Début ce lundi du procès des meurtriers présumés de Dimitri Zami dit "Zempache"

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Dimitri Zami dit Zempache
Dimitri Zami dit Zempache ©RS
Ce lundi, 3 octobre 2022 s’ouvre une affaire qui a bouleversé la Guadeloupe : le meurtre de Dimitri Zami dit Zempache, le 31 mars 2019 à son domicile de Labouaye au Gosier. Un vol de scooter qui avait mal tourné. Un homicide qui avait provoqué la colère et l'émotion.

Trois hommes se retrouvent dans le box des accusés depuis ce lundi matin. Un quatrième, mineur a été jugé en correctionnel il y a quelques mois.

Une sombre affaire mettant en avant une vieille querelle. Un des accusés, pour se venger, va recruter 3 hommes de main. Ils vont attendre la nuit et le retour de Zempache à son domicile pour le voler et en profiter pour voler des bijoux. Lors de l'opération, Dimitri Zami est tué. Un dossier qui sera examiné tout au long de cette semaine à la cour d’Assises.

La version de la compagne de Zempache

Très choquée après les faits, la compagne de Zempache avait tout de même pu raconter aux enquêteurs la terrible soirée. 

C'est elle qui avait la porte aux meurtriers présumés, après avoir entendu frapper à la porte de leur chambre donnant sur la terrasse. Une voix se présentant comme "Willy", du nom du frère se son compagnon, se fait alors entendre. C'est donc confiante que Wendy ouvre. Trois individus armés font irruption dans la pièce en l'aspergeant de gaz lacrymogène. Aveuglée, elle tente de s'enfuir et de prévenir Dimitri pour qu'il se sauve. Elle entend alors une détonation et voit, impuissante, son compagnon s'effondrer. 

L'un des agresseurs lui réclame alors les clés du deux-roues, un TMax. Il lui demande de le conduire au à l'endroit où se trouvent les clés du véhicule. C'est sur le chemin qu'elle voit son compagnon à terre. 

Malgré le choc, elle interpelle le tireur alors qu'il tente d'arracher la chaîne en or de Dimitri. Elle lui demande d'arrêter et retirer l'objet du cou du père de son fils avant de la lui remettre. Elle enjoint ensuite ces hommes à prendre tout ce qu'ils souhaitent et de "les laisser tranquilles". 

Gisant à terre, Zempache ne parle pas mais est encore conscient. 

Les individus lui réclament à nouveau le TMax. Elle leur indique qu'il est dans le garage. Ils sortent en emportant la sacoche de Dimitri Zami. 

Wendy se rue dans la chambre de son fils de 5 ans, pour vérifier qu'il est toujours endormi. Puis tente de joindre plusieurs personnes. En vain... Elle finit par sortir de la maison pour appeler à l'aide. 

Une voisine, au volant d'une voiture, indiquera avoir été menacée, arme au poing, alors que sa fille se trouvait dans le véhicule. 

Une arme utilisée dans une autre affaire de tentative de meurtre... la veille... 

L'un des accusés est mis en examen pour des faits criminels où la même arme avait été utilisée. Ainsi, un rapprochement avec un autre dossier instruit dans lequel l'adolescent de 16 ans, au moment des faits, avait été mis en examen en qualité d'auteur d'une tentative de meurtre commise le 30 mars 2019, à Pointe-à-Pitre.

Des versions qui diffèrent

  • Version de R. J. le commanditaire présumé

Quatre jours après le meurtre, R. J. (29 ans au moment des faits) se livrait à la police, se sachant recherché par les forces de l'ordre et l'entourage de la victime. Il se serait constitué prisonnier "par peur d'être tué". 

Placé en garde à vue, lors de son audition, il indiquait avoir voulu "récupérer le scooter TMax de Dimitri Zami avec lequel il avait eu des problèmes". 

Il aurait également précisé être celui qui avait frappé à la porte, gazé Wendy, la compagne de Zempache. Aux enquêteurs, il racontera ensuite avoir vu Dimitri Zami courir dans la maison et avoir pensé qu'il était parti chercher une arme. Il aurait alors entendu une détonation. 

