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#11 Confinée dans la tête... du verbe falloir !

coronavirus
Emmelyne Octavie confinée dans la tête de
©Illustration - Samuel Figuière
Jour après jour, l'artiste Emmelyne Octavie nous délivre ses humeurs. Toujours surprenante, elle fouille et trouve le mot qui lui permet de démêler l'écheveau de nos comportements.
J’ignore si, "après", mon ami l’adverbe prendra la plume ou la langue pour défendre ses intérêts, mais en ce qui me concerne, je ne souhaite pas attendre plus longtemps pour trouver un début de guérison. Je suis dans l’impossibilité de me taire quand j’entends que l’on me conjugue avec morale et insistance. Vous n’avez jamais été aussi bons en conjugaison qu’à présent. Vos déclinaisons sont parfaites, à quelques exceptions près puisque mon T, comme certains Q d’ailleurs, pose toujours problème. Je vous regarde parler…
— Il faut vraiment dépister tout le monde...
— Qu’il eût fallu attendre mars pour s’agiter dans tous les sens est une aberration sans précédent...
— Peut-être qu’il faudrait mieux augmenter la durée du confinement...
— Il faudra du temps pour s’en remettre...
— Il aura fallu une crise sanitaire pour qu'à distance l’on se rapproche et que l’on s’aime autant...
— Il va falloir tirer une leçon de tout ça...
— Il faudrait….
LA FERME !!!! Voilà tout ce qu’il faut en ce moment. Faire silence et ne plus ajouter du bruit au désordre. Je n’en peux plus de ces bourdonnements qui parasitent ma timide existence. Moi, l’inactif, l’invalide relégué au troisième groupe, considéré comme chiant, je suis devenu le verbe le plus usité dans toutes les langues et je passe en boucle à la télévision et dans les smartphones. Have to. Devo. Müssen. Tem que. Zorunda. Yjb’an. Dolzen. Oblijé et j’en passe. Vous avez répudié vos auxiliaires et ne savez plus employer «Être » « Avoir » « Aller ». Depuis que les avions sont cloués au sol, vous voyagez dans l’impersonnel sans vergogne. Je suis devenu celui par lequel vous existez. Celui qui vous donne l’impression de prendre de la hauteur. Vous vous êtes transformés en d’obscurs visionnaires, en enterrant une fois de plus les déjà morts. Rimbaud et Césaire ne doivent plus respirer dans leurs tombes à force de vous entendre. « Désastre ! Parlez-moi du désastre ! Parlez m’en ». Pour l'amour de Dieu ou celui du Diable, laissez-nous reposer en paix ! Laissez-moi confiné, éternellement, dans le Bescherelle et que chacun se débrouille avec sa galère et ses injonctions à trois francs. L’unique chose nécessaire est celle que vous refusez de faire ; vivre le temps présent. Cueillir le jour et accepter la nuit. Faire preuve de résilience et que l’expectative attende encore s’il le faut !
— Aux prochaines élection présidentielles, il faudra…
— Il faudra quoi ? Tu es sourde ou faussement révolutionnaire ? Tu n’as pas compris comment fonctionne ce nouveau système que personne ne maîtrise ? C’est un jour après l’autre ! Rien n'est sous contrôle ! On peine à gérer la crise, mais toi tu vagabondes déjà en avril 2022 couvertes d’idées vertes. C'est dans l'urne funéraire que tu penses les mettre ? Va falloir me lâcher la grappe ! Elle est là l’urgence. M’abandonner et vous retrouver vous-mêmes ici et maintenant. Va falloir sérieusement retrouver vos CARPE DIEM et chercher un autre verbe sur lequel saliver pour meubler peur et temps, car où étiez-vous quand il fallait et que vous failliez ?

Emmelyne OCTAVIE, "Confinée dans la tête de..."