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Il y a 40 ans, la Soufrière provoquait l'évacuation du Sud Basse-Terre : Saint Claude s'en souvient

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La Soufrière
FJO/G.I.
1976-2016, déjà 40 ans que la Soufrière entrait dans une phase active d'éruption. Un phénomène volcanique qui a provoqué l'évacuation de tout le sud Basse-Terre et accélérer le basculement de l'exportation de la banane vers le Port de Jarry. 40 ans que Saint Claude compte bien marquer.
Un anniversaire qui fait encore parler de lui. Il ne laisse personne insensible; en tout cas, surtout pas ceux qui l'ont vécu et qui l'ont gardé en mémoire.
Certains se souviennent sans peine de ce 8 juillet où, sans crier gare, le volcan vit sa 1ère grande éruption pour ce réveil actif. Les habitants de Saint Claude s'enfuient à pied ou en voiture, pressés de fuir une zone recouverte de cendre. Beaucoup arrivent en courant à Basse-Terre, méconnaissables et le corps maculé de cendre du volcan. 
Déjà les voitures embouteillent le centre-ville du chef lieu. La course au carburant a commencé. Tous veulent s'éloigner de la zone même si ils ne savent pas encore où ils vont.
A vrai dire, cela faisait bien plus d'une année que les tremblements de terre avertisseurs d'une forte activité volcanique se faisaient sentir en permanence. Mais personne ne semblait imaginer qu'on en arriverait là. 
Les autorités se doivent de réagir. Basse-Terre et Saint Claude sont réputés pour les nombreux établissements de santé qui y ont élus domicile. Il faut donc évacuer les malades de tous ces hôpitaux et cliniques.
Des bateaux se succèdent sur le port pour les embarquer et les conduire vers Pointe-à-Pitre. Les derniers à embarquer seront les pensionnaires de ce que l'on appelle encore à l'époque l'asile des fous (Aujourd'hui, le Centre Hospitalier de Montéran). 
D'ailleurs, se sont aussi les derniers bateaux qui viendront accoster sur le port de Basse-Terre. Depuis longtemps, l'Etat avait nourri le projet de transférer le chargement de la banane par le port de Jarry, plus adapté au transport moderne de la banane par les conteneurs, la méthode de palétisation usitée à Basse-Terre étant plus onéreuse et dépassée. L'évacuation de la Région du Sud Basse-Terre fera pencher la balance définitivement.

Seconde évacuation, les 5 mois de non-vie 

Le coup de grâce va être donné le 15 août 1976, lors de la deuxième éruption. Les scientifiques se divisent sur son opportunité. Une polémique où le célèbre vulcanologue de l'époque Aroun Tazief s'oppose à l'un des responsables de l'Institut de Physique du Globe, Claude Allègre. Le 1er estimant l'évacuation de la région inutile, le second la conseillant fermement au gouvernement. C'est lui qui sera suivi.
Les habitants du Sud Basse-Terre, de Vieux-Habitants à Capesterre Belle Eau, doivent chercher refuge ailleurs. Beaucoup vivront pendant 5 mois dans les lieux d'accueils, souvent des écoles. Les établissements scolaires de la Basse Terre sont accueillis par ceux de la Grande Terre et du Nord Basse-Terre et fonctionnent en alternance avec eux. Désormais, les Basse-terriens ne peuvent se rendre chez eux que munis d'une autorisation signée par la préfecture. Dés leur arrivée à Goyave, la route est surveillée par des gendarmes qui leur demande de présenter systématiquement le précieux sésame. Un grand panneau leur rappelle en lettre grasse un message digne des films de science-fiction : " Zone interdite. Vous pénétrez dans cette zone à vos risques et périls"

La fin de l'évacuation, le début du déclin de Basse-Terre

Le 12 décembre, le gouvernement autorise le retour des Basse-Terriens chez eux. Beaucoup ne reviendront pas. Certains garderont pendant longtemps des "pied-à-terre" en Grande Terre, notamment à Grand Camp où les immeubles venaient d'être livrés, en se disant " on ne sait jamais". 
L'économie du Sud Basse-Terre est ruinée. La banane partie, les dockers et tous ceux qui vivaient des activités annexes se retrouvent sans activité. La plupart des établissements de santé ne revient pas. 
Les responsables de cette partie de la Guadeloupe n'ont jamais cessé d'avoir le même objectif depuis 40 ans : Comment relancer Basse-Terre. Un objectif encore d'actualité, 40 ans plus tard.
Saint Claude pour sa part, après un passé de commune bananière et hospitalière, a désormais une vocation universitaire et le volcans continue de faire partie de ses meilleurs atouts.

Voir : 


Voir aussi : 
La soufrière n'a aucun secret pour lui... Il a également formé plusieurs générations pour faire face aux séismes... Christian Anthénor Habazac, vulcanologue émérite connu de par le monde, met un terme à sa carrière mais reste un observateur attentif.... son portrait avec Bergette de saint Jacob Pierre

 

Pour aller plus loin, voir : http://www.ipgp.jussieu.fr/~beaudu/soufriere/forum76.html
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