Affaire Théo : Brother Jimmy réagit

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Brother Jimmy
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L'activiste et présentateur de « B.World Connection » Brother Jimmy s'exprime sur l’affaire "Théo". Il revient également sur sa propre expérience en banlieue. Celui-ci lance un appel à la population guadeloupéenne pour se mobiliser face à ces violences policières.
Il y a quelques jours, Brother Jimmy lançait un appel à la population guadeloupéenne. Dans ce message, il invitait les groupes carnavalesques à prendre position, en affichant clairement leur soutien à Théo. 


Quelle a été votre première réaction en entendant parler de ce drame ?

Honnêtement c’était le choc ! Car cela m’a rappelé de très mauvais souvenirs. Ceci m’a rappelé la période des années 80 à 90, où les jeunes Français noirs et arabes entre 15 et 25 ans vivant en banlieue ont vécu un véritable enfer. J’ai revu toutes les affaires qui ont la même origine comme celle d’Adama Traoré*, l’affaire Zyed et Bouna*. Depuis 30 ans, il y a eu une évolution entre les rapports jeunes-policiers mais dans le négatif.

Cela vous choque-t-il que des gardiens de la paix puissent commettre un tel acte ?

C’est choquant… Tu te lèves le matin dans la peur d’un contrôle dans la journée. Lorsque j’habitais en banlieue, il m’est arrivé de me faire contrôler 3 fois dans la même journée, plusieurs jours de suite. Automatiquement durant les contrôles, il y a palpation, fouilles et déshabillement. C’est très humiliant car ceci se produit publiquement. Quelquefois, on mettait un doigt dans l’anus des jeunes sous prétexte de vérifier si rien n’y était caché.
Lorsque Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur, la police a eu un sentiment d’impunité car c’était "la chasse aux noirs et arabes de la banlieue".  Pour certaines personnes, ce qui arrive est « normal » mais dans le sens «  aux normes du mal ».

Moralement, dans la tête de certaines personnes, cela est le résultat des préjugés que la société a mis en place. Préjugés exploités par le Front National selon Brother Jimmy.
 

Êtes-vous d’accord avec la proposition de l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) sur le caractère « involontaire » de cette blessure ? Que pensez-vous de la ligne de défense des policiers incriminés ? 

NON ! NON ! NON ! Pas dix centimètres de matraque dans l'anus… Pas après avoir baissé son caleçon ! Pas après l’avoir battu et insulté dans la voiture, et ne pas l’avoir emmené à l’hôpital tout de suite après les faits ! C’est un policier dans le commissariat, qui n’a pas participé à l’arrestation, qui a décidé d’emmener Théo à l’hôpital. Les policiers n’ont pas opté pour la manière douce, ils sont arrivés de manière brutale. Or, le médecin légiste dit très clairement dans son rapport qu’il y a « viol ». La chance de Théo, c’est qu’il a un casier vierge.
L’IGPN essaie de se voiler la face, c’est du « corporatisme ». Je rêve d’un policier qui même anonymement dénonce ses collègues. Depuis les attentats, des jeunes rentrent dans la police sans contrôle psychologique. Ces nouveaux arrivants peuvent créer une milice dans la police.

 

Marine Le Pen a déclaré : « Mon principe, c’est d’abord de soutenir les forces de police. Et de gendarmerie ». Etes-vous d’accord avec ces déclarations ? 

Le syndicat des policiers majoritaire est proche du Front National. Il n’y a pas eu de changements de 1986 à 2017. La politique du Front National est basée sur la peur, la peur des noirs, des arabes et  des immigrés. La réaction de Marine Le Pen conforte les policiers dans leurs actes. Cela donne de l’impunité à une minorité qui prend de plus en plus de poids. Marine Le Pen ne peut devenir présidente en France que si elle divise le peuple.

Pensez-vous que  nous vivons dans un monde où le racisme est toujours présent ?

Il y a toujours eu un racisme latent, surtout sur les gens qui habitent en banlieue parce que ce sont les jeunes qui portent des casquettes et qui écoutent du rap. C’est la contre-culture. Les jeunes étaient des cibles pour les policiers.  La parole raciste se libère et devient démocratique.

Pourquoi est-il important de se mobiliser ici aussi ?

On doit se mobiliser ici en Guadeloupe aussi, car nous ne sommes pas si loin de tous ces problèmes. Demain, un jeune Antillais peut aller faire ses études en France et subir ce genre d’actes. On nous a toujours dit que l’on est tous Français, qu’on est égaux donc ceci nous concerne.
Ça nous rappelle les problèmes comme "Charles-Henri Salin" ou "mai 1967". Les affaires sont liées et il ne faut pas négliger ça, on ne doit pas laisser ce genre d’évènements se reproduire.

 

Vous qui êtes proches des jeunes et de certains quartiers dits difficiles, quelles sont les relations de la jeunesse et de la police chez nous ?

Chez nous, c’est différent. Il y a le poids de l’histoire avec la colonisation, l’esclavage. Je pense que les policiers sont briefés pour agir plus en douceur car en Guadeloupe, le moindre débordement avec la population peut partir très vite en conflit mettant en danger la population et les policiers.
 
* Les affaires mentionnées
*Affaire Adama Traoré
Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est un jeune de 24ans, qui suite à une interpellation musclée des forces de l’ordre, le jour de son anniversaire, succombe asphyxié.
L’affaire a suscité de nombreuses réactions et manifestations de soutien à la famille d’Adama Traoré, qui demande aujourd’hui que les gendarmes qu’elle juge responsables de la mort du jeune homme soient poursuivis pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger.

*Affaire Zyed et Bouna
Zyed et Bouna sont deux jeunes garçons âgés de 17 et 15 ans. Le 27 octobre 2005, ils meurent électrocutés dans un transformateur EDF à la suite d’une course poursuite avec des policiers. S’ensuivent des émeutes dans certaines banlieues de l’Hexagone.

*Affaire Charles-Henri Salin
Le 18 novembre 1985 en Guadeloupe, l'adjudant de gendarmerie Michel Maas, tue Charles Henri-Salin, un lycéen de 20 ans. Le fait que le lycéen avait plongé la main dans son cartable, qui ne contentait que des cahiers, suffit à lui asséner 3 balles. Michel Maas, aurait cru en effet que le lycéen s'apprêtait à sortir une arme. Le tribunal parisien le reconnait coupable et l’acquitte pour "un motif légitime".

*Mé 67
Le 26, 27 et 28 mai 1967 en Guadeloupe, la ville de Pointe-à-Pitre subit des répressions venant des forces de l’ordre envoyés par le préfet de l’époque, Pierre Bolotte. Les grèves consécutives à un incident raciste, entrainent la mort de 8 guadeloupéens. Selon certains syndicats, le nombre de morts s’élèverait à 200.
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