Covid-19 : pourquoi les foyers de contamination se multiplient, en milieu professionnel ?

coronavirus
Distanciation Covid
©Nadine Fadel

Relâchement dans le nettoyage des locaux ou le respect des gestes barrière, rejet de l'option télétravail, cas contact maintenus sur les lieux... nombreuses sont les raisons de la multiplication des clusters de Covid-19, au sein des entreprises, services publics et collectivités de Guadeloupe.

Les autorités les évoquaient, mardi dernier : plusieurs clusters de coronavirus sont à déplorer, dans l'archipel. Valérie Denux, directrice de l'Agence régionale de santé (ARS) parlait notamment, ce 02 mars 2021, de cinq foyers de contamination, en milieu professionnel, où 60 personnes ont été diagnostiquées positives à la Covid-19.

Cela avait aussi été le cas, ces dernières semaines, au Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe (CHUG), à la Gendarmerie de Baie-Mahault, à la Police aux Frontières, pour ne citer que les plus connus.

Une situation qui évolue très rapidement.

De nouveaux clusters en entreprises

Il est encore question, aujourd'hui, d'entreprises, au sein desquelles plusieurs cas ont été détectés.
Le Crédit Agricole est l'une d'elles. Les employés de plusieurs sites de la banque ont contracté le virus. Les agences concernées ont dû être fermées. Alors que le personnel d'ores et déjà touché devra s'isoler, les cas contacts seront soumis aux tests de rigueur, en pareil cas.
Idem, au tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre, où plusieurs fonctionnaires ont été testés positifs à la Covid-19.

Pourquoi tant de chaînes de contaminations en milieu professionnel ?

Les foyers de contamination à la Covid-19 ont surgi comme des boutons de fièvre et ont piégé des dizaines de salariés.

Le sujet est sensible.

Les employeurs concernés refusent généralement de l'évoquer ouvertement. Et, s'il suscite des réactions, côté salariés, ceux-ci préfèrent s'exprimer à visage caché, par crainte des représailles.
Parfois, de part et d'autre, on se renvoie la responsabilité :

Tout au début, il y avait des femmes de ménage qui passaient, pour le nettoyage systématique du sol, des portes et consort... Ça n'est plus fait depuis longtemps ! Maintenant, on veut nous culpabiliser, en disant que c'est dans notre milieu familial ou personnel et qu'on ramène le virus. Alors que, fondamentalement, hormis le fait qu'il y ait un nettoyage fait le matin, par les femmes de ménages, et que nous portions le masque, il n'y a aucune mesure de prise !

Béatrice*, employée de bureau 

La faute donc, peut-être, au relâchement dans le respect des gestes barrière, au quotidien, au sein de ces structures.
Autre cause possible de ces clusters : le nettoyage des locaux, de fond en comble et plusieurs fois par jour, fait partie des consignes que certaines enseignes ne parviennent pas à respecter, jour après jour.

Par ailleurs, certains dirigeants d'entreprises, de collectivités ou de services publics, sont réfractaires au télétravail et tiennent à ce que leurs effectifs soient au complet :

Normalement, quand un cas est positif, il faut que tous les cas contacts soient mis en isolement. Chose qui n'est pas faite systématiquement (...).

C'est parce que les cas contacts n'ont pas été mis en isolement, qu'il y a eu d'autres cas. Donc on est passés d'un cas à quatre, en deux jours.

Je pense que l'employeur sait pertinemment que l'effectif du lieu est de "tant", donc, il doit inciter, quand même, les collègues à faire leur test et contacter l'ARS. Chose qui n'est pas faite (...).

Le télétravail, pourtant, est parfaitement possible, chez nous, à minima 2 ou 3 jours, dans la semaine, voire 5 jours sur 5 pour certaines activités. La direction reste arc-boutée parce que, pendant toute la période de confinement, il y a eu quelques personnes qui ne se sont pas connectées.

Béatrice*, employée de bureau 

Autre cas de figure : quand les contaminations sont décelées au sein de services clés (sécurité, santé, secours...), qui ne peuvent faire l'économie d'une partie de leurs personnels, les règles visant à faire barrage à l'épidémie, sont difficiles à respecter. Dans ce cas, les attestations d’isolement ne sont délivrées aux salariés que lorsqu'ils sont effectivement testés négatifs. C'est une exception prévue par la règlementation... mais qui pourrait expliquer certains clusters.  

J'ai eu l'occasion d'effectuer un travail avec un collègue, en portant nos masques. Et il a été diagnostiqué positif, quelques temps après.

Je pense que j'ai contracté la maladie en le côtoyant.

D'abord, en tant que cas contact, j'ai fait un test le lendemain de son diagnostic. Celui-ci s'est avéré négatif. Du coup, j'ai continué à aller travailler.

Sept jours plus tard, on m'a demandé de refaire un test qui, lui, a été positif. C'est là qu'on m'a arrêtée. J'ai donc continué à travailler, en tant que cas contact.

Je pense que c'est une mauvaise idée de laisser les cas contacts, dans le milieu professionnel... pour ma santé et la santé des autres. Mais, en même temps, si on les retirait tous, il n'y aurait plus de personnel... Donc, c'est à double tranchant.

Nathalie*, salariée dans un établissement de santé

A double tranchant... preuve, une nouvelle fois, que cette maladie ne nous laisse que peu de marge de manœuvre et que les décisions prises, dans un sens ou dans l'autre, sont toujours lourde de conséquences.

 

*Nous avons changé les noms des témoins.

Les Outre-mer en continu
Accéder au live