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Joëlle Ursull "furieuse" après l'hommage de François Hollande à Auschwitz

Le président de la république avait parlé de "plus grand génocide jamais commis" en évoquant la shoah lors des 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz. Joëlle Ursull dénonce une "hiérarchisation des horreurs de l'humanité".

  • Nicolas Ledain
  • Publié le , mis à jour le
Les mots sont forts et les accusations sont graves. Dans une lettre publiée sur le site politiques publiques le 31 janvier, l'artiste guadeloupéenne s'insurge contre les propos de François Hollande lors de la commémoration des 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier. Le président de la république avait déclaré : "La shoah est le plus grand crime, le plus grand génocide jamais commis", l'artiste dénonce une hiérarchisation des souffrances de l'histoire et une incitation à la discrimination.


"Ou vous êtes inculte ou vous faites semblant de l'être"

Dans cette lettre, Joëlle Ursull ne mâche pas ses mots. Dès les premières lignes l'artiste écrit, en parlant de la déclaration de François Hollande, "je suis furieuse d'une telle déclaration. Car ou vous êtes inculte ou vous faites semblant de l'être", la guadeloupéenne justifie ces propos forts en critiquant une volonté de classer les horreurs commises par l'humanité, ce qui engendrerait les discriminations. La guadeloupéenne parle également de différences de traitement entre les différentes communautés : "si vous marchez sur le pied d'un juif c'est un acte antisémite mais le tort fait aux autres (noirs, maghrébins ...) c'est juste du racisme ordinaire". Le reste de cette lettre dénonce le manque d'enseignement de la traite négrière à l'école et de reconnaissance de cette déportation massive du peuple noir "dont la France a une très grande responsabilité".
Joëlle Ursull annonce aussi son regret d'avoir voté pour François Hollande avant de conclure en ciblant George Pau Langevin, Christiane Taubira, Victorin Lurel et Jacques Gillot en critiquant le silence des ministres ultra-marines du gouvernement et des présidents des exécutifs à la suite de cette déclaration. 
"J'entends une phrase qui m'a choquée, offensée. J'espère qu'on a pas élu un président inculte, je pense qu'il assume ses propos ou alors c'est une maladresse. J'ai demandé des excuses mais je n'y crois pas" a déclaré ce matin Joëlle Ursull qui était l'invité de "de vive voix" avec Claude Danican :

Ursull

(Propos recueillis par Claude Danican)

Ce constat de hiérarchisation est aussi jugé "désolant et regrettable" par Serge Romana du CM98 qui a lui aussi choisi le moyen de la lettre ouverte pour s'exprimer. Lettre dans laquelle il invite toutefois Joëlle Ursull à la retenue et à "sortir de (sa) colère" pour se recentrer sur les actions à entreprendre afin d'obtenir une meilleure reconnaissance des crimes de l'esclavage.


Pas de comparaison possible entre esclavage et Shoah

S'il n'y a pas encore eu de réponse de François Hollande à ce courrier, la ministre des outremers George Pau Langevin a réagit hier aux accusations de l'artiste guadeloupéenne. La locataire de la rue Oudinot a tenu à rappeler que l'esclavage, à la différence de la shoah, n'était pas un génocide dans la mesure où il n'y avait pas eu de volonté d'exterminer un peuple. "Je voudrais que Joëlle Ursull et beaucoup d'intellectuels comprennent que dans ce pays, nous avons besoin de vivre ensemble et ce n'est pas en entretenant des haines entre les uns et les autres que nous y arriverons. Si nous ne parvenons pas à vivre ensemble, comme le disait Martin Luther King, nous sommes condamnés à vivre comme des idiots" a déclaré George Pau Langevin, écoutez sa réaction :

Pau Langevin

(Propos recueillis par Tiziana Marone)


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