SIAEAG : chronique d'une dissolution annoncée... et confirmée

eau potable
Le SIAEAG
©E. Stimpfling
C'est confirmé, le Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et Assainissement de la Guadeloupe devrait bientôt disparaitre. Le SIAEAG fait face à de grosses difficultés financières, à tel point que le paiement des salaires du mois de juillet des 150 salariés est, à ce jour, en suspens.
Philippe Gustin, qui n’est plus préfet de Guadeloupe, a rencontré mardi 14 juillet avant de prendre l'avion, les élus en charge du dossier de l’eau. Une rencontre présentée comme informelle, à laquelle Jean-Claude Pioche, Président du Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et Assainissement de la Guadeloupe, n’avait pas été invité. La dissolution de sa structure, fondée il y a 57 ans, a pourtant constitué l’un des temps forts de la réunion.
 

Deux options ont été présentées

Soit le des deux-tiers des EPCI se prononcent en faveur de la dissolution, une solution peu probable, soit c’est l’Etat qui est une nouvelle fois à la manœuvre avec, cette fois, un Philippe Gustin occupant la fonction de directeur de cabinet de Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer. Dans la forme, cela se traduirait par un décret du Conseil d’Etat qui pourrait être pris durant le mois d’août. La situation du SIAEAG est de fait considérée comme catastrophique.
 

L'opération "fuites d'eau" devrait se poursuivre

Sur le plan opérationnel, c’est la Préfecture qui a pris la main depuis le 24 avril avec l’opération coup de poing. Une opération qui a déjà permis de détecter et réparer plusieurs centaines de fuites d’eau sur l’ensemble du territoire de la Guadeloupe, et singulièrement sur la zone de compétence du SIAEAG. « Une opération appelée à se poursuivre durant les mois prochains, mais avec cette fois le Conseil Régional comme chef de file » indique une source proche du dossier.
 

Une dette de 37,2 M d'€ et des créances de 61,1 M d'€

Sur le plan financier, le SIAEAG traine toujours une dette fournisseurs de 37,2 millions d’euros (source Hélios Trésor Public 1er juin 2020), mais dans le même temps affiche des créances à hauteur de de 61,1 millions d’euros. Pour l’essentiel, des restes à recouvrer provenant de la répartition "actif passif" des communes ayant quitté le syndicat en 2013-2014, soit 31 millions d’euro, auxquels viennent s’ajouter de très grosses factures de vente d’eau en gros. Parmi ces gros débiteurs à plus d'un million d’euros, on trouve Cap Excellence et la CAGSC, les communes de Capesterre Belle-Eau et du Moule et les régies RENOC et Eau d’Excellence. « Des sommes impossibles à recouvrer vu la situation financière des collectivités concernées » indique un fin connaisseur du dossier.
 

Hausse des impayés

Le Siaeag fait également face à une augmentation alarmante des impayés. Selon un document interne (note d’information synthétique sur la situation du syndicat en date du 9 juillet), le taux d’impayés est passé de 38,8% en 2015 à 55,9 % en 2019. Aucun chiffre n’est disponible pour 2020.  Mais la tendance serait à la hausse d’autant que les flux de facturation sont désormais assurés par le Trésor Public depuis le 1er mai. Une facturation défaillante, celle du second trimestre n’ayant toujours pas été réalisée, en raison de difficultés dans « les échanges de fichiers clientèles ».
 

La paie des salariés ne peut être assurée

Conséquence, la trésorerie courante est dans le rouge. « La paie du mois de juillet ne peut être assurée à ce jour sachant qu’il convient également de débloquer à minima des situations sur des fournisseurs pour le fonctionnement prioritaire de base (carburants, véhicules, pièces, produits de traitements…) ainsi que les échéances de remboursements bancaires ». Enfin, dernier point, la mise en place d’un centre d’appel client est annulée « au regard de difficultés soulevées en terme de ressources humaines sur la disponibilité et la motivation des agents ».
 

La dissolution, et après ?

En ce qui concerne les salariés, ils seraient reversés dans les différentes communautés d’agglomération concernées, puisque faut-il le rappeler, ces dernières sont compétentes en matière d’eau et d’assainissement. Reste enfin la question de la fameuse structure unique de l’eau. Une structure à laquelle était opposée la majorité des élus. Mais cela, c’était avant les dernières élections municipales et communautaires. Depuis, des têtes sont tombées et les lignes ont bougé. Affaire à suivre… notamment du côté du Palais Bourbon, où plusieurs parlementaires préparent un proposition de loi sur l’eau en Guadeloupe.

Pour aller plus loin :

Documents concernant la situation du SIAEAG

Communiqué de presse du SIAEAG du 10 juillet : Vote du budget, le SIAEAG revient à l'équilibre


 
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