La science à la rescousse pour tenter de protéger l’isthme de Miquelon-Langlade

catastrophes naturelles saint-pierre (spm)
L'isthme sableux de Miquelon-Langlade
L'isthme sableux de Miquelon-Langlade ©Murzabov

L’avenir de l’isthme de Miquelon-Langlade, victime de l’érosion, est au cœur des préoccupations à Saint-Pierre et Miquelon. Le chercheur Nicolas Robin invite à prendre du recul sur la situation pour envisager toutes les options possibles quant au futur du cordon dunaire.

Sa spécialité : la dynamique du trait de côte. Nicolas Robin, enseignant-chercheur à l’université de Perpignan, est un habitué du cordon dunaire, qu'il vient étudier depuis de nombreuses années. Le chercheur a réalisé une thèse sur l’isthme de Miquelon-Langlade. Il a surtout travaillé sur une étude globale de l’isthme, travaux financés par le ministère des Outre-mer, la Collectivité territoriale et la Dtam. En tout, le chercheur s’est rendu six fois dans l’archipel pour des missions de plusieurs semaines. Il a bien évidemment suivi à distance les récents épisodes d’érosion et les travaux qui ont été effectués.

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"On sait que ça aggrave l’érosion"

Selon lui, les enrochements sont là « uniquement pour protéger les enjeux ». Mais selon ce spécialiste, ils "ne sont pas sans conséquence sur la dynamique du milieu." Dans le cas de figure actuel, l’enjeu est la route reliant Miquelon à Langlade.

En effet, en comparant avec des situations similaires ailleurs, les enrochements ont des "impacts sur la dynamique sédimentaire du milieu." Il précise que les ouvrages durs peuvent "accentuer l’érosion au pied de l’ouvrage."
  

Prendre en compte les caractéristiques du milieu

De par sa taille et sa basse altitude, l’isthme est "un environnement extrêmement sensible." selon Nicolas Robin. À l’heure actuelle, le chercheur estime qu’il y a "un très fort déficit de connaissances sur l’archipel", qui ne peut être rattrapé. Il insiste cependant sur le fait "qu’il faut enclencher une dynamique pour améliorer ces connaissances."

Pour envisager des aménagements du territoire, il faut avoir une connaissance scientifique du milieu la plus fine possible.

Nicolas Robin

 

Par ailleurs, il invite à réfléchir sur la stratégie à adopter pour la préservation de l’isthme. Selon le chercheur, il reviendrait ensuite « au gestionnaire de faire la synthèse des connaissances de cette réflexion » pour arriver à la décision "qui leur semble la plus adéquate par rapport aux enjeux qui sont présents sur l’archipel."
  

Quel avenir pour l’isthme ?

Nicolas Robin considère qu’il est possible d’envisager deux options pour l’avenir de l’isthme : "un avenir naturel, sans impact de l’homme", qui pourrait conduire à la disparition du cordon dunaire, ou "un avenir lié à l’action de l’homme". Mais les deux options présentent des inconnues : impossible de dire quand l’isthme va disparaître si l’on laissait la nature suivre son cours ; et il est aussi difficile "d’envisager l’évolution" quant au futur de l’isthme avec cette seconde option.

Même reculer la route, c’est quelque chose qui n’est pas pérennisable dans le temps.

Nicolas Robin

 

Les caractéristiques naturelles du cordon dunaire font que les options d’aménagement sont plutôt restreintes, d’après le chercheur. "Ce qui est sûr, c’est qu’avec des techniques de relocalisation ou de recomposition spatiale, qui sont très à l’air du temps aujourd’hui, (…) la difficulté c’est le manque de place pour relocaliser la route."