Crise sociale en Martinique : confusion et amplification de la grogne

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Carcasse calcinée de voiture, à Mahault au Lamentin, en Martinique
Carcasse calcinée de voiture, à Mahault au Lamentin, en Martinique ©Martinique La 1ère
La situation est confuse, en Martinique, après la demande, hier soir, de levée des barrages par l'intersyndicale, l'annonce de négociations avec l'Etat et les échanges musclés de la nuit entre manifestants et policiers, à Fort-de-France. Les syndicats auraient-ils perdu la maîtrisent de la grève ?

L'intersyndicale, à l'origine de l'appel à la mobilisation générale, en Martinique, a tenu une assemblée générale, dans la matinée de ce mercredi 24 novembre 2021.
Le leader, Bertrand Cambusy, également secrétaire général de la CSTM, a été contesté : la décision de lever les barrages, annoncée hier soir, par les six représentants des syndicats n'a pas été comprise, ni admise, par nombre des personnes mobilisées.

Leur intention a été mal comprise, ont-ils précisé. L'arrêt des blocages n'étaient préconisé que "pour la nuit", selon le son de cloche exprimé aujourd'hui.
Pourtant hier, il était bel et bien question de débloquer l'île, pour éviter tout nouveau débordement, après des violences tout au long de la journée de mardi.

Au final, choix a été fait de maintenir les points de blocage du territoire, voire de les renforcer, en attendant l'ouverture des négociations, avec l'Etat et la Collectivité territoriale de la Martinique, notamment.

Mais loin de l'apaisement, la situation a été explosive, dans l'île, durant la nuit dernière, les tenanciers des barrages étant bien décidés à maintenir leurs positions.

Nuit agitée

Au Lamentin, dans les quartiers de Mahault ou de Carrère, pas l'ombre d'un représentant syndical. Des groupes d'individus sont installés dans les ronds-points et y ont incendié des voitures et érigé des barricades de branchages. Ce, au nom des "citoyens".
Maintenant que la goutte d'eau a débordé, ils n'entendent pas quitter les lieux et, encore moins répondre aux injonctions du préfet de lever les barrages.
Ils laissent s'exprimer leur colère.

Une fois encore, des coups de feu ont été tirés.

Le point avec Cyriaque Sommier de Martinique La 1ère :

Cyriaque Sommier ©Martinique La 1ère

Comme lundi soir, il y a aussi eu des échanges musclés, durant la nuit de mardi à mercredi, entre manifestants et policiers, dans le quartier populaire de Sainte-Thérèse, à Fort-de-France.

Corinne Jean-Joseph était à Sainte-Thérèse :

Corinne Jean-Joseph ©Martinique La 1ère

 

Une grande partie de l'île paralysée

Depuis lundi matin, le réseau routier est fortement perturbé, avec des barrages bloquant les principaux axes routiers, notamment aux abords des grands secteurs d'activité du Lamentin, situé au centre de la Martinique, au Sud de Fort-de-France.

Les réseaux de transports en commun étaient totalement à l'arrêt, mardi, mais les personnels soignants et les forces de l'ordre ont malgré tout pu franchir quelques barrages, a constaté une journaliste de l'AFP.

Ces blocages ont également contraint le rectorat à fermer plus de la moitié des établissements scolaires. "Les écoles sont fortement impactées par le mouvement social des agents municipaux. Les établissements scolaires du 2nd degré subissent les blocages des axes routiers", indique dans un communiqué de presse le rectorat de Martinique. À la mi-journée, 52% des écoles du premier degré et 61% des établissements du second degré étaient fermés. 

Le Parquet mobilisé 

Le parquet de Fort-de-France a ouvert une enquête, mardi 23 novembre, après que des forces de l'ordre et des pompiers ont été la cible de tirs par armes à feu, la veille, à Sainte-Thérèse.
Si ces attaques n'ont fait aucun blessé, plusieurs impacts de balles ont été constatés, sur les véhicules des forces de sécurité, selon des sources policières.
"Le parquet de Fort-de-France confirme que des tirs par arme à feu ont pris pour cible les forces de sécurité, à Fort-de-France, dans la nuit du 22 au 23 novembre 2021", indique Clarisse Taron, la procureure de la République, dans un communiqué. "Une procédure pour tentative de meurtre, sur personnes dépositaires de l'autorité publique, a été ouverte et les investigations sont confiées à la police judiciaire", précise le parquet.

"Les événements de la nuit n'incombent pas à l'intersyndicale, car l'intersyndicale a cessé tous ses mouvements et chacun est rentré chez soi dès 19h, hier soir", a indiqué à l'AFP Bertrand Cambusy, secrétaire général de la CSTM, à l'origine du mouvement social qui secoue depuis trois jours la Martinique.

Ces violences se sont produites en marge de l'appel à la grève générale, qui a débuté lundi en Martinique, pour dénoncer, comme en Guadeloupe, l'obligation vaccinale et les suspensions de soignants, mais aussi le coût de la vie et les prix des carburants. Derrière cette mobilisation, 17 syndicats qui ont signé un préavis, le 15 novembre dernier, en provenance de tous les secteurs économiques de l'île.