Le non des maires, l'opposition des syndicats, la circonspection des parents, la philosophie d'Emmanuel Macron : 24 heures dans la vie d'un pays confiné

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Le chef de l'Etat Emmanuel Macron
Le chef de l'Etat Emmanuel Macron en visite dans une école élémentaire de Poissy (Yvelines), le 5 mai 2020. ©(IAN LANGSDON / AFP)
29 maires ne rouvriront pas les écoles le 11 mai. Ils l'ont annoncé lors de la CTAP. Etaient également conviés syndicats des enseignants et représentants des parents d'élèves. Les élus ont adopté une motion en prenant acte, à l'unanimité. Ils n'y seront pas contraints, selon Emmanuel Macron
 
Emmanuel Macron ne contraindra pas les collectivités qui ont décidé de pas rouvrir le 11 mai, a t-il déclaré ce matin, lors de la visite d'une école de Poissy, dans les Yvelines, en Île de France. La philosophie n'est pas celle-là a répondu le chef de l'Etat.
 
Hier, au bout de 4 heures de discussions, les élus ont abouti à une motion votée à l'unanimité. Motion selon laquelle la Conférence territoriale de l'action publique prend acte de l'opposition de 29 maires, de la présidente du Département, du président de la région, à la réouverture des écoles le 11 mai (...à) tout en prenant en compte la volonté de certaines collectivités qui seraient prêtes pour une rentrée avancée.
Au regard du protocole sanitaire, les maires se sont posés une question : Les conditions de sécurité sanitaire sont-elle réunies afin d'accueillir les élèves, personnels et enseignants? Leur réponse est non.
Ecoutez Ary Chalus, le président du Conseil régional. Il est interrogé par Pascal Pétrine.
 

Pas d'eau, des moyens insuffisants et un protocole sanitaire d'une trop grande complexité

Les élus ont pris connaissance du protocole sanitaire publié par le ministère de l'Education nationale, un document de 63 pages grâce auquel le gouvernement, n’ayant passé pas suivi les recommandations du conseil scientifique pour une rentrée en septembre, espère minimiser les risques. Selon ce document, "il revient aux collectivités territoriales et directeurs d’organiser la reprise dans le respect de mesures sanitaires et d’en vérifier son applicabilité avant l’accueil des élèves". Les élus ont alors considéré que les modalités d'accueil étaient d'une trop grande complexité et difficilement applicables par les collectivités.
 

Protocole sanitaire pour la réouverture des écoles élémentaires et maternelles

Protocole sanitaire pour la réouverture des collèges et lycées


Ils ont également évoqué le manque de matériel de protection et le coût que généreront les approvisionnements supplémentaires, ce malgré l'annonce par Emmanuel Macron de la prise en charge de 50% du coût par l'Etat pour les collectivités qui le demanderont. Des conditions sanitaires d'autant plus difficiles à remplir que les établissements scolaires sont confrontées à des ruptures d'approvisionnement en eau.

Ecoutez Claudine Bajazet, maire de la commune de Sainte-Rose. Elle répond à Sophie Vingadassalom
Claudine Bajazet, maire de Sainte-Rose.

Claudine Bajazet, maire de Sainte-Rose


Les élus ajoutent que l'épidémie est toujours en phase active et qu'une réouverture immédiate pourrait favoriser la survenance d'une nouvelle vague de contamination. Et surtout qu'en cas de décès d'un enfant suite au Covid 19, leur responsabilité pénale est engagée. Ce que reconnaît le préfet Philippe Gustin. Il respectera les décisions des collectivités.

 

Les syndicats d'enseignants majoritairement opposés à la réouverture le 11 mai

Dans un communiqué commun, plusieurs organisations syndicales (la CGT, FSU, FO, UNSA Education, Sud EducationSnalc de l'école au supérieur et Sgen CFDT) déclarent, ce matin
nos organisations syndicales ne peuvent que constater, à ce jour, que la date d’ouverture de l’École et l’organisation de la reprise sont précipitées. La reprise scolaire envisagée par le gouvernement repose sur le volontariat des familles ce qui contrevient aux objectifs du système scolaire. (...) Les annonces du Premier ministre d’une reprise avec un cadre insuffisamment préparé mettent les personnels en difficulté et insécurité et font peser sur les acteurs locaux une responsabilité qui n’est pas la leur.

Selon ces organisations syndicales,

les réalités matérielles existantes le nombre d’adultes effectivement présents (enseignants, AESH et ATSEM) et les équipements de protection réellement disponibles font que les conditions sanitaires d’une réouverture des écoles n’ont pas été apportées par le gouvernement pour une reprise à partir du 11 mai.

Elles demandent au Président de la République de renoncer à l'imposer et ajoutent qu'elles s'opposeront à toute tentative de pression sur les personnels.

La préservation de la santé des élèves et des personnels doit être une garantie indispensable à la reprise des cours, pour ces organisations syndicales.

Même tonalité pour le SPEG, pour qui, à ce jour, trop d’incertitudes subsistent.

Le SPEG reste « véyatif » et disponible à toute volonté organisationnelle de réouverture des établissements scolaires mais dans le strict respect des protocoles sanitaires pour garantir les conditions de santé et de sécurité de tous les élèves et personnels.


Le Syndicat des personnels de l'Education en Guadeloupe est satisfait de cette motion mais regrette l'absence d’organisations syndicales représentant les ATEC et ATSEM lors de cette CTAP sans qui, aucune prévision d’ouverture des établissements scolaires n’est possible.
 

La santé des élèves et des personnels, une priorité pour les représentants des parents d'élèves


La FAPEG a pris acte de la décision des élus réunis en CTAP. Il faut que les conditions de sécurité sanitaire soient réunies selon la Fédération des parents d'élèves de Guadeloupe.

Concernant les communes qui ont décidé de rouvrir nous serons très vigilants sur cette question. Michel Gédéon, président de la FAPEG

Dans les autres communes, La FAPEG dit espérer qu'il y aura une préparation et que pour le mois de septembre, les écoles seront prêtes à accueillir les élèves, "si rentrée, il y a en septembre."

Pour l'APEL, l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre (enseignement privé), tout en respectant le libre choix des parents, cette réouverture ne pourra se faire que si les conditions de sécurité sanitaires prévues par le protocole sanitaire sont strictement respectées. Elle rappelle que beaucoup d'établissements scolaires n'ont pas d'eau.

Lucia Bois, APEL, Académie Guadeloupe

Trois maires sont en capacité de rouvrir le 11 mai

Trois maires ont décidé de rouvrir les écoles. Parmi eux, Petit-Bourg et Le Moule, qui accueillent déjà des élèves des personnels mobilisés. Pour Guy Losbar, les élèves décrocheurs doivent reprendre le chemin de l'école. Pour Gabrielle Louis Carabin, cette reprise sera très progressive et dans les écoles où les conditions pourront être respectées. Celles qui n'ont pas d'eau ne rouvriront pas. Le maire de la Désirade rouvrira si l'eau revient dans les robinets d'ici le 11 mai.

Pour les écoles qui rouvriront, le recteur, Mostafa Fourar, conscient des problèmes posés par la cantine scolaire, a proposé que les écoles ne soient ouvertes que le matin.
 
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