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Le héros de ce jour, dans ce mois de commémorations qu'est le mois de mai pour la Guadeloupe, est incontestablement le colonel Louis Delgrès. Lui et ses hommes qui, en un tel jour en 1802, ont choisi de mourir s'ils ne pouvaient vivre libres, sur cette terre de Guadeloupe

L e héros de la mémoire collective des Guadeloupéens

Son effigie s'est retrouvée sur un timbre et sa statue trône désormais en plusieurs lieux publics de la Guadeloupe. L'auteur du fameux cri de 1802 a certes trouvé une place symbolique au Panthéon, mais il régnait déjà dans le panthéon des mémoires collectives en Guadeloupe.

Sans toujours trop savoir qui il est vraiment, les Guadeloupéens en ont fait un héros, leurs héros. Avec Ignace, Palerme, Massoteau, Codou, Jacquet et les 200 combattants de 1802, il fait partie de ces résistants à l'oppresseur, ceux que Napoléon avait chargé de rétablir l'esclavage aux Antilles.
Avant l'arrivée de Richepance, Delgrès et ses compagnons qui composent une armée guadeloupéenne qui avait contribué à maintenir la Guadeloupe sous le drapeau français en combattant contre les envahisseurs Anglais, ont un idéal républicain et ne peuvent imaginer que la mère-patrie puisse vouloir rétablir l'esclavage aboli depuis près de huit ans.
Leur déception est à son comble quand ils comprennent la réalité de la mission de Richepance. Chacun ira alors vers son destin. Et ceux qui auront fait le choix de se rendre à Richepance seront exécutés en place publique, pour l'exemple.

Delgrès, un homme, un destin


Rien ne prédestinait ce fils d'un fonctionnaire du Roi et d'une Martiniquaise, né à Saint-Pierre de la Martinique un 02 avril 1766, au destin qui a été le sien. Rien, si ce n'est cet idéal républicain qu'il avait épousé au plus profond de lui-même.
Il avait 13 ans quand la Révolution éclate en France, 18 ans quand lui, né libre, vit la 1ère abolition de l'esclavage. Un élan de liberté qui lui donne envie de se mettre au service d'une telle République et surtout, de la défendre contre tous ceux qui la menacent.
Il le fera contre les Anglais, principaux soutiens des royalistes qui veulent combattre la République et ses principes. Il le fera contre les soldats de Napoléon venus porter atteinte à ce principe de la République : la liberté de tous les hommes et les femmes qui vivent sur les terres de la République. 

L'épopée dramatique


Il n'aura d'ailleurs pas attendu leur arrivée pour être convaincu de leur mission néfaste pour la liberté. Au contraire de son collègue Pélage qui veut croire que Richepance saura entendre et comprendre ces combattants qu'ils sont eux aussi, Delgrès s'organise dès le début du mois. 

Le 6 mai, la décision est prise de tout entreprendre pour résiter face aux émissaires de Napoléon. 
Le 10 mai, il écrit la déclaration que l'on résume aujourd'hui en disant "Vivre libre ou mourir" mais qui  souligne d'abord à propos de Bonaparte et de Richepance qu' "il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l'autorité dont ils émanent , qui ne veulent voir d'hommes noirs, ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'Esclavage" 

Pour Louis Delgrès, les Guadeloupéens doivent comprendre que "puisque le système d'une mort lente dans les cachots continue à être suivi , eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement." 
A l'arrivée des soldats de Richepance, Delgrès et Ignace organisent la résistance au Fort Saint Charles (Fort Delgrès aujourd'hui). Mais, malgré un ralentissement de leur progression, Richepance et ses hommes gagnent du terrain. Et les combattants Guadeloupéens sont poussés dans leurs derniers retranchements, Baimbridge pour Ignace, le Matouba pour Delgrès.
 
Les 300 hommes qui restent autour de lui pèsent peu à côté des 1800 soldats de Richepance. Mais ils sont particulièrement déterminés. Ils donneront du fil à retordre à leurs adversaires. 
Mais Delgrès sait que le combat est perdu. Il propose alors à ses soldats d'aller jusqu'au bout de l'engagement qu'ils avaient pris ensemble " Vivre libre ou mourir"...Ils installent alors des barils de poudre autour d'eux et attendent l'arrivée des soldats français pour les faire exploser afin d'en emporter encore quelques uns avec eux dans la mort.

Ce 28 mai 1802, Louis Delgrès, colonel de l'armée française qui était affecté à la protection de la Guadeloupe et chargé de la défendre face aux grandes puissances occidentales, choisi de se donner la mort plutôt que d'accepter de voir cette population réduite à nouveau en esclavage.
Un acte qui en a fait pour toujours le héros de la Guadeloupe.


 

Proclamation de Louis Delgrès le 10 mai 1802

À l’univers entier

Le dernier cri de l’innocence et du désespoir
C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.
Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne savons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. À ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle... Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.
Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la -Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.
Osons le dire, les maximes de la tyrannie les plus atroces sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage.
Et vous, Premier consul de la république, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut -il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.
Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, - à moins qu’on veuille vous faire le crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, - vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation. La résistance à l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.

Le Commandement de la Basse-Terre

Louis DELGRÈS