Il aurait aperçu la victime, "allongé au sol", en sortant de la maison. 

R. J. a affirmé que l'auteur du coup de feu était l'un des co-accusés, l'un des mineurs. 

Lors de sa cinquième audition, il a expliqué qu'il aurait, dans le passé, volé un scooter TMax à la demande de Dimitri Zami. N'ayant pas perçu de commission, il "avait décidé de se payer lui-même". 

Il racontait également que Zempache l'aurait "tabassé au carnaval avec ses amis devant sa fille de 7 ans". Des faits qui auraient "justifié sa colère" et déclenché son désir de vengeance. 

  • Version du mineur de 16 ans (au moment des faits)

Interpellé et placé en garde le 5 avril 2019, l'un des co-accusés, 16 ans au moment des faits, tireur présumé, révélait avoir paniqué. D'où le tir. R. J. lui aurait dit que Zempache pouvait être armé et de tirer "s'il se passait quelque chose". 
Il accuse également R. J. d'avoir introduit une cartouche dans l'arme qu'il s'était procuré. 

Dix jours après, il changeait sa version. Dans un écrit au juge d'instruction, il affirmait ne pas être le tireur, accusait R. J. qui lui aurait demandé de mentir "sous menace de représailles envers lui-même et sa famille". 
Selon lui, R. J. lui aurait dit qu'étant mineur, il aurait une peine moins lourde et que s'il ne se dénonçait pas, il connaîtrait le même sort que Zempache. 

  • Version du mineur de 14 ans (au moment des faits)

Un autre co-accusé, également mineur au moment des faits (14 ans en mars 2019), corrobore cette version et affirme également que R.J. est l'auteur du coup de feu mortel, lors de sa première audition. Version qui changera lors de la seconde. Il accuse alors l'autre mineur impliqué. Il voulait "faire payer" à R. J. toute l'histoire qu'il appelle une "bêtise". 

  • Version du dernier accusé

Le dernier homme, K. H., (20 ans au moment des faits) déféré devant le procureur de la République le 29 avril 2019, en comparution immédiate, avait expliqué aux enquêteurs, lors de sa première audition être resté dans le véhicule, dans l'attente de la fuite. Il n'aurait pas entendu de détonation. Mais aurait vu R. J. revenir au véhicule, arme à la main. Ce dernier lui aurait dit, en créole : "J'étais obligé de donner au gars une balle". 

Au cours de sa seconde audition, il affirmait que le mineur suspecté du coup de feu lui aurait avoué être celui qui avait tiré. 

Une requalification des faits

Au regard des éléments et principalement de l'absence d'intention homicide initiale de la part de R. J., des circonstances entourant le tir (possibilité d'affirmer avec certitude qui est l'auteur du tir mortel) et d'autres éléments, les faits commis ont été requalifiés en faits de vol accompagné de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. 

R. J. et l'autre mineur impliqué (de 16 ans au moment des faits) ont été mis en accusation devant la cour d'assises des chefs de :

  • vol précédé, accompagné ou suivi de violence ayant entrainé la mort de Dimitri Zami
  • vol avec arme
  • violence avec arme au préjudice de sa compagne

K. H. a lui été mis en accusation des chefs de :

  • complicité de vol précédé, accompagné ou suivi de violences ayant entraîné la mort de Dimitri Zami
  • complicité de vol avec arme au préjudice de sa compagne.

Le mineur, âgé de 14 ans au moment des faits, n'a pas été jugé à huis clos comme prévu au départ, la présidente du tribunal pour enfants ayant accédé à la demande de l'une des avocates des co-accusés. Il a finalement écopé d’une peine de 6 ans d’emprisonnement.

Le procès va durer toute la semaine. 

Emotion populaire

Le cortège qui avait accompagné Dimitri Zami à sa dernière demeure, à Capesterre Belle-Eau, le 9 avril 2019, était impressionnant. 
Un millier de motards avait accompagné le corbillard qui ouvrait le cortège, suivi de voitures. Des amis de Zempache, du département, mais également de la Martinique. 

Des milliers de Guadeloupéens étaient également sur le bord des routes, sur les ponts où passaient le cortège.