pays. Ils ont emprisonné des gens, on ne savait pas pourquoi", assure-t-elle. "En très peu de temps, ils ont arrêté différentes personnalités de la ville, dont mon beau-père [...] L'un [des prisonniers] avait même été menacé de la peine de mort." Les "vichiards", comme on les appelait à l'époque, étaient aussi envoyés sur l'île aux Marins ou à Langlade, malgré les conditions de vie compliquées en hiver. 

"Tous les gaullistes n'étaient pas voyous, mais tous les voyous étaient des gaullistes." 

Extrait du livre "La croix ou la bannière : récit d'une controverse à Saint-Pierre et Miquelon", de Jacqueline Le Hors

 

Une version de l'histoire appuyée par d'autres, comme André Frioult, âgé de 17 ans en 1941. "Quand la France Libre est arrivée, la prison était vide", se souvient-il. "Mais le lendemain, elle était pleine."

Le Saint-Pierrais raconte avoir mal vécu le débarquement des forces françaises libres "au vu du comportement des gaullistes à Saint-Pierre". "Ils cassaient les vitrines", s'insurge-t-il. "Il y avait un sentiment de crainte, les gens avaient peur", ajoute Jacqueline Le Hors.

Des tensions entre les habitants de Saint-Pierre et Miquelon

 

Si les Saint-Pierrais et Miquelonnais ont largement voté en faveur du ralliement de l'archipel à De Gaulle, les opinions étaient tout de même nuancées, d'après Jacqueline Le Hors.

"Le vote c'était : 'ralliement à la France Libre ou collaboration avec les puissances de l'axe'", décrypte-t-elle. "En gros : êtes-vous pour les Allemands ou pour les Français. Ils ont eu finalement une majorité de gens." En décembre 1941, 641 personnes se sont exprimées en faveur de la France Libre, 11 contre. 140 personnes se sont quant à elles abstenu. 

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Par la suite, certains ont volontairement intégré les rangs des forces françaises libres, à la suite des "évadés" partis rejoindre le général De Gaulle avant le ralliement de Saint-Pierre et Miquelon. Après 1941, une partie des engagés se sont rendus en Europe pour combattre.

La promesse de ne pas quitter Saint-Pierre

 

D'autres sont restés dans l'archipel. "C'était eux les plus virulents, alors qu'ils n'ont pas connu le froid, les poux", affirme André Frioult. "Ils se sont engagés avec la promesse de ne pas quitter Saint-Pierre."

"Petit à petit beaucoup de gens ont profité de ça pour prendre du pouvoir", renchérit Jacqueline Le Hors. "Le climat s'est transformé en une guerre épouvantable dans un si petit pays." Gaullistes, attentistes et vichiards ont ainsi cohabité à Saint-Pierre et Miquelon pendant près de quatre ans.

Reportage de Frédéric Dotte et Jérôme Anger :