Un masque dès 6 ans, oui mais pourquoi ?

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port du masque en classe élémentaire en Guadeloupe

Depuis plusieurs jours des parents s'opposent avec virulence au port du masque que l'académie, pour donner une suite aux décisions prises par le gouvernement, a instauré à la rentrée de février. Un conflit qui fait quelquefois oublier les raisons de ce choix fait par le gouvernement

C'est à la fin du mois d'octobre que le premier ministre Jean Castex, suivant en cela un avis du Haut Conseil de santé publique, annonce que le gouvernement préconise désormais le port du masque en école primaire dès l'âge de 6 ans. Appliquée depuis le 2 novembre dans l'Hexagone, cette décision concerne l'Académie de Guadeloupe depuis quelques semaines. Le Rectorat de Guadeloupe a décidé de la mettre en oeuvre dans les écoles de l'Archipel et des Îles du Nord à la rentrée des vacances de Carnaval. La mesure est contestée par certains, approuvée par d'autres. Un antagonisme qui fait quelquefois oublier les motifs de cette préconisation du Haut conseil pour la santé.

Il faut d'abord se souvenir qu'elle faisait partie des revendications des enseignants qui s'estimaient à la merci de contamination générée par les enfants sans masques.

Mais le principal argument du Haut Conseil de la Santé Publique repose sur une valeur qui ne fait pour l'instant l'objet d'aucune vérité scientifique : contrairement à ce qui se disait au début de la pandémie, il apparait désormais que la charge virale des enfants malades n’est pas inférieure à celle des adultes. D'autres études soulignent aussi que la charge virale des enfants malades n’est pas inférieure à celle des adultes.

Dès lors, le port du masque par les enfants, déjà largement usité dans les pays d'Asie par des enfants d emois de 3 ans, a semblé une évidence dans de nombreux autres pays. Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le port du masque est possible dès l’âge de 6 ans. Mais une telle décision ne doit être prise qu'après s'être assuré d'un certain nombre d'éléments qui doivent entrer en ligne de compte :

- l’intensité de la transmission du virus sur le territoire où cette décision est appliquée.

- la capacité de l’enfant à bien utiliser le masque

- l’impact du port de ce masque sur l’apprentissage et le développement psychosocial.

Cependant, aujourd'hui, avec la circulation des variants, de nombreux scientifiques affirment que l’idée selon laquelle les enfants ne diffusent pas ou peu le virus est erronée.

Dans une étude l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, a déclaré à ce sujet : 

«Aujourd’hui, la plupart des études convergent vers le fait que les enfants seraient probablement aussi transmetteurs que les adultes. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’ils présentent des formes plus bénignes de la maladie (*)... 

Pour autant, on sait que dans les maladies à virus respiratoires, les enfants jouent un grand rôle, surtout dans les écoles, des lieux clos, mal ventilés, surdensifiés, qui favorisent la contamination»

Pour l'épidémiologiste, si le port du masque à partir de 6 ans ne risque pas forcément de changer la donne, c’est malgré tout un indispensable, qui aurait permis de sécuriser la rentrée scolaire. Et selon lui, il faudrait donc investir sur les systèmes de ventilation et encadrer davantage la cantine, les récréations, les sorties d’écoles, ces moments propices à la contagion. Plus que lorsque les élèves sont assis en classe.

Manifestation des parents d'élèves de Saint Martin
Manifestation des parents d'élèves de Saint Martin ©H. Pédurand

Des arguments contre et leur contraire

La contestation contre le port du masque à partir de 6 ans n'a pas commencé en Guadeloupe. Lancée depuis novembre dans l'Hexagone, elle a déjà fait l'objet de nombreuses critiques, suscité plusieurs pétitions et généré des accusations qui sont les mêmes qu'en Guadeloupe. 

Le 5 novembre dernier, le quotidien Le Monde s'était employé à répondre aux critiques les plus récurentes : 

" Les mêmes arguments reviennent souvent : intoxication au dioxyde de carbone, toxicité des masques, fragilité du système respiratoire, crainte de l’impact psychologique… Si certaines inquiétudes sont légitimes, d’autres sont scientifiquement infondées. Interrogée par Le Monde, Christèle Gras-Le Guen, chef de service des urgences et de pédiatrie générale au CHU de Nantes et secrétaire générale de la Société française de pédiatrie, s’étonne de ces réactions autour de l’impact du masque sur la santé des enfants :

« Imposer le port du masque aux enfants peut être agaçant, contraignant, et [cela peut être] difficile à leur maintenir de façon optimale sur le nez. Mais de là à imaginer que le masque puisse être nuisible sur la santé des enfants, c’est irrationnel. »

« Les enfants respirent leur CO2, et font de l’hypoxie »

FAUX

Les masques provoqueraient-ils des intoxications au dioxyde de carbone ou pourraient-ils causer une hypoxie, c’est-à-dire une carence en oxygène ? Ces affirmations circulaient déjà au printemps et cet été. Or, comme l’expliquait le médecin de santé publique spécialiste en physiologie respiratoire Gilles Dixsaut au Monde en septembre, le risque d’une intoxication au CO2 n’a jamais été avéré : « Respirer son propre C02, c’est ce qu’on fait en permanence. Quand vous expirez, vos bronches sont remplies de l’air que vous avez déjà respiré. Avec un masque, on rajoute quelques millilitres, mais cela ne change strictement rien à la physiologie respiratoire. »

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) s’était également exprimé cet été à ce sujet :

« Si certaines personnes peuvent se sentir gênées par le fait de porter un masque, c’est par manque d’habitude : ces protections sont développées de manière à laisser passer l’oxygène dans l’organisme. Le risque d’une intoxication au CO2 n’est aucunement avéré. »

L’autre thèse pointant le risque d’un manque d’oxygène lié aux masques ne repose sur rien de très sérieux non plus. Les porter plusieurs heures d’affilée peut demander un effort respiratoire supplémentaire, mais « cela n’a rien à voir avec un manque d’oxygène », affirmait en juillet le médecin hygiéniste Philippe Carenco. A l’instar des adultes, les enfants n’ont à craindre ni leurs propres rejets de dioxyde de carbone, ni d’éventuelles carences en oxygène. « Si les pédiatres ont préconisé le port du masque pour les enfants de plus de 6 ans, c’est parce que ça n’a bien évidemment aucun effet néfaste sur leur santé, assure Christèle Gras-Le Guen. Les seules inquiétudes concernent les nourrissons et nouveau-nés, chez qui le risque d’étouffement est bien réel. »

Autre argument développé par la secrétaire générale de la Société française de pédiatrie : l’usage des masques est fréquent chez les jeunes patients hospitalisés.

« Les enfants qui suivent une chimiothérapie, qui sont atteints de mucoviscidose, et qui doivent se protéger des microbes, portent des masques depuis très longtemps. Jamais il n’a été observé chez ces enfants fragiles le moindre manque d’oxygène. »

 

« Les masques sont toxiques et altèrent le système respiratoire des enfants »

FAUX

Cette assertion revient souvent dans la bouche de parents inquiets : respirer dans un masque pendant des heures pourrait avoir des conséquences néfastes et durables sur les capacités respiratoires des enfants. Pire, l’utilisation prolongée du masque créerait, comme le redoute une internaute sur Facebook, une « génération d’asthmatiques (…) pleine de problèmes pulmonaires ». Ces craintes ne reposent sur aucun élément scientifiquement fondé. « On n’a aucun argument pour penser qu’un enfant de 6 ans a un système respiratoire différent de l’adulte ; c’est le même », affirme le Pr Gras-Le Guen. Il suffit d’observer d’autres pays :

« Au Japon, les enfants portent des masques de manière culturelle depuis très longtemps. Ils vont à l’école avec des masques, et on n’a jamais observé le moindre effet délétère sur la santé respiratoire de centaines d’écoliers japonais. »

Les masques peuvent occasionner une gêne respiratoire, mais s’ils sont homologués et portés correctement, le risque est limité chez les enfants comme chez les adultes. « Les masques, notamment chirurgicaux, sont conçus pour être portés pendant une durée de plusieurs heures par les professionnels de santé, sans entraver leurs capacités à travailler ni altérer leurs capacités respiratoires », rappelle l’Inserm.

Quant à la toxicité des masques en tissu chez les enfants, au même titre que pour les adultes, « on peut entendre cette inquiétude, mais cela relève du fantasme », balaie Christèle Gras-Le Guen. Ensuite, les parents savent avec quoi ils lavent leur masque, et ils sont bien placés pour connaître les produits qu’ils utilisent, donc le risque est limité. » La controverse suscitée par les masques de la marque DIM distribués aux enseignants, et dont le gouvernement a suspendu la distribution car ils étaient soupçonnés d’être toxiques, a pourtant marqué les esprits. Mais dans un avis rendu public le 28 octobre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) affirme ne pas avoir mis en évidence « de risque pour la santé dans des conditions d’utilisation qui seraient strictement respectées ».

A condition, donc, de respecter scrupuleusement les précautions d’emploi : laver le masque en tissu avant la première utilisation et après chaque utilisation, changer sa protection dès qu’elle est humide. « Dès lors que le masque traité est porté sans lavage préalable ou n’est pas changé dès qu’il est humide, l’Anses considère, en revanche, que tout risque sanitaire ne peut être écarté », nuance toutefois l’agence. "

Voir l'article du Qotidien Le Monde : Masque dès 6 ans à l’école : trois idées reçues sur les risques encourus par les enfants

nécessaires d'école

Une chose est sure, et qu'ils soient pour ou contre le port du masque par les enfants de 6 ans, beaucoup de scientifiques estiment que

« Le plus important est que les adultes renforcent leur vigilance sur les gestes de prévention afin de ne pas transmettre l’infection aux enfants et que les enfants contacts d’adultes positifs soient testés. »

 

(*) Le 12 octobre, 12 enfants de moins de 14 ans étaient en réanimation, selon le dernier bulletin de Santé publique France.