Un bébé tué, sa mère blessée après des tirs de garde-côtes trinidadiens sur un bateau de migrants

océan atlantique
Bateau garde-côtes Trinidad & Tobago
©Bahnfrend
Un bébé d'un an est décédé samedi 5 février, dans les bras de sa mère lors d'une opération d'interception d'un bateau transportant des migrants clandestins par les garde-côtes de Trinidad-et-Tobago qui ont reconnu avoir tiré sur l'embarcation, dans un communiqué diffusé dimanche.

Selon ce texte, le TTS Scarborough, un bateau des gardes-côtes, a tenté d'intercepter une embarcation qui était entrée illégalement dans les eaux territoriales en provenance du Venezuela "samedi peu avant minuit". 

Des tirs dans le moteur pour stopper le bateau

Malgré des tirs de sommation en l'air et des avertissements au haut-parleur, "le bateau a continué à vouloir s'échapper" puis a "poursuivi ses manoeuvres agressives (...) tentant d'emboutir" le Scarborough , selon le texte.
"Les agents ont craint pour leur vie et, en légitime défense, ils ont tiré dans les moteurs pour tenter de stopper le bateau", de même source.  

Les gardes-côtes disent avoir découvert la présence de migrants illégaux une fois à bord. "Une femme qui tenait un bébé a indiqué qu'elle saignait (...) Elle a été transférée vers un centre médical. Malheureusement, le bébé ne répondait plus", de même source. 

"Les gardes-côtes présentent leurs sincères condoléances à la famille", conclut le texte qui souligne que les gardes-côtes "continueront" leurs opérations "pour assurer la sécurité de Trinidad-et-Tobago". 

Le bateau de migrants était parti samedi soir de l'Etat vénézuélien de Delta Amacuro (est), où l'on estime qu'entre six et dix embarcations partent quotidiennement avec des migrants, a indiqué à l'AFP le militant des droits de l'homme Orlando Moreno.
"On le voyait venir parce qu'ils (garde-côtes) tirent sur les moteurs du bateau pour les arrêter. Dans ce cas, le protocole leur a échappé", a poursuivi Moreno, qui a été en contact avec des proches du bébé décédé.

Des centaines de vies perdues

Depuis 2018, plus d'une centaine de personnes ont perdu la vie dans des naufrages dans cette zone. En décembre 2020, une trentaine de personnes sont décédées lors du naufrage d'un bateau parti clandestinement de Güiria. 
De nombreux bateaux font des navettes clandestines entre les deux pays, distants d'une centaine de kilomètres, transportant notamment des migrants clandestins voulant rejoindre Trinidad-et-Tobago pour fuir la crise au Venezuela, en plein marasme économique. 
Il n'est pas rare que les bateaux soient surchargés et les accidents sont nombreux.

Durcissement de la politique d'expulsion

Le Scarborough fait partie des deux bateaux livrés en novembre à Trinidad par l'Australie et qui doivent permettre de lutter contre la pêche, la contrebande et l'immigration clandestine.
Ces derniers mois, Trinidad-et-Tobago a durci sa politique d'expulsion des migrants vénézuéliens, assurant que son peuple est "agressé" par des migrants illégaux.
Selon l'ONU, quelque 5 millions de Vénézuéliens ont fui le pays de 30 millions d'habitants depuis 2015, 25 000 ayant choisi comme destination Trinidad-et-Tobago, pays de 1,3 million d'habitants, qui dit avoir enregistré l'arrivée de 16 000 Vénézuéliens.