Des affaires de violences et de "revenge porn" devant le tribunal de Saint-Pierre

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©SPM la 1ère

Trois affaires étaient présentées ce mardi 13 avril devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Deux concernent des violences et la troisième, plus inhabituelle dans l'archipel, concerne la diffusion d'une photo intime sur un site pornographique.

Une affaire de revenge porn

 

La publication d'une photo intime d'elle pratiquant un acte sexuel sur un site pornographique bien connu, c’est ce qui est arrivé à la victime d’une affaire jugée ce mardi par le tribunal correctionnel. Le couple aimait photographier et filmer ses ébats, ce que la jeune femme n’a aucun mal à confirmer à l’audience. Mais ces vidéos et ces photographies privées n’auraient jamais dû se retrouver sur internet.

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Elle avait pourtant demandé au prévenu d’effacer ces documents après leur rupture. « Elle avait effacé mais il y avait un autre dossier », explique celui-ci. Et voilà que quelques mois plus tard, un ami du jeune frère de la victime repère une photo de la jeune femme sur un site pornographique. Celle-ci va déposer plainte. 

Pour la procureure de la République, il lui a fallu beaucoup de courage pour aller à la gendarmerie et pour se trouver dans cette salle en audience publique, face à une "violence extrême qui détruirait n’importe qui". Et Isabelle Arnal rajoute que ce qu’on appelle le « revenge porn » est la cause de plusieurs suicides.

« Sa vie privée a été livrée en pâture »

Isabelle Arnal, procureure de la République

 

Les vidéos et les photos sont restées deux mois sur le site. « Elles peuvent réapparaître dans dix ou vingt ans quand madame cherchera un poste », plaide Maître Claireaux, avocat de la partie civile, qui demande 5 000 euros de dommages et intérêts. 

La procureure, elle, requiert deux ans d’emprisonnement avec aménagement. Une peine trop lourde pour Maître Tabet, avocat de la défense, qui insiste sur les regrets du prévenu. Il plaide la relation "atypique" du couple et le consentement de la jeune femme lors de ces séances, "les photos sexuelles, c’était leur quotidien".

À la fin de l’audience, le prévenu qui a avoué avoir voulu se venger non pas de la rupture (il est question d’une dette chez l’épicier et d’un rétroviseur cassé) présente toutes ses excuses. La victime elle, a un grand regret, celui ne pas avoir perçu la "personnalité malveillante" de son ancien compagnon.

L’enfer de la jalousie

 

Autre affaire : les faits remontent au 11 novembre 2020. Le prévenu, quitté par sa petite amie quelques mois plus tôt, est fou de jalousie. Leur relation ces derniers mois est tumultueuse, au point que les parents de la jeune fille la poussent à porter plainte pour harcèlement téléphonique.

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Il est relaté aussi au cours de l’audience que le prévenu la suivait en véhicule. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 2020, le harcèlement devient violence. 

« J’ai mal agi à cause de la jalousie, j’ai vu rouge »

Le prévenu

 

Le prévenu se rend au domicile de son ancienne compagne, une moto est devant la porte qui témoigne de la présence de son rival, la porte est fermée, il l’enfonce. Sur le canapé se trouve un jeune homme, encore mineur à l’époque. "Il se jette sur lui, il le tabasse" déclare Maître Tabet, l’avocat des parties civiles en visio-conférence. "C’est un jeune mineur qui n’a pas la carrure du prévenu", insiste-t’il.

 « Il a vécu cette cascade de violence, il était juste sur un canapé »

Maître Patrick Tabet

 

Le mineur parvient à s’enfuir et le prévenu gifle la jeune femme. S’en suit une scène d’arrachage de sous-vêtements pour laquelle les versions diffèrent. 

Maître Tabet, qui représente la jeune femme, mais aussi les deux parents du mineur victime, va demander plusieurs milliers d’euros pour le préjudice subi. Des sommes exagérées pour Maître Reardon, l’avocat de la défense, qui insiste sur "l’ambiguïté des circonstances". On évoquera pendant l’audience l’ambivalence de la liaison. Pour le prévenu, l’histoire d’amour n’avait jamais cessé.

Quant au ministère public "il ne s’intéresse pas à l’ambivalence mais est saisi de violences" précise la procureure Isabelle Arnal.

Le prévenu n’a pas pu gérer sa frustration, accepter la liberté d’une jeune femme. Il s’est transformé en furie

Isabelle Arnal, procureure de la République

 

Elle revient aussi sur la peur du jeune mineur, roulé en boule devant son agresseur et requiert deux ans avec sursis probatoire et une obligation de soins. Le délibéré de ces deux affaires sera rendu le 25 mai prochain.

 

Violence sur ascendant

 

Enfin une troisième affaire a été jugée aujourd’hui par le tribunal correctionnel dans un contexte de misère sociale et d’alcoolisme. Un homme jeune était accusé de violences sans incapacité sur sa mère placée sous tutelle. La procureure a qualifié la relation entre la mère et le fils "de toxique et d'aimante". La mère n’a pas voulu porter plainte contre son fils.

Le prévenu a écopé d’une peine de huit mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Il a l’obligation de se faire soigner, l’interdiction de fréquenter des débits de boisson pendant la période de sursis et l’interdiction aussi de rentrer en contact avec sa mère pour une période indéterminée.

Une peine qui a peut-être satisfait l’avocat de la défense, Maître Claireaux, qui souhaite voir son client prendre un nouveau départ. Insistant sur le contexte familial, il a precisé à l’audience "certains ont eu plus de chances que lui".