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« Ecrire c’est ma façon de penser"

culture
Gabiella Girou
©Sarah Scaniglia
Parmi les invités de la Rentrée Littéraire Gabriella Mangal est une auteure singulière. Née et élevée en Guyane, elle a longtemps vécu en Europe avant de se poser définitivement à Sainte Anne à la Martinique. L’écriture est pour elle un cheminement de vie dont elle cause avec une douce ferveur
Confortablement installée dans son fauteuil, les mains croisées, le sourire aux lèvres, Gabriella accepte de se livrer.

Je suis perdue sans mon stylo

Elle évoque son agoraphobie, source d’inconfort qui  peut la couper de l’extérieur durant de longues périodes. Mais elle a appris à composer avec cette maladie et à s’en nourrir pour ses écrits. Avec un regard qui s’illumine, elle s’exclame : «Ecrire c’est ma façon de penser. Les pensées vont plus vite que moi, je dois les rattraper, les ordonner, cela jaillit de ma tête. Je me sens perdue sans mon stylo, j’ai l’impression de perdre la moitié de mon intelligence. J’ai besoin d’écrire tout ce que je ressens, tout ce qui m’a été offert dans la journée. ».  Elle martèle son propos  « Je ne suis pas intelligente sans stylo, je suis comme un ventriloque sans poupée car la parole m’est difficile. Je ne suis pas timide mais j’ai du mal avec la parole. ».

Les « petites gens », une source d’inspiration permanente

Dans ses livres, l’écrivaine donne la parole « aux petites gens », celles et ceux qui ne s’expriment pas beaucoup. Elle éprouve à leur égard une affection particulière qui l’inspire.  A travers ses personnages elle exprime au monde sa propre bienveillance.
Cet environnement d’apparence simple mais où tout se donne à découvrir est celui de son dernier ouvrage « Je ne suis pas morte. Je l’ai cru. Ce n’était pas vrai ». Dans une petite ville des Caraïbes, son héroïne Angéla est le fil d’Ariane qui relie les autres protagonistes de l’histoire. Au fil des pages, le lecteur s’attache à ces personnages souvent âgés, comme polis par le temps et minutieusement décrits avec un pointillisme qui confine à l’art pictural.

Accepter l’impermanence des choses

Gabriella Mangal ne parle pas beaucoup mais toujours observe et se  nourrit intensément et charnellement de ce qui l’entoure. Elle travaille à un autre roman qui s’inspire une fois encore de la Caraïbe et de la Guyane. Elle y joue une nouvelle partition pour dire sa vérité de romancière et y exprimer sa part d’humanité qui entrera en résonance avec le lecteur. Elle aime à dire « il faut aimer les gens  pour ce qu’ils sont et pas pour ce qu’on voudrait qu’ils soient. J’ai appris à m’accommoder de l’impermanence et du fait que les choses ne durent pas, qu’elles changent, évoluent. Rien n’est figé dans notre monde y compris l’amour ». L’amour, la bienveillance, la douceur, des mots qui revêtent un sens particulier pour cette femme hypersensible. Son acuité sensorielle qui lui permet de voir la réalité nue et sans voile a généré beaucoup de souffrances en elle. Mais Gabriella ressent cette exacerbation des sens  comme une chance : celle de vivre le meilleur et le pire en même temps.
Dans un éclat de rire qui met un terme à cette conversation : « J’écris pour donner une lecture du monde à ceux qui voudront bien me lire. ».

Le reportage de Catherine Lama et Frédéric Larzabal



Quelques repères
D'abord enseignante en Guyane, à Lyon, en Allemagne, à la Réunion puis à Nantes, Gabriella Mangal est à la retraite depuis 2005. Elle se consacre désormais à sa passion l'écriture.
En 2005, elle publie son premier ouvrage, un roman autobiographique "Présence souterraine". Son second livre "Je ne suis pas morte. Je l'ai cru. Ce n'était pas vrai" est paru en mars 2014. 
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