Retour à l'école : erreurs langagières et manque d'écoute des enfants

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Ecolière (ne pas réutiliser)
©Nadine FADEL
Rouvrir les écoles se justifie, selon les décideurs, par la nécessité d'avancer dans les programmes et de lutter contre le "décrochage". Une promesse intenable et un vocabulaire mal employé, s'insurge une psychologue de l'Education nationale qui appelle, par ailleurs, à donner la parole aux enfants.
Alors que la France se prépare, au pas de course, au déconfinement, les enfants semblent être la clé qui dénouera le problème. 
En les renvoyant sur les bancs des écoles, les parents seront libres de retourner à leur poste de travail et l'économie sera relancée.

Mais les écoliers pourront-ils travailler pour autant ?
Et, en faisant ces calculs, a-t-on penser à demander leur avis aux principaux intéressés ?
Les plus jeunes méritent que l'on écoute ce qu'ils ont à dire.
A nous, adultes (parents, éducateurs, décisionnaires) d'instaurer un cadre adapté, pour leur permettre d'exprimer leurs émotions, leur avis, y compris leurs souhaits.
 

Les élèves "décrocheurs" ne sont pas ceux que l'on croit


Le retour à l'école, dès le 11 mai 2020, dans le cadre du déconfinement progressif, est justifié par plusieurs acteurs, dont le Ministre de l'Education nationale et des recteurs d'Académie, par la nécessité de lutter contre le "décrochage scolaire" et, donc, de permettre aux élèves "décrocheurs" de renouer avec la scolarité.

"Prétexte !", s'insurge Manick SIAR-TITECA.
La psychologue de l'Education Nationale et représentante "SE-UNSA Education" dénonce un amalgame et l'usage d'un mot devenu "fourre-tout".

Un élève décrocheur n’est pas un enfant qui est obligatoirement en difficulté.

©Guadeloupe La 1ère


Revenir à l'école en mai ne signifiera pas reprendre le travail


La promesse de faire revenir les enfants à l'école pour "travailler" n'est pas réaliste de l'avis de la psychologue scolaire.
Selon Manick SIAR-TITECA, il faut laisser le temps aux enfants (mais aussi aux enseignants) de digérer les deux mois de confinement.

Rouvrir les écoles le lundi 11 mai, ne se traduira pas par le fait de reprendre les cours où ils s'étaient arrêtés le 13 mars.


Avant d'ouvrir le moindre cahier, il faudra passer par une importante phase d'explication, d'échange et d'écoute, exactement comme cela se fait au sein d'une cellule d'écoute ou de crise, après une catastrophe naturelle par exemple.
Or tous les enseignants ne sont pas armés pour faire face à ce besoin des enfants.
©Guadeloupe La 1ère

Après deux mois de confinement anxiogène, où les enfants ont subi des contraintes fortes, ont été privés d'interactions sociales et de se dépenser à volonté... leur retour à l'école se traduira par l'obligation de respecter tout autant d'exigences, dans le respect des règles sanitaires, alors que le virus est en circulation.
 

La nécessité de prendre en compte le ressenti des enfants


Manick SIAR-TITECA, psychologue de l'Education Nationale et représentante "SE-UNSA Education" lance un appel aux décideurs :

Nous pensons qu’il y a des aspects psychologiques, qui relèvent des émotions, de l’affect sur lesquels vous ne prenez pas suffisamment de recul quant à leur impact pendant la période de confinement et de déconfinement.


Pour permettre aux enfants d'extérioriser leurs émotions, il faudrait, selon la thérapeute, ouvrir, en même temps que les écoles, les associations sportives, culturelles et artistiques. Mais les conditions d'accueils et sanitaires le permettent-elles ?

Puisque les impératifs des adultes sont très éloignés de ceux des plus jeunes, il est préconisé d'interroger ces derniers :
  • Est ce que tu veux revenir à l’école, ou pas ?
  • Qu’est-ce que tu voudrais pouvoir faire ou trouver quand tu reviens à l’école ?
  • As-tu compris que ce ne sera pas comme avant ?

A Manick SIAR-TITECA de conclure :

C’est en prenant en compte l’ensemble de ses éléments que nous pourrons envisager une reprise, parce qu’il s’agit de réfléchir à comment accompagner ces enfants autrement, sans perdre en efficacité. C’est parce que nous aurons pris le temps d’échanger entre professionnels, entre acteurs de l’éducation nationale et de milieu associatif que nous saurons comment aborder une reprise.