La compagnie Costa Croisières visée par une information judiciaire pour sa gestion de la crise Covid

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Costa magica

Une information judiciaire a été ouverte à Paris après les plaintes de passagers d'un navire de Costa Croisières, refoulé en mars 2020 des ports des Caraïbes à cause de la Covid-19. Trois croisiéristes sont morts par la suite, a-t-on appris de sources judiciaires et proches du dossier.

L'enquête, confiée à des juges d'instruction du tribunal de Paris, a été ouverte contre X, le 19 février, des chefs de "tromperie aggravée", "blessures et homicides involontaires", "non assistance à personne en péril" et "mise en danger de la vie d'autrui", ont indiqué ces sources à l'AFP. Elle fait suite aux plaintes déposées en juillet et août, par des centaines de passagers français embarqués sur ce navire de Costa Croisières, la marque du numéro un mondial du secteur, Carnival.


Dans ces plaintes, dont celles des familles de trois passagers décédés de la Covid-19 selon leur avocat, la compagnie se voit reprocher sa gestion de la crise sur ce bateau où plusieurs cas s'étaient déclarés.

Les plaignants dénoncent des moyens "extrêmement légers" mis en place par la compagnie


Du 6 au 13 mars 2020, dans une boucle au départ de la Guadeloupe, le Costa Magica et ses 2 303 passagers s'étaient vu refuser d'accoster dans la plupart des îles visitées - Trinidad et Tobago, Grenade, La Barbade, Sainte-Lucie - en raison de la pandémie. Faute d'escale, l'équipage avait encouragé les passagers à se reporter sur les activités à bord (magasins, spa, restaurants, casino, etc.) sans respect suffisant des règles sanitaires et sans les informer des soupçons de contaminations à bord, selon les plaignants.


Lors de la révélation des plaintes, la compagnie avait répondu s'être "rigoureusement conformée aux dispositions en vigueur" de l'époque, aux débuts de la pandémie.

"Considérant qu'à cette époque la situation évoluait rapidement, l'équipe médicale du navire a agi sur la base des informations scientifiques disponibles et dans le respect absolu des consignes des autorités sanitaires et en coordination permanente avec elles"

avait plaidé Costa Croisières dans un communiqué.


Les membres du personnel à bord "ont été défaillants, les passagers n'avaient quasiment plus aucune information à bord et n'ont su que par la presse locale qu'il y avait des cas sur le navire", avait dénoncé cet été leur avocat Me Philippe Courtois, qui affirme représenter quelque 850 passagers français.
 

"L'ensemble des victimes veulent savoir comment cette croisière a pu être maintenue alors que le navire avait déjà été refusé dans plusieurs ports la semaine précédente"

 ajoute-t-il, fustigeant les moyens "extrêmement légers" mis en place selon lui par la compagnie : prises de température très aléatoires, gel hydroalcoolique en quantité insuffisante, etc. Costa Croisières avait brièvement repris en septembre les croisières après cinq mois d'interruption, avant de les suspendre de nouveau.
 

L’affaire Costa Croisières en dates

 

  • Les autorités placent temporairement le navire de croisière Costa Magica en quarantaine le 12 mars à 3 milles marins des côtes, à l'entrée de la baie de Fort-de-France avec les 2 303 passagers et les quelque 1 000 membres d’équipage à bord.
  • Le 13 mars, le paquebot arrive au terminal des Tourelles, à Fort-de-France. Seuls les 380 passagers martiniquais sont autorisés à débarquer après avoir été soumis à des contrôles médicaux. Dans la soirée, le paquebot arrive en Guadeloupe.
  • Le Costa Favolosa, quant à lui, fait escale une première fois à Pointe-à-Pitre le 15 mars, avec 2 204 passagers à bord. Deux personnes ont été détectés positives à la Covid-19 lors de son escale précédente en Martinique.
  • Le 19 mars, le navire effectue en Guadeloupe sa troisième et ultime escale.

La majorité des cas avérés aux Antilles a pour origine une croisière à bord des Costa Magica et Costa Favolosa, selon les données publiées par l’Agence régionale de santé. Depuis le 13 mars, tous les navires de croisières transportant plus de 100 passagers ne sont plus autorisés à faire escale ou à mouiller dans les eaux des territoires et régions d’outre-mer, ainsi que de Saint-Barthélémy, Saint-Martin et de Saint-Pierre et Miquelon